30/10/2008
A la rencontre des vendeurs de rues
Ils sont nombreux ces jeunes qui prennent d'assaut les grandes artères de la ville d'Abidjan, présentant leurs produits. "Nos produits varient en fonctions des périodes", précise l'un d'entre eux. Journaux, produits hygiéniques, appareils électroménagers, téléphones portables, jeux pour enfants... tout y est !
"Pour ce mois, à cause de la rentrée des classes, ce sont les gadgets scolaires que nous vendons le plus. Ardoises, crayon de couleurs, jeux éducatifs... mais nous préparons aussi les fêtes de Noël et de nouvel an qui arrivent à grands pas", prévient Jules T, vendeur à la riviera 2.
Se faufilant entre les véhicules stationnés au "feu rouge", rattrapant aux pas de course des clients en voiture, ces vendeurs se battent comme ils peuvent pour "faire quelque chose". "Nous avons fait le choix de ne pas voler et ça nous réussit bien", renchérit Awa S. Elle vend des serviettes de poches. "Actuellement avec la chaleur, nos serviettes sont demandées et nos recettes augmentent", ajoute t-elle.
Pour la plupart, ils sont étudiants et se "débrouillent" pour se faire de l'argent. "Je suis titulaire d'une maîtrise en sciences économiques à l'université de Cocody. En attendant de trouver un emploi je me cherche en vendant des cartes de recharges", déclare t-il fièrement. D'autres quant à eux, sont déscolarisés et envoyés par leurs parents. "Mes parents habitent Wassa (un bidonville de la commune de Cocody). Ils achètent les articles en gros et mes frères et moi, nous les vendons en détails dans les rues", témoigne Safiatou B, 14 ans.
Leurs ventes se portent bien. Surtout que ces vendeurs savent détecter ce qu'il faut pour une période donnée.
Leurs seules craintes : "La police municipale". "Les agents de la mairie trouvent que nous envahissons les rues. Pour cela, ils nous empêchent de vendre et souvent ils confisquent nos articles que nous ne retrouvons quasiment jamais", explique Aimé N'Goran.
En dépit de ce fait, les "vendeurs de rues" persévèrent (contre vents et agents de mairie) offrant une gamme variée à leur clientèle qui s'en réjouit d'ailleurs. "Ils ont souvent de bons articles que nous trouvons à des prix très abordables", atteste un automobiliste. Pourtant, certains doutent de la bonne qualité de ces articles. "On a aucune garantie en ce qui concerne la solidité de ce que nous achetons", se plaint une dame assise à bord d'un taxi.
Quoi qu'il en soit, ces commerçants vendent et ne s'en lassent point. Au risque de leurs vies parfois, mais leurs survies semblent en dépendre.
Votez encore pendant quelques jours
15:28 Publié dans Reportage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vendeurs, abidjan, côte d'ivoire, yoro
23/10/2008
Cité universitaire ou le centre commercial aux multiples facettes
Que ferais t-on pas pour survive à la «galère» sur les cités universitaires ? Beaucoup de choses ! diraient les étudiants et autres «habitants» qui y vivent.
«Le campus de Cocody», l’une des plus grandes cités estudiantines d’Abidjan, s’est transformée aux fils des années en un gigantesque centre commercial où tout se vend et tout s’achète. Un véritable businessland !
Enquête
12:05 Publié dans Reportage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : abidjan, cité universitaire, côte d'ivoire, yoro
13/10/2008
Il était une fois…Angybell !
Une fois n’est pas coutume. Je me suis introduit dans l’antichambre d’un dinosaure de la mode africaine. Styliste et couturière autodidacte, Angybell est de nouveau sur la scène avec une nouvelle collection de vêtements qu’elle va présenter officiellement lors du "Yéhé 2008" cette semaine.
Angybell, un nom qui rappelle une époque. Un nom qui réveille des souvenirs chez les amateurs de modes mais aussi et surtout un nom qui salue le travail d’une artiste autodidacte au sommet de son art.
Dans son appartement situé à la Riviera 3, un quartier chic d’Abidjan, Angybell nous serre la main avec sourire comme pour dire «je suis encore là». Sur la terrasse, des robes et des chemises de différents motifs vous souhaitent la bienvenue.
Le salon superbement décoré est pour la circonstance transformé en loge pour essayage.
«Angybell n’a pas changé», vous diront ses proches. Toujours aimable et travailleuse, l'inspectrice des douanes ivoiriennes continue de créer des modèles toujours originaux et inspirés. «Elle tient à ce que ce qu’elle fait soit un carrefour de culture», révèle un de ses proches. «Pour elle, ajoute t-il, la mode doit pouvoir transcender les cultures». «C’est d’ailleurs pour cela qu’elle tient en général à mélanger les pagnes traditionnels avec d’autres tissus», précise son couturier.
Pourtant, ce nom avait été éclipsé par des années de maladies et d’épreuves.
Mais, après ce long moment passé hors des "T" «Maman Raffia» réapparait avec une nouvelle collection.
«Je ne suis pas morte», dit-elle. J’ai (sur)vécu (à) des moments pénibles mais tout cela est dans le plan de Dieu et c’est vraiment riche en enseignements», avoue t-elle avec assurance.
Grande croyante, Angybell assure que ses succès sont «la marque de Dieu dans sa vie» et ses déceptions «le moyen que Dieu choisit» pour lui faire comprendre des choses et la ramener sur le droit chemin.
Désormais, Angybell est là. Toujours avide de travail, d’idées nouvelles et lumineuses.
«Elle aime le travail, mais surtout le travail (très) bien fait», explique Diana, sa fille et son responsable de communication et marketing. «En plus, elle a cette facilité d’expliquer ce qu’elle veut aux autres, ça rend le travail plus facile», souligne Diana.
Dans quelques jours, Angybell s’envole pour la France «pour des raisons personnelles», avant de revenir sur la scène ivoirienne qu’elle n’a d’ailleurs jamais quittée.
«C’est vrai que j’ai été absente, mais mes modèles et mes initiatives ont fait le tour du monde», affirme t-elle avec fierté.
En effet, c’est elle qui pour la première fois arrive à transformer des écorces d’arbres en tissus. Une innovation qui réjouira le monde entier. «Mes tenues faites à base de raffia ont été portées par des stars mais surtout ont été reprises par beaucoup de stylistes-modélistes».
Pour Angybell , c’est tant mieux que ses idées soient reprises. «Il faut éviter les esprits de concurrence, c’est dépassé», déclare t-elle.
Dans un entretien ô combien enrichissant, Angybell lève un coin de voile sur ces années de gloire, ces périodes noires, mais aussi elle nous livre en exclusivité le contexte de la création de sa nouvelle collection (avec des photos à l’appui que vous ne trouverez, pour l’instant, nulle par ailleurs).
Voir quelques photos.
10:25 Publié dans A l'honneur, Art & Culture, Reportage | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mode, angybelle, côte d'ivoire, abidjan, couture
11/09/2008
Le Sima grandeur nature
Je vous disais ici que je vous enverrais les news de la 1ère édition du Salon Ivoirien des Métiers d’Abidjan (Sima).
J’y ai fait un petit tour rapide. Et je dois avouer que j’ai été émerveillé par l’organisation et par le nombre de participants (et d’exposants) à ce salon. J’ai compté au moins une soixantaine de stands. Grande école, centres de formation, lycées professionnels, centres artisanaux, entreprises de (télé)communication, salons de coiffures, menuiseries…
Tous les métiers étaient représentés.
Le salon à aussi sa radio «Radio Sima» qui pendant ces trois jours va entretenir les visiteurs et donner toutes les informations utiles pour le salon.
Justement selon les organisateurs, le «Sima» se présente comme «une plate-forme d’échanges et d’informations entre les partenaires du système de la formation professionnelle, les élèves et les entreprise».
Avec pour thème «le renforcement du partenariat école-entreprise pour une insertion professionnelle durable», le Sima a pour objectif (entre autres) de «montrer aux ex-combattants et ex-miliciens les opportunités de réinsertion», mais aussi et surtout de «faire découvrir au grand public, aux chefs d’entreprises, aux partenaires au développement et aux bailleurs de fonds, le savoir faire et le savoir être des stagiaires pendant leur formation et la compétence des produits de l’enseignement technique et la formation professionnelle (EFPT, initiateur du salon) au sein de l’entreprise».
Il y a de belle chose à voir. Et vous avez encore deux autres jours pour découvrir à l’hôtel du golf tous les stands qui présentent des travaux souvent surprenants.
C’est le samedi 13 prochain que le Sima fermera ses portes.
Quand à nous, chaque jour, nous vous ferons découvrir un exposant qui nous aura marqué.
Pour aujourd’hui je vous présente Kocorico.com
C’est une votre boutique en ligne. Ainsi, où que vous soyez dans le monde, vous pouvez montrer vos articles, votre boutique ou autre, à tout potentiel acheteur, en allant simplement sur. J’ai craqué pour le stand et pour le service qu’il offre.
Les présentateurs au Sima disent que c’est «un guide pour le shopping et pour le tourisme, c’est un guide en ligne multisectoriel et un instrument de mise en relation. Il offre la possibilité aux internautes de trouver des produits et des services en vente ou en location sur Internet chez plusieurs marchands et particuliers référencés, de comparer éventuellement les prix pour les produits et services identiques».
Voir le site ici... et toutes les photos un peu plus bas.
16:44 Publié dans (Petit) Constat, Abidjan de maintenant, Paparazz'voire, Reportage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : sima, métier, boutique, abidjan, côte d'ivoire
Visite au Lycée Blaise Pascal d’Abidjan
Situé à la Rivera 3 (quartier huppé d’Abidjan), le lycée français Blaise Pascal retrouve petit à petit l’ambiance des grands jours de cours. Et le cadre fraichement rénové offre aux élèves un environnement propice au travail et à la discipline.
Bâtiments flambant neufs, pelouses constamment arrosées, cet établissement a fière allure.
L’odeur de peinture fraîche témoigne des récents travaux qui ont été effectués.
L’école comprend des bâtiments de cours, des salles de langues mais aussi des salles de technologies avec des ordinateurs de pointes reliées entre eux via un serveur général qui gère toutes les connexions de l’école.
L’aire de jeu séduit aussi. Terrain de football, piscine mais aussi le restaurant dont les prix varient entre 3000 et 4000 francs le repas (complet).
Vu de l’extérieur les frais de scolarité semblent élevés.
Maurice Demailly, proviseur du lycée Blaise Pascal ne dément pas cette information. «L’un des soucis de l’Etat ivoirien est de faire de cette école un établissement d’excellence. C’est la raison pour laquelle nous faisons venir des professeurs hautement qualifiés et nous mettons des moyens de pointes aux services de l’encadrement des enfants. Et tout cela coûte cher», justifie le proviseur. «Le Lycée Blaise Pascal ne fait pas de bénéfices», ajoute t-il. «Nous divisons le total des dépenses de l’école par le nombre d’élève. Et c’est ce qui constitue les frais de scolarité», précise cet ancien diplômé de l'école de journalisme de Lille en France.
Le lycée Blaise pascal compte 950 élèves avec environ 50 % d’Ivoiriens. Elle compte des classes de la 6ème à la Terminale (littéraire et scientifique). «L’effectif est contrôlé. Pas plus de 30 élèves par classe», affirme, Maurice Demailly.
Pour cet encadrement, 70 professeurs sont à la tâche. Ils viennent pour la plus part de l’extérieur. Mais il y a également des anciens professeurs des anciennes écoles qui ont été fermées à lors des évènements de 2004. «Il y a aussi des professeurs qui viennent de Côte d’Ivoire», ne manque pas de dire, Jacques de Lesquen, chef du service de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France en côte d’Ivoire.
Voir toutes les photos du lycée Blaise Pascal d'Abidjan
14:47 Publié dans Abidjan de maintenant, Paparazz'voire, Reportage | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : france, lycée français, abidjan, côte d'ivoire, yoro
01/09/2008
Priorité à la propreté
«Houphouet est vraiment mort !», a dit quelqu’un à la vu de ce "rond point".
Destination «hautement touristique», Yamoussoukro est en train d’être gagnée par la "carie" de la saleté.
Dans la capitale politique de la Côte d’Ivoire et ville natale du premier président Félix Houphouët Boigny, il n'y pas seulement que la Basilique, la Fondation et le lac aux caïmans. Il y a désormais ce fameux "rond point" qu'il faut passer "admirer". Un dépotoir qui si rien est fait, peut être la source d'une épidémie.
Les vendeurs et les populations qui habitent à proximité du marché déversent ordures - ménagères comme commerciales - sur une voie principale.
Au fur et à mesure ces ordures se sont transformées en un rond point.
Ce tas d’immondices qui sert aussi à certaines heures de «WC public» dégage une odeur insupportable.
Cette poubelle géante désormais devenu un sens giratoire où les véhicules observent les règles de la «priorité à droite».
Et les règles d’hygiène qu’en fait-on ?
10:04 Publié dans Fatigué de parler..., Notes de voyage, Paparazz'voire, Reportage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : yamoussoukro, ordure, côte d'ivoire, santé
21/08/2008
Note de fin
«C’est nous qui tenons la paix, il faut que vous le sachiez !» Cette menace lancée par «Ablo», un des hommes en uniforme (des Forces nouvelles, Fn) au barrage (sud) à l’entrée de Bouaké m’a beaucoup fait réfléchir.
Alors que nous avions une «autorisation du cabinet civil des Forces nouvelles» signée de leur Secrétaire Général – et Premier ministre ivoirien –, les soldats au barrage exigeaient que nous payions le droit de passage de… «5000 F cfa». «On s’en fout de leurs signatures», ont-ils hurlé tout le temps.
Les discussions furent rudes et souvent couvertes de menaces de la part de ces hommes en armes. Pour qu'en fin de compte nous leur laissions la somme de 2000 francs et que nous nous en allions.
La menace de «Ablo» était sérieuse et au sortir de ce voyage, riche en tourisme, il faut relever que la paix est encore trop fragile dans l’autre Côte d’Ivoire.
Une paix qui balance aux rythmes des humeurs des anciens rebelles qui sont devenues (trop) changeantes ces derniers temps.
Les hommes en armes postés aux différents barrages jurent que c’est eux qui maîtrisent la situation. Mais dans cette atmosphère, les populations ne se sentent plus en sécurité.
Il y a ceux qui sont restés dans les zones du centre et du nord pendant les cinq années de guerre. Ces populations voyaient en l’accord de Ouaga l’espoir d’un retour à la normale. Elles qui ont tellement souffert. «Aujourd’hui, c’est la désillusion !», confesse Seydou O. «Chaque fois que les soldats des Fn se révoltent, nous avons le sentiment que la flamme de la paix est en train de mourir à petit feu», poursuit cet étudiant en faculté de sciences juridiques à l’université de Bouaké.
La peur est encore plus grande chez ceux qui ont été redéployés ou ramenés. Ce sont les fonctionnaires de l’Etat, mais également ceux qui avaient fuit les combats et dont le ministère de la Réconciliation nationale (et des Relations avec les institutions) a favorisé le retour. «Nous avons accepté de revenir ici parce qu’on nous avait garanti que le calme serait revenu. Mais de plus en plus nous avons peur. Est ce que nous ne devions pas attendre le désarmement total des anciens combattants rebelles avant de revenir ?», se demande encore Faustin N, employé dans une banque de Bouaké qui a ouvert ses portes récemment.
Plusieurs d’entre les habitants de Bouaké font de plus en plus l’amer constat que «les chefs des Fn ne contrôlent plus rien». «Ici c’est nous qui tenons la ville», lance fièrement un des ex-rebelles. «Les autres eux, ils sont assis dans les bureaux et dorment dans des maisons luxueuses à Abidjan (…) Ils ne savent pas ce que nous vivons comme problèmes ici», reproche en colère un garde au "poste de Niakaramadougou" (ville situé à une centaine de kilomètres au nord de Bouaké).
Et les «réclamations musclées» de ces derniers jours à Bouaké en sont peut être la confirmation.
Les zones du centre et du Nord ressemblent en réalité à des territoires sans lois véritables. Tout semble être dirigé et géré par les biais militaires des Forces nouvelles «qui règne en maitre absolus dans la zone».
En somme, je crois qu’aujourd’hui la paix est à la merci des anciens rebelles (encore en arme) qui obéissent de moins en moins à leurs mentors. Il peuvent la défaire à tout moment.
Si de "notre côté", nous avons l’impression qu’il y a un air de paix qui plane, ce n’est pas tellement le cas de l’autre côté. Car en réalité, la partition du pays en deux est toujours effective et les ex-rebelles n’ont toujours pas désarmé. Loin de moi l’idée d’être pessimiste, mais parler de paix (durable) dans cette ambiance c’est se voiler la face.
10:23 Publié dans Ce que je crois, Notes de voyage, Reportage | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : voyage, fn, côte d'ivoire, nord, yoro, reportage
14/08/2008
Barrages à mendiants
Depuis une trentaine de minutes, notre car est immobilisé au barrage principal de la ville de Bouaké (fief des Forces nouvelles, Fn).
Les passagers de notre convoi commencent à s’impatienter.
Renseignement pris, des soldats des Fn, exigent que nous payions le «droit de passage» qui est de «5000 francs».
C’est une situation que nous avions déjà vécue dans les différents «Cheick point» que nous avons rencontré à l’allé comme au retour. Que ce soit à Ferké, Tafiéré, Niakaramadougou, Katiola. Les soldats ont toujours exigé «un petit quelque chose». En leur remettant 200 francs – ou même rien – le problème était résolu.
«Ce n’est plus des postes de police, mais des nids de mendiants», lâche quelqu’un dans le car.
Des soldats amaigris par la faim vous réclament toujours quelque chose. De l’argent ou des habits. Un des nôtres a due laisser son tee-shirt pour qu’on nous laisse passer dans un barrage entre Ferké et Tafiéré.
Ils sont de tous ages : enfants, jeunes, vieux et parfois très vieux. Vêtus dans des uniformes aussi différents les uns que les autres.
Les populations qui traversent à vélo – ou à pied – leurs barrages, doivent payer environ «la dîme» de ce qu’ils transportent.
«Si c’est de l’igname ou de la viande, ou du tchapalo (boisson alcoolisée faite à base de mil), vous devez leur donner une part», explique une quinquagénaire que nous avons rencontré à un "poste de police". «Il faut le faire sinon vous ne passez pas», prévient-elle. «Souvent, ils sont très violents quand vous essayez de refuser», conclu t-elle avant de s’éclipser rapidement à l’approche d’un "élément" qui avance dans notre direction.
A Bouaké où nous avons été immobilisé nous avons dû payer 2000 francs malgré le fait que nous avions un «laissez-passer» signé du «Cabinet civil des Forces nouvelles».
«Ici on s’en fout de cette signature, si tu ne paie pas vous allez dormir avec nous», menace «Adam’s», l’un des rebelles.
18:15 Publié dans Notes de voyage, Reportage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ferké, yoro, nord, reportage, barrage
Après la paix, l’anarchie
J’ai fait trois nuits et quatre jours dans la ville de Ferkessédougou ville frontalière au Burkina Faso.
Ferké présente un tableau qui est le propre de la majeure partie des villes ex-assiégées par les Forces nouvelles (ex-rébellion).
A chacun son «courant»
Dans le «quartier Douane» (comme dans bien d’autres quartiers populaires de la ville) sur les bois de bambous qui servent de mats, des fils électriques de plusieurs couleurs sont suspendus à seulement quelques mètres de la tête. Personne ne semble s’en soucier.
«En général, deux ou trois maisons servent à alimenter tout le secteur», explique Silué. «Une trentaine voire une quarantaine de ménage peuvent être connectés à ces quelques maisons», poursuit-il.
Exempts de factures, ces riverains reversent une modique somme (allant de 300 f à 500f par mois) au propriétaire du compteur principal.
Quand à certains propriétaires rencontrés, ils disent payer leurs factures chaque fin de mois auprès des agents de la Cie.
«Chaque fin de mois je me rends dans leurs locaux pour payer ma facture d’électricité», affirme avec empressement Doubouya B.
Nous avons cherché à rencontrer les agents de la Cie de Ferké en vain. Mais de source sûre, l’on nous a laissé entendre que les agents de la (seule) compagnie d’électricité en Côte d’Ivoire «ne mettent pas trop de pressions aux propriétaires de compteurs par peur de représailles des éléments des forces nouvelles (encore en service dans la zone)». En réalité, les auteurs de ces délits sont des «amis» de certains membres du cabinet civil de Ferké.
En ce qui concerne les dangers qu’elles encourent, les populations de Ferkéssedougou nous rassurent. «Nous prenons toutes nos dispositions pour ne pas que quelqu’un soit électrocuté», rassure Matthieu N. Soro, forgerons dans un français teinté de sénoufo (la langue locale).
Pourtant, pendant les saisons pluvieuses les drames se comptent par dizaines.
L’essence sur le marché noir
Dans une des stations services les pompistes sont assis la tête entre les mains. Vêtus d’uniformes noircis par le fuel, ces gérants de ces stations d’essences donnent l’impression de s’ennuyer. Pas du tout. Il n’ y a plus de carburant !En réalité, elles sont rares les stations où l’on peut trouver encore du gasoil. La raison ? Il existe à Ferké un gros trafic d’essence qui se fait entre les stations et des revendeurs.
Les premiers livrent du carburant aux seconds dans des fûts en plastic (généralement de couleur jaune) aux prix de gros. (C’est-à-dire le prix fixé en zone ex-assiégés : 681 f pour le gasoil). Les revendeurs à leurs tours vont séparer leurs acquisitions en trois. «Il y a le super, le gasoil et le mélange que nous faisons pour les cyclomoteurs», explique un détaillant.
Pour le litre de super et pour le gasoil il faut débourser entre 700 et 775 francs chez les détaillants. Quand au mélange le litre est à 650 francs.
Les quelques automobilistes rencontrés se plaignent de cette anarchie occasionnée par les stations d’essence. «Quand vous vous rendez dans une station d’essence pour prendre du carburant, ils vous diront qu’il y en a plus. Soit parce qu’ils ont tous donné aux détaillants, soit parce qu’ils en ont mais que c’est réservé à leurs clients favoris que sont les détaillants», dénonce en colère J. Aké fonctionnaire redéployé à Ferké.
Selon des informations recueillies, les détaillants reversent une rente journalière (en fonction du nombre de litres vendus) aux gérants des stations. Ainsi, ces derniers gagnent autant que les détaillants.
Prolifération des produits de contrefaçon
En s’arrêtant dans une boutique pour prendre de quoi à boire, l’on peu se rendre compte de la prolifération des produits de contrefaçon. Tout y passe. Cigarettes, boissons, chocolats, biscuits, riz, laits, huiles, piles électriques… en provenance (en général) du… Burkina Faso.
Vous lirez sur les canettes de boisson gazeuse de «Fanta» ou de «Coca» - de goûts médiocres – «un produit de Coca Cola Compagny du Burkina Faso».
Le trafic ne se limite pas qu’aux produits comestibles. Vous trouverez sur le marché des marques de chaussures «Naike», «Abbiba» ou «ebbebas», des postes à radio de marques «Naiwa», «Sonica», «Sunny» ou même «Soni», et pourquoi pas des piles «Every Day», «Duravell» ou «Energie vraie».
Dans le domaine des motos c’est le même constat. Les noms des marques se font la concurrence les unes aux autres. Idem pour les habits, les boissons alcoolisées et les médicaments. Et tout ceci «pour des prix défiant toutes concurrences».C’est sûre, il n’y a pas encore de service de douane dans cette zone. Et en la matière, ce sont les éléments des forces nouvelles qui font la «collecte (journalière) de fonds» auprès des vendeurs et commerçants.
L’hôpital général à l’abandon
Si nous parlons d’anarchie, nous parlerons également de délaissement et d’abandon des services publiques encore fonctionnels. L’hôpital général de Ferké en est un prototype.Bâtit sur une superficie de quelques hectares, «l’hôpital Général de Ferké» est en piteux états. Ces bâtiments délabrés et «repeints» par la crasse sont le témoignage de sa non activité pendant la guerre.
Aujourd’hui malgré que certains médecins et infirmiers y ont été redéployés, les malades «boudent ce service» et se tournent vers l’hôpital Baptiste tenu par les américains. Un hôpital dont les populations apprécient le cadre, la qualité des soins et l’efficacité des services.
Alors que nous faisions une petite visite au sein de l’hôpital général, nous avons compté 13 malades. «3 en médecine générale, 8 en chirurgie et une en maternité», nous confirme Monsieur Kéita, l’économe dudit hôpital.
Même si le service minimum est assuré «les gens préfèrent aller (voir) "ailleurs"», se lamente l’infirmier général du service «médecine générale».
Dans la cour de l’hôpital, une ambulance a du mal à démarrer. Après quelques "éternuements", elle s’arrête. «Et il faut souvent la pousser. Vous comprenez que ces difficiles quand il faut évacuer des malades au Chr de Korhogo», explique meurtri le chauffeur de l’ambulance. «Pourtant, c’est le village de Guillaume Soro (le chef des Forces nouvelles et premier ministre)», indiquent certains «Ferkois» pour montrer que «leurs autorités» ne s’occupent pas d’eux.
Force est d’observer que la vie en zone ex-assiégée n’est pas reluisante. La pauvreté est «couchée à la porte» des populations. Des zones où pour (sur)vivre, tout le monde vit dans l’anarchie totale.
C’est vrai que l’on crie partout la réunification du pays. Mais mon constat est que c’est seulement dans les textes. Elle n’est pas effective en réalité.
Parce qu’il n’y a aucune administration «loyaliste» qui fonctionne.
Bien qu’elles aient été redéployées, ces différentes administrations sont obligées de fermer les yeux sur certaines situations afin de ne pas entrer en "collision" avec les Forces nouvelles.
Il faut sauvegarder la paix à tout prix. Il faut entretenir la flamme de la paix au prix de …l’anarchie.
Quel avenir pour cette partie de la Côte d’ivoire où les postes de police (des FN) sont des nids de mendiants en uniformes (voir prochain post)?
Chantons la paix, mais souvenons-nous que quelque part en Côte d’Ivoire, il y a une anarchie qui tourne le dos à l’unicité des caisses de l’Etat. Mais il y a aussi des populations qui sont parfois contraints d’emprunter des raccourcis pour vivre et faire vivre leurs familles.
Il faut sauver la paix, il faut aussi sauver les caisses de l’Etat. Mais il faut surtout sauver les hommes et les femmes de ces zones toujours assiégées.
17:05 Publié dans Notes de voyage, Reportage | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : voyage, nord, ferké, pauvreté, yoro, côte d'ivoire
11/08/2008
La vie dans l’autre Côte d’Ivoire

De Bouaké à Ferkessédougou, les populations savent désormais que «leur» Côte d’Ivoire est engagée dans un processus qui doit aboutir à la réunification véritable du pays. Pourtant, les évènements nationaux ne sont pas forcément vécus et (suivis) là-bas comme ici à Abidjan la capitale économique.
J’en veux pour preuve la 48ème édition de la fête nationale de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.
Bouaké lentement dans la danse
La deuxième plus grande ville s’est parée aux couleurs nationales. Quelques artères principales ont été revêtues des plus beaux «orange-blanc-vert».
Quelques défilés et cérémonies ont marqué cette journée du 7 août 2008 à Bouaké.
Dans le fief des Forces nouvelles (ex-rébellion) les autorités ont tenues à être dans le (bon) ton.
Cependant, pour les populations, cette journée a été vécue comme bien d’autres. «Les populations ont vaqué tranquillement à leurs occupations sans forcément se soucier que «aujourd’hui est un jour exceptionnel», ne manque pas de relever un «Bouakois».
Le marché ne s’est pas désengorgé comme à son habitude. «Les commerçants ne sont pas restés chez eux», comme l’indique le correspondant à Bouaké d’un quotidien abidjanais. «Ils ne veulent pas perdre quelques sous en restant chez eux rien que pour une fête dont ils n’en voient pas forcément la teneur», explique t-il.
Bouaké pourtant semble prendre son indépendance des anciennes Forces nouvelles. Les banques et les quelques agences d’entreprise de télécommunication ont repris du service. Même si ce jour elles ont fermé, on peut se rendre compte de la récente rénovation de leurs bureaux. Signe que la vie reprend peu à peu dans cette ancienne cité de «la vallée du Bandama» fortement assiégée pendant 5 ans. Aujourd’hui, même si les «FN» sont toujours présentes – avec leurs uniformes sombres – «les gens sont plus libres de circuler sans se soucier», se réjouit une jeune commerçante d’origine burkinabé.
Katiola ville morte.
Situé à quelques kilomètres au nord de Bouaké, Katiola est la capitale des «Tagbanas» (nom du peuple et de l’ethnie vivant dans cette ville).
La ville n’a pas célébré le 48ème anniversaire de la Côte d’Ivoire.
«Nous profitons pour nous reposer», se réjouit un vendeur de motocyclettes.
Les rues désertes de Katiola en disent long sur comment on vit les évènements nationaux ici. «C’est important pour nous mais je ne sais pas pourquoi je vais faire tout un ‘‘boucan’’ pour l’indépendance», se demande Yayoro B. Pour lui, comme pour beaucoup d’ailleurs, les «affaires d’Abidjan» sont des «choses pour accorder des congés aux gens».
Katiola a respecté le «jour férié», sans pour autant accorder une quelconque importance à l’évènement lui-même. Pas de rues pavoisées, pas d’atmosphère de fête : l’air est au repos.
Ferkessédougou joue le jeu
A Ferkessédougou, à la frontière du Burkina Faso, le mouvement a plutôt été bien suivi. Quelques cérémonies pour «saluer les couleurs» en présence des autorités de la ville ont ponctué cette journée.
Cela n’a pas pourtant pas gêné le caractère «jour de marché» de cette ville. Après les différentes cérémonies les populations ont vaqué normalement à leurs occupations en ce jour de marché.
Bien que les rues soient joliment vêtues aux couleurs nationales l’indépendance ne semble pas intéresser beaucoup. Cependant, les «Ferkois» ont tenue à jouer le jeu en sacrifiant à la tradition.
Le nord n’a pas encore (totalement) l’habitude des «bonnes habitudes». Mais il (pour)suit le chemin de la paix. Doucement, la vie administrative et politique reprend son souffle. Suivant de loin l’actualité d’Abidjan qui est désormais le point de repère du chemin à suivre pour la côte d’Ivoire de demain.
De l’autre côté de la Côte d’Ivoire ont vit parfois sans les couleurs nationales, mais la vie continu.
PS: Il n' y avait pas de connection internet à Ferkessédougou où j'ai séjourné 5 jours durant. C'est pourquoi ce post "atterrit" aujourd'hui.
16:50 Publié dans Notes de voyage, Reportage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : voyage, côte d'ivoire, yoro









