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29 janvier 2012

Le Proviseur du Lycée Voltaire suspendu

Vous vous souvenez certainement de ces scènes de tortures au lycée Voltaire à la veille des fêtes de fin d'année. Et bien depuis le 24 janvier dernier, le proviseur dudit Lycée a été suspendu de ces fonctions. C'est l'inspecteur général du ministère de l'Éducation nationale qui l'a annoncé. En indiquant que cette décision vient sanctionner une "infraction à l’arrêté N°0075/MEN/Delc/ du 28 septembre 2009 interdisant les punitions physiques et humiliantes en milieu scolaire".

Lire l'intégralité du point de presse fait par le ministère de l'éducation nationale.

14 janvier 2009

Mauvais ménage entre les enseigants et leur ministère

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Le torchon brûle à grandes flammes entre les enseignants du secondaire et le Ministère de l’éducation nationale. Le différend porte sur une décision ministérielle (N°0003/MEN/DRH/SDPES) «portant mutation d’office des enseignants grèvistes du secondaire au titre de l’année 2008-2009».
Cet épisode à des origines qui remontent à l’année dernière.
Flash back donc sur une le début d’une crise à l’issue incertaine.

Tout commence le 13 aout 2008 par un arrêté interministériel (N°9482 du 13 août 2008 portant dépositions transitoires d’application du décret n°2007-695 du 31 décembre 2007) qui en ces articles institut la définition des grilles salariales du personnel enseignant. En substance, cet arrêté revalorise la situation des enseignants du secondaire et leur donne la possibilité d’avoir un profil de carrière. Et donc par voie de conséquence, l’amélioration de la grille salariale. Une décision signée et cachetée par les ministres de la fonction publique et de l’emploi, de l’éducation nationale, l’enseignement technique et la formation professionnelle, de la culture et de la francophonie, de la famille de la femme et des affaires sociales et de l’économie et des finances. Une décision dont le contenu devait être fin prêt au soir du 31 août 2008 comme le stipule l’article 16 dudit arrêté. «La définition ci-dessus en liaison avec le Ministère de l’économie et des finances devra être achevée au plus tard le 31 aout 2008 ; période à laquelle la date de prise en compte des effets financiers sera déterminée».

Les enseignants semblent accueillir une telle décision avec joie et ceux-ci espèrent voir son accomplissement. Mais les jours passent et plus rien. Le 1er septembre 2008 rien est encore déterminé et aucune mesure réelle n’est mise en place pour concrétiser ce qu’annonçait l’arrêté interministériel.
C’est dans cette ambiance qu’un décret (N°2008-251 du 11 septembre instituant une prime d’incitation et d’indemnités en faveur des fonctionnaires et agents du ministère de la fonction publique et de l’emploi) est signé par le Président de la république, Laurent Gbagbo «sur rapport conjoint du ministre de la fonction publique et de l’emploi et celui de l’économie et des finances». Ledit décret ne tient pas compte de ce qui avait été annoncé dans l’arrêté signé au mois d’août. Quid de la revalorisation salariale ? Quid du profil de carrière des enseignants du secondaire, se demandent les enseignants. Le décret n’en parle pas. Au contraire, il annonce des primes d’incitation (?). Un décret qui selon son article 6 «prend effet à compter du 1er avril 2009».

Les enseignants sont mécontents et se sentent trahis. Eux qui avaient vus dans l’arrêté interministériel une lueur d’espoir. Ils se rendent à l’évidence que ce «lait et ce miel» ne sont pas (encore) à l’ordre du jour.
De la voie de la CES-CI (Coordination des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire), ils déposent un premier préavis de grève le 15 septembre 2008 pour demander «la détermination immédiate des nouvelles grilles de salaires et la date de prise en compte des effets financiers». Par ce préavis, les enseignants du secondaire entendent observer un arrêt de travail à compter du «mardi 7 au Jeudi 9 octobre 2008». Le ministère de la fonction publique et de l’emploi à qui est soumis ledit préavis reste sourd à cet avertissement.
Les enseignants du CES-CI reviennent à la charge avec un deuxième préavis à la date du 4 octobre 2008. Cette fois-ci, ils promettent de mettre à exécution leur plan d’arrêt de travail de 72 heures à compter du 14 au 16 octobre 2008.
Une grève qui semble t-il a été largement suivie sur toute l’étendue du territoire. Pendant trois jours donc, les cours sont arrêtés.
Le ministère de l’éducation nationale promet alors de sanctionner les enseignants grévistes.
Et tout commence par la rétention des salaires des responsables du Bureau Exécutif de la coordination et même ceux des bureaux locaux.
Puis le 6 janvier dernier, survient la décision ministérielle par laquelle des responsables du Bureau National et des Bureaux Locaux (exclusivement en poste à Cocody, commune présidentielle) sont mutés dans des zones ex-assiéges (Toulepleu, Bloléquin, Grabo , Guiglo à l’ouest, Tiébissou, Didiévi, Bocanda au centre et Bondoukou dans l’extrême Nord-Est). (Téléchargez la liste des enseignants mutés et leurs nouveaux lieux d’affectations en cliquant sur Img0012.JPG).

Au regard de cette dernière décision, le CES-CI mobilise ses membres qui signent une lettre de protestation déposée à la présidence, à la primature, au ministère de la fonction publique, au ministère de l’éducation nationale, aux ambassades et aux Organismes des Droits de l’Homme. Cette lettre réclame «l’abrogation» de la dernière décision et demande «le maintien en place des enseignants concernés». Aussi préviennent-ils, d’observer un arrêt de travail du lundi 12 au vendredi 16 janvier 2009.
Le CES-CI qui revendique en son sein 80 % des enseignants entend mettre à exécution cette grève si rien n’est fait d’ici là. Selon les informations reçues, les cours se seraient arrêtés dans la plupart des établissements secondaires de la ville d’Abidjan (et plus particulièrement ceux de Cocody). Selon un des responsables de ladite coordination, les villes de l’intérieur vont également leur emboîter le pas d’ici quelques jours, histoire d’apporter leurs soutiens.

Les derniers développements de cette crise entre la CES-CI et le ministère m’emmènent à m’interroger et à faire les analyses suivantes.
Doit (peut)-on utiliser la mutation comme moyen de sanction à des enseignants grévistes ? Le constat que je fais (sans prendre parti) c’est que les enseignants concernés ont suivi le cheminement légal concernant la grève. Pourquoi les sanctionner alors ? Le droit de grève est-il toujours "légal" en Côte d’Ivoire ?
Pourquoi sanctionner 8 personnes uniquement et pourquoi la commune de Cocody seulement ? L’enseignement secondaire se limite t-il à cette commune d’Abidjan ? Et les autres qui ont suivi la grève ? Voilà autant de questions que je me pose.
Le constat est qu’en Côte d’Ivoire en général, on n’attend toujours que les grèves dégénèrent avant de réagir. L’on a encore en souvenir la grève des médecins qui a occasionné plusieurs morts. A l’issue de cette grève, le décret annonçant la revalorisation de leur salaire a suivi.
Dans un pays où la cherté de la vie est devenue un style de vie, les enseignants demandaient certainement que leurs conditions de vie soient améliorées. Si l’Etat n’a pas les moyens, pourquoi annoncer une décision d'amélioration de leurs salaires ? Une décision rappelons-le, signée par 7 ministres de la République.
L’heure est peut être au dialogue.
Après avoir rencontré les enseignants volontaires de Korhogo, je puis vous affirmer qu’il n’est point dans l’intérêt de nos enfants que les enseignants observent des grèves à répétition. Dans un système éducatif fortement paralysé, n'en rajoutons pas davantage.