topblog Ivoire blogs

22 décembre 2008

Quid des démobilisés de Bouaké ?

ex_rebelles.jpg

Au terme d’un séjour de quelques jours à Bouaké (dont vous aurez les échos dans nos prochaines Chroniques) et avant de débarquer à Korhogo (dans l'extrême nord) j’en viens à la conclusion qu’il y a urgence.
Nous avons pu rencontrer de nombreux démobilisés. Ce sont ces anciens combattants rebelles qui ont décidé volontairement (ou non) de déposer les armes. Et ce contre la somme de 90 000 francs pendant trois mois.
Cette opération qui a touché 20 000 ex combattants, visait à tous les réinsérer dans des secteurs d’activités autres que le métier des armes. Hélas ! Seulement quelques milliers (environ 3000 murmure t-on dans la ville) ont pu être touchés par cette "grâce". Les autres. Ils sont livrés à eux-mêmes et à la merci des difficultés de la vie.
Nous en avons rencontré au corridor sud de Bouaké. Cet espace est devenu leur champs de revenus journaliers.
Pour Ibrahim Diarassouba, l’un d’eux, ils viennent à ce barrage de contrôle pour «aider les camions remorques à traverser le corridor». «C’est ce qui nous permet d’avoir entre 1000 et 2000 francs par jour», affirme t-il.
La détresse et la misère se lisent sur leurs habits. Mals vêtus, visages souvent tuméfiés, boitant pour les uns, délirant pour les autres, ils attendent dans la douleur que le programme de réinsertion qu’on leur avait promis se concrétise.
Pour ma part, j’en viens à me demander quel sera leur avenir ? Pourront-ils être tous véritablement réinsérés ? Tout en sachant que le processus de démobilisation va s'étendre à toute la zone CNO (Centre Nord et Ouest). Quel désarmement peut on espérer quand ces combattants estiment qu'ils n'ont aucune garantie véritable ? Ce que ces ex-combattants redoutent le plus c’est que dans le programme d'après guerre, ils soient la cible d'une pacification. "On l’a vu après le coup d’Etat de 1999. Les jeunes délaissés et livrés à eux-mêmes ont été parfois abattus sans sommation pour le moindre délit", s'inquiète l'un d'entre eux.
A Bouaké, les ex-mutins ne croient pas vraiment au service civique. «Il y a longtemps qu'on nous en a parlé mais nous attendons toujours sans forcément croire que ça sera effectif pour nous jeunes d'ici», affirme incrédule, Alasko. Il est âgé de 24 ans. Alors qu'il pourrait constituer la clé de tout le processus de désarmement - qui passe par la démobilisation et la réinsertion - le service civique doit retenir l'attention du gouvernement en place.
C’est l’occasion pour les autorités ivoiriennes de se pencher sérieusement sur la question de la démobilisation dans les zones CNO (et celles du sud). Car des milliers de personnes qui ont déjà utilisés des armes pendant des années peuvent être tentés de les reprendre rien que pour avoir quelques chose à manger. Loin des jeux de mots entre "démobilisation" et "désarmement", il y a des milliers de jeunes qui sont à la merci des vices et des personnes de mauvaises intentions. Attention donc à cette bombe à retardement.

Selon vous, comment l'actuel gouvernement peut-il résoudre la question de ces démobilisés (à la rue) et de ceux qui souhaitent déposer les armes ? On entend partout dire que les caisses de l'Etat sont vides et qu'il faudrait une aide des bailleurs de fonds. Est ce une solution que de regarder vers l'extérieur pour financer cette opération ?