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06 février 2011

Drôle de façon d'aimer les Ivoiriens

 

Alassane-Ouattara-et-Laurent-Gbagbo_articlephoto copy.jpg

Jusqu’il y a quelques jours j’étais convaincu de pouvoir imaginer les meilleurs scénarios de sortie de crise en Côte d’Ivoire. Jusqu’il y a quelques jours, je me disais : « après tout, ils finiront par s’asseoir autour d’une table et discuter ». Hélas, je pense comme de nombreux Ivoiriens, je nageais dans une sorte de fantasme soci-politique que j’espérais se voir accomplir.

Le soir du jeudi 3 février j’ai été modérateur d’un débat sur la crise ivoirienne. Ambiance électrique, parfois surchauffée. On a essayé, au rythme des passions et réactions dans la salle, de calmer le jeu pour rester dans la courtoisie et dans le débat. Mais dans le fond, on a bien compris que les deux parties ne veulent pour rien au monde faire des concessions.

Dans le camp du président Gbagbo on s’appuie sur la constitution et à la proclamation du Conseil constitutionnel. Du côté du premier ministre Alassane Ouattara on s’agrippe à l’annonce de la commission électorale indépendante, à la certification de l’Onu et à la reconnaissance de certains pays étrangers.

Pourtant, j’ai eu l’impression au cours de cette soirée, et je l’entends de plus en plus, que toutes les parties protagonistes disaient aimer (et agir pour) les Ivoiriens. En même temps on ne veut pas faire de sacrifice.

D'un côté on est prêt à de se faire sanctionner au risque de voir couler l’économie. De l''autre côté on active les réseaux (parfois obscures) pour "asphyxier" la Côte d’Ivoire et plonger les populations dans la faim. Et on dit qu’on aime les Ivoiriens.

Parfois j’en viens à me demander comment est-on passé du « débat historique » entre les deux hommes à un langage de sourds aujourd’hui ? Au point où d’un côté comme de l’autre le dialogue devient de plus en plus difficile.

La tache du panel des 5 Chefs d’Etat est lourde. Mais je pense que ce qu’ils doivent arriver à obtenir, c’est « un dialogue direct » entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. «Si on enferme les deux dans une pièce, sans conseillers ni médias, il en sortira une solution pour cette crise », me disait à juste titre, un de mes confrères en France. Et je suis d’accord avec lui. Mission impossible ? Non je ne crois pas. Si les Chef d’Etats le veulent vraiment, ils arriveront à mettre à table les deux hommes que le fauteuil présidentiel oppose.

Mais le constat est là. En arrière plan, les puissances étrangères s’activent elles aussi avec leurs armes (militaires, médiatiques, diplomatiques, économiques) pour imposer leurs volontés. Déclaration, actes et attitudes qui mettent à mal les missions de médiation.

C’est peut être aussi de notre faute. Je pense qu’on a suffisamment lavé notre linge sale sur la place publique. Je pense qu’en trois mois on a suffisamment exhibé nos dessous déchirés et tâchés.

Quand on se rend compte que tout le monde se moque de nous. « Pays à deux… puces », nous appelle t-on par-ci. « Y voit double », nous lance t-on par là avec éclats de rires. Et ça n’a pas l’air de nous déplaire.

Que les prix des denrées alimentaires augmentent, que chaque jour soit une interrogation sur le lendemain, qu’on soit dans une totale angoisse  ça n’a pas l’air de nous déplaire non plus. Puisque désormais on prend gout à transposer les clivages politiques dans nos amitiés, dans nos communautés religieuses et même dans nos foyers.

Je ne sais pas pour les lecteurs de ce post, mais moi je suis fatigué. Fatigué de ne pouvoir exécuter les nombreux projets qu’on a pour la Côte d’Ivoire. Fatigué d’être toujours à se demander comment ça va finir. Je suis fatigué de voir le sourire des policiers dans les aéroports quand ils voient sur mon passeport « Côte d’Ivoire » et de me lancer « Ah vous, c’est trop rigolo votre pays ».

Ils disent qu’ils nous aiment, et qu’ils veulent tous notre bonheur. Mais diantre, si vous partagez cette même vision, asseyez-vous et discutez. Au lieu de regarder les Ivoiriens mourir chaque jour à petit feu.

18 janvier 2011

Epitre à un Grand Inconnu

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Je ne t’ai pas connu

Mais ce soir je verse une larme pour toi,

Cher inconnu

D’une forêt assiégée de putois.

 

Je ne t’ai jamais connu

Car je n’étais pas encore né.

Et pourtant,

Je ressens ton combat de l’indépendance AB-SO-LUE

Qu’à l’Afrique tu as voulu donner.

 

Et Pourtant…

L’histoire a chaussé ses mêmes ablacons.

Ce qui te tiraillais hier,

Me chiffonne aujourd’hui.

 

Le Temps

Est redevenu sombre du haut de mon balcon.

Ceux qui te mitraillaient hier

Ont gardé l’habitude du Chien-maudit.

 

Et je dis,

L’histoire a gardé ses mêmes ablacons sales.

Les Assassins de la forêt

Sont devenus maîtres dans les crimes de nos villes.

 

L’histoire a conservé ses « Sauvages » dans les malles

Les Vautours de ton corps fusillé, brulé puis transformé en engrais

Sont restés des manipulateurs habiles.

 

Et pourtant,

Je ne t’ai jamais connu

Ô toi « GRAND INCONNU ».

Mais je ressens sur mon cœur

Les goûts acides du sourire de tes « torpilleurs »

 

Et pourtant,

Je les reconnais :

Communauté Internationale

Casques

Bleus et Blancs

Sang rouge vif

Forêt noire…

Pluie meurtrière

 

Je les revois.

Encore

Aujourd’hui

Entassés

Relookés

Entrelacés

Autour de nos vies…

De nos survies.

 

L’histoire n’a pas changé d’ablacon.

Poils pourris

Sexe meurtri

Cacao, Café, Coco, Beauté

Hévéa, Or, Dictat, morts.

Diamant, Cuivre et Fer

Savamment arrachés à nos pères.

 

Nos mémoires ont de la mémoire

Vives ou mortes

Elles retiennent.

Pour nous et pour nos enfants,

Patrice tu auras existé.

 

Lille le 17 janvier 2011, pour celui que je n’ai jamais connu

(Israël Yoroba GUEBO)