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14 août 2012

Joseph Siaba, Sage-Femme malgré tout

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Joseph Simone Siaba s’empresse de renfiler son vieux chemisier rose  presque qu’élimé qui contraste avec son petit bureau peint en bleu et blanc. « Il me faut une nouvelle blouse rose » rigole t-elle les deux mains posées sur sa table de travail. Une table sur laquelle traîne son stéthoscope, ses stylos de couleurs et son registre de suivi. En face, un lit d’examen encore en état, refroidit par la climatisation de la salle. A terre, une balance à laquelle il faut donner des coups pour qu’elle fonctionne. «Je lui fait confiance tout de même » (se) rassure la Sage-femme de la maternité de Samatiguila.

Un sourire au coin des lèvres, les bouts des cheveux entre les doigts, Joseph se perd parfois dans ses souvenirs. Elle n’avait pas prévu de devenir une « accoucheuse ». Elle qui a fait des études de marketing à Abidjan et qui est bilingue. Elle n’avait même pas imaginé que pour son premier poste on l’enverrait loin. Très loin. A Samatiguila. «Je ne m’en plains pas vraiment, c’est un bon test pour moi », renchérit-elle pourtant avec le sourire quand on semble la plaindre. « Sauver les vies, ici ou ailleurs c’est l’essentiel » lance t-elle. Et pour elle, tous les jours (et les nuits) c’est la même gymnastique pour assister des femmes ou faire venir au monde des enfants.  « Parfois à 23 heures, il y a des femmes qui frappent à ma fenêtre pour demander une assistance », témoigne t-elle en montrant du doigt sa maison séparée du dispensaire par une clôture.

Depuis près de 9 mois que Joseph est arrivée au dispensaire de Samatiguila, elle sent les choses évoluer.


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15 à 20 accouchements par mois. Un vrai record, dans cet établissement sanitaire où les femmes semblaient fuir la présence masculine… par pudeur sans doute.          


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Malgré son ardeur et son dévouement au travail, Joseph semble être ralentie dans son élan. Seule et sans matériels adéquats pour fonctionner. Ajouter à cela, la gratuité ciblée des soins qui finalement ne sert pas à grand-chose vu le manque cruel de médicaments pour les femmes enceintes qui n’ont pas de moyens financiers.


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Désormais, Joseph attend avec impatience que le ministère de tutelle veuille jeter un œil bienveillant vers la maternité du dispensaire de Samatiguila. « Et en attendant le ministère de la santé et de la lutte contre le Sida, les bonnes volontés peuvent réagir et sauver des vies », indique Joseph.

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[« Ce post fait partie d’une série d’articles qui illustrent ce que j’ai vu lors de mon voyage à Samatiguila. Carte postale d’une belle cité située à près de 870 kilomètres d’Abidjan et 35 kilomètres d’Odiénné, la capitale de la région du Denguélé. Samatiguila sur Wikipedia »]

31 mai 2012

Samatiguila, ville aux trésors !

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Une couche neuve de boue vient de rajeunir cet édifice vieux de plus de 700 ans. Il est 15 heures. La cour de mosquée est vide. Dehors des réverbères ont été installés pour embellir et « éclairer  l’extérieur lors de veillée ou de cérémonie les soirs » précise un Samatiguilaka. C’est l’une des attractions culturelles et religieuse de la petite cité malinké. Pour y pénétrer il faut être musulman et… homme. Les femmes et les non-musulmans n’y ont pas droit.

samatiguila, samory touré, mosquée du millenaire, mosquée de samatiguilaN’empêche, on peut observer de loin les nattes de prières alignées, superposées les unes sur les autres. « La mosquée du Millénaire » la plus ancienne du pays est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est d’ailleurs cet édifice que le conquérant Samory Touré a tenté d’investir.  L’histoire raconte qu’il a butté sur une résistance farouche des habitants de Samatiguila qui l’ont rendu aveugle, ont saisi ses armes et l’ont converti à l’Islam  De longs fusils qui sont encore disposés dans une case chez le vieux ''Baledjan'' considéré comme le gardien de ces objets.


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Un peu d’histoire

samatiguila, samory touré, mosquée du millenaire, mosquée de samatiguilaSamatiguila signifie littéralement ‘’maison ou village de samatigui’’. En effet si le village a été fondé par Souleymane Diaby, il doit son nom au grand chasseur Samatigui Koné, le maître des éléphants. Ce dernier occupait le territoire actuel où se trouve Samatiguila et sa grande générosité l’a poussé à accepter que d’autres familles partagent cet espace avec lui. En mémoire de cet acte de bonté, N’golodjan Koné (un autre chasseur d’éléphant) a suggéré le nom Samatiguila à Souleymane Diaby.

« La ville de Samatiguila est riche par son histoire » souligne Mr Hamza Diaby. « Vakaba Touré, le fondateur de la ville d’Odienné et l’Almamy Samory Touré ont une histoire avec cette cité. Des armes, vestiges de leurs conquêtes sont soigneusement conservées dans la mosquée. L’Almamy Samory Touré a reçu ici son enseignement coranique de la part de feu Karamôkô Diaby ». (Source)

Les « Douhahou » à ne pas manquer

samatiguila, samory touré, mosquée du millenaire, mosquée de samatiguilaSi vous arrivez à Samatiguila, faites un tour chez « Tata Tehi ». c’est le plus vieux du village. On raconte qu’il aurait presque 120 ans. Mais personne ne peut le confirmer ; même pas lui.

Du fond de sa case éclairé par le reflet de la lumière extérieur, il est étendu sur son lit de viellesse. L’air fatigué mais avec le sourire qui ne le quitte jamais. Et quand une horde de jeunes gens envahit ses « quartiers » iln s’en réjouit et n’hésite pas prononcer, pendant de longues minutes, des « Douhahou ». ces bénédictions si chères au peuple de Samatiguila. 






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[« Ce post fait partie d’une série d’articles qui illustrent ce que j’ai vu lors de mon voyage à Samatiguila. Carte postale d’une belle cité située à près de 870 kilomètres d’Abidjan et 35 kilomètres d’Odiénné, la capitale de la région du Denguélé. Samatiguila sur Wikipedia »]

29 mai 2012

Samatiguila, notre village !

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Il fait nuit. L’air est frais sur le chemin qui mène au village. 26 degrés ! Il n’y a pas beaucoup de poussières. Les pluies de la veille ont atténué la levée de sables, mais ont commencé à dégrader la route. Dans la nuit noire, notre voiture traverse la terre non bitumée. Parfois on entend des bruits de hiboux et des grillons, souvent des phares en face, nous indiquent que les motos sont « reines » sur la terre des Diaby. 869 kilomètres, 13 heures 30 de routes (depuis Abidjan) et  2 heures de pistes (depuis Odienné, la capitale de la région du Denguélé) à contempler les arbres et courts d’eau, les ponts de fortunes installés ça et là ; deux heures à croiser parfois des écureuils, des oiseaux de nuits… nous voici à Samatiguila.

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