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22 octobre 2012

Bienvenue à Tanou Sakassou, village de potiers

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10 minutes ! C’est le temps qu’il nous faut pour arriver à ce petit village paisible, situé à une dizaine de kilomètres de Bouaké (dans le centre de la Côte d'Ivoire). Ce dimanche matin, la petite cité est calme. Pour la plupart, les villageois se sont rendus à l’église.

Seules quelques chèvres et quelques chiens installés dans le cimetière à l’entrée du village nous souhaitent la bienvenue. Il est un peu plus de 10 heures. Quelques enfants, torses nus, courent après le véhicule qui nous emmène. Reprenant maladroitement, l’air amusé, quelques mots en français qu’ils entendent de notre bouche.

Du haut des grands arbres, quelques oiseaux chantent à gorge déployée. L’air pur de cette cité est parfois envahi par quelques fumées qui proviennent des foyers de cuisson à base d’argile.  Depuis leurs cases, quelques vielles femmes n’hésitent pas à nous lancer des sourires, heureuses de voir ces envahisseurs d’un jour.

Notre convoi s’ébranle devant une grande maison éclairée par les rayons du soleil. «Soyez les bienvenues ! » lance Yao Koffi Julien, potier et propriétaire des lieux. « Ici nous sommes dans la salle d’exposition » indique t-il. C’est dans cet endroit que sont entreposés tous les produits des potiers du village. Un endroit magique qui selon Julien, est bien méconnu du peuple ivoirien.

Lire tout le reportage

20 septembre 2011

Petit constat dans un centre du BAC 2011

bac2011.JPGEt c’est parti pour les écrits du baccalauréat 2011 en Côte d’Ivoire. Le moins que l’on puisse dire au regard de ce que j’ai pu observer dans quelques centres à Cocody et à Yopougon, c’est que les dispositions ont été prises pour que cela se fasse dans le calme et dans la sérénité mais surtout loin des fraudes.

Une petite visite ce matin au Collège Koné Idrissa à Yopougon pétro ivoire, histoire de voir comment les choses se déroulent. [Il y a certaines années où dans certains centres c'étaient des ambiances surchauffées dehors, des va-et-vient des élèves et parents d’élèves entre la cour (et parfois même les classes) et l’extérieur du centre].

Un impressionnant dispositif (dissuasif) de sécurité assuré par des policiers. Les élèves entrent en rang dans la cour de l’école en présentant la convocation et une pièce d’identité. Dehors, les quelques rares parents venus accompagner et encourager leurs enfants repartent aussitôt. « Je ne cherche pas affaire je rentre chez moi. Je viendrai chercher ma fille le soir », lance ce père de famille avec un éclat de rire.

Sur les 660 élèves prévus 130 manquent à l’appel. « Sinon dans l’ensemble tout s’est bien déroulé » se réjouit, Seka Aka, le chef de centre en ajoutant « la ministre (de l’éducation nationale) a été ferme sur les mesures à prendre. Nous appliquons ».

Les quelques élèves interrogés à la pause de midi ont sorti l’habituel « c’était abordable » en parlant de la première épreuve de philosophie.

Au collège moderne de Cocody. Le dispositif de policiers est un peu plus impressionnant qu’à Yopougon. L’ambiance dehors aussi. De nombreux vendeurs ambulants ont envahi la voie qui passe devant ledit collège. Attendant impatiemment les premiers élèves à finir les épreuves de cette première journée.

Le moins qu’on puisse dire est que cette journée était celle de l’enseignement. Dans la foulée, débutaient les oraux du BTS (Brevet de Technicien Supérieur). Il y a avait également les réultats du CEPE (certificat d’étude primaire) avec un résultat global de 58,22%.

Lire aussi le reportage complet d'un Avenant dans le Centre de Yopougon.

13 septembre 2010

Abidjan-Lomé: récit d’une traversée tumultueuse

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C’est parfois plaisant de faire des voyages par la route. Surtout quand vous devez traverser deux pays (Côte d’Ivoire et Ghana) pour atteindre un autre. Mais des fois, un tel voyage peut s’avérer ennuyeux, voire périlleux. D’Abidjan à Lomé en passant par Accra, le chemin n’est pas toujours facile à aborder. Des surprises peuvent vous attendre dans ce tourisme qui peut vite se transformer en cauchemar. Récit d’une traversée qui peut servir de « code de la route d’Abidjan à Lomé ».

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26 novembre 2009

"Chronique Ivoirienne" sur le campus de Cocody

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Immersion dans le Campus universitaire de Cocody. L'épisode 2 de Chronique Ivoirienne, nous y emmène de fort belle manière (Voir l'épisode 1). Pour ce premier volet de cette deuxième saison, pénétrons dans des amphis quasiment vides du fait des grèves, traversons des ponts de fortunes pour découvrir une autre facette de cette cité universitaire. Sur la Cité "U", le sport occupe une place de choix. Les accocs à la "Play" ne nous dirons pas le contraire, ni "Super Alidou", dont le portrait marque la volonté d'un homme qui ne se laisse pas abattre par son handicap. Il raffle des médailles dans sa discipline sportive.

Cette chronique est réalisée par Camille Millerand et Donatien Kangah (pour le compte de Avenue225). Toujours avec le soutien de Afrique in visu.

Crédit photo (-®Millerand)

30 octobre 2008

A la rencontre des vendeurs de rues

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Ils sont nombreux ces jeunes qui prennent d'assaut les grandes artères de la ville d'Abidjan, présentant leurs produits. "Nos produits varient en fonctions des périodes", précise l'un d'entre eux. Journaux, produits hygiéniques, appareils électroménagers, téléphones portables, jeux pour enfants... tout y est !

"Pour ce mois, à cause de la rentrée des classes, ce sont les gadgets scolaires que nous vendons le plus. Ardoises, crayon de couleurs, jeux éducatifs... mais nous préparons aussi les fêtes de Noël et de nouvel an qui arrivent à grands pas", prévient Jules T, vendeur à la riviera 2.

Se faufilant entre les véhicules stationnés au "feu rouge", rattrapant aux pas de course des clients en voiture, ces vendeurs se battent comme ils peuvent pour "faire quelque chose". "Nous avons fait le choix de ne pas voler et ça nous réussit bien", renchérit Awa S. Elle vend des serviettes de poches. "Actuellement avec la chaleur, nos serviettes sont demandées et nos recettes augmentent", ajoute t-elle.

Pour la plupart, ils sont étudiants et se "débrouillent" pour se faire de l'argent. "Je suis titulaire d'une maîtrise en sciences économiques à l'université de Cocody. En attendant de trouver un emploi je me cherche en vendant des cartes de recharges", déclare t-il fièrement. D'autres quant à eux, sont déscolarisés et envoyés par leurs parents. "Mes parents habitent Wassa (un bidonville de la commune de Cocody). Ils achètent les articles en gros et mes frères et moi, nous les vendons en détails dans les rues", témoigne Safiatou B, 14 ans.
Leurs ventes se portent bien. Surtout que ces vendeurs savent détecter ce qu'il faut pour une période donnée.
Leurs seules craintes : "La police municipale". "Les agents de la mairie trouvent que nous envahissons les rues. Pour cela, ils nous empêchent de vendre et souvent ils confisquent nos articles que nous ne retrouvons quasiment jamais", explique Aimé N'Goran.

En dépit de ce fait, les "vendeurs de rues" persévèrent (contre vents et agents de mairie) offrant une gamme variée à leur clientèle qui s'en réjouit d'ailleurs. "Ils ont souvent de bons articles que nous trouvons à des prix très abordables", atteste un automobiliste. Pourtant, certains doutent de la bonne qualité de ces articles. "On a aucune garantie en ce qui concerne la solidité de ce que nous achetons", se plaint une dame assise à bord d'un taxi.

Quoi qu'il en soit, ces commerçants vendent et ne s'en lassent point. Au risque de leurs vies parfois, mais leurs survies semblent en dépendre.

Votez encore pendant quelques jours
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23 octobre 2008

Cité universitaire ou le centre commercial aux multiples facettes

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Que ferais t-on pas pour survive à la «galère» sur les cités universitaires ? Beaucoup de choses ! diraient les étudiants et autres «habitants» qui y vivent.
«Le campus de Cocody», l’une des plus grandes cités estudiantines d’Abidjan, s’est transformée aux fils des années en un gigantesque centre commercial où tout se vend et tout s’achète. Un véritable businessland !


Enquête

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13 octobre 2008

Il était une fois…Angybell !

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Une fois n’est pas coutume. Je me suis introduit dans l’antichambre d’un dinosaure de la mode africaine. Styliste et couturière autodidacte, Angybell est de nouveau sur la scène avec une nouvelle collection de vêtements qu’elle va présenter officiellement lors du "Yéhé 2008" cette semaine.

Angybell, un nom qui rappelle une époque. Un nom qui réveille des souvenirs chez les amateurs de modes mais aussi et surtout un nom qui salue le travail d’une artiste autodidacte au sommet de son art.
Dans son appartement situé à la Riviera 3, un quartier chic d’Abidjan, Angybell nous serre la main avec sourire comme pour dire «je suis encore là». Sur la terrasse, des robes et des chemises de différents motifs vous souhaitent la bienvenue.
Le salon superbement décoré est pour la circonstance transformé en loge pour essayage.
SDC11504.JPGDans un coin de la pièce, on peut apercevoir une partie des trophées qu’elle a glanés au fil de sa longue carrière. Carrière qui l’a d’ailleurs emmené à faire le tour du monde pour présenter ses œuvres.
«Angybell n’a pas changé», vous diront ses proches. Toujours aimable et travailleuse, l'inspectrice des douanes ivoiriennes continue de créer des modèles toujours originaux et inspirés. «Elle tient à ce que ce qu’elle fait soit un carrefour de culture», révèle un de ses proches. «Pour elle, ajoute t-il, la mode doit pouvoir transcender les cultures». «C’est d’ailleurs pour cela qu’elle tient en général à mélanger les pagnes traditionnels avec d’autres tissus», précise son couturier.
Pourtant, ce nom avait été éclipsé par des années de maladies et d’épreuves.
Mais, après ce long moment passé hors des "T" «Maman Raffia» réapparait avec une nouvelle collection.
«Je ne suis pas morte», dit-elle. J’ai (sur)vécu (à) des moments pénibles mais tout cela est dans le plan de Dieu et c’est vraiment riche en enseignements», avoue t-elle avec assurance.
Grande croyante, Angybell assure que ses succès sont «la marque de Dieu dans sa vie» et ses déceptions «le moyen que Dieu choisit» pour lui faire comprendre des choses et la ramener sur le droit chemin.
Désormais, Angybell est là. Toujours avide de travail, d’idées nouvelles et lumineuses.
«Elle aime le travail, mais surtout le travail (très) bien fait», explique Diana, sa fille et son responsable de communication et marketing. «En plus, elle a cette facilité d’expliquer ce qu’elle veut aux autres, ça rend le travail plus facile», souligne Diana.
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Dans quelques jours, Angybell s’envole pour la France «pour des raisons personnelles», avant de revenir sur la scène ivoirienne qu’elle n’a d’ailleurs jamais quittée.
«C’est vrai que j’ai été absente, mais mes modèles et mes initiatives ont fait le tour du monde», affirme t-elle avec fierté.
En effet, c’est elle qui pour la première fois arrive à transformer des écorces d’arbres en tissus. Une innovation qui réjouira le monde entier. «Mes tenues faites à base de raffia ont été portées par des stars mais surtout ont été reprises par beaucoup de stylistes-modélistes».
Pour Angybell , c’est tant mieux que ses idées soient reprises. «Il faut éviter les esprits de concurrence, c’est dépassé»
, déclare t-elle.

Dans un entretien ô combien enrichissant, Angybell lève un coin de voile sur ces années de gloire, ces périodes noires, mais aussi elle nous livre en exclusivité le contexte de la création de sa nouvelle collection (avec des photos à l’appui que vous ne trouverez, pour l’instant, nulle par ailleurs).

podcast


Voir quelques photos.

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11 septembre 2008

Le Sima grandeur nature

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Je vous disais ici que je vous enverrais les news de la 1ère édition du Salon Ivoirien des Métiers d’Abidjan (Sima).
J’y ai fait un petit tour rapide. Et je dois avouer que j’ai été émerveillé par l’organisation et par le nombre de participants (et d’exposants) à ce salon. J’ai compté au moins une soixantaine de stands. Grande école, centres de formation, lycées professionnels, centres artisanaux, entreprises de (télé)communication, salons de coiffures, menuiseries…
Tous les métiers étaient représentés.
Le salon à aussi sa radio «Radio Sima» qui pendant ces trois jours va entretenir les visiteurs et donner toutes les informations utiles pour le salon.
Justement selon les organisateurs, le «Sima» se présente comme «une plate-forme d’échanges et d’informations entre les partenaires du système de la formation professionnelle, les élèves et les entreprise».
Avec pour thème «le renforcement du partenariat école-entreprise pour une insertion professionnelle durable», le Sima a pour objectif (entre autres) de «montrer aux ex-combattants et ex-miliciens les opportunités de réinsertion», mais aussi et surtout de «faire découvrir au grand public, aux chefs d’entreprises, aux partenaires au développement et aux bailleurs de fonds, le savoir faire et le savoir être des stagiaires pendant leur formation et la compétence des produits de l’enseignement technique et la formation professionnelle (EFPT, initiateur du salon) au sein de l’entreprise».
Il y a de belle chose à voir. Et vous avez encore deux autres jours pour découvrir à l’hôtel du golf tous les stands qui présentent des travaux souvent surprenants.
C’est le samedi 13 prochain que le Sima fermera ses portes.

Quand à nous, chaque jour, nous vous ferons découvrir un exposant qui nous aura marqué.
Pour aujourd’hui je vous présente Kocorico.com
C’est une votre boutique en ligne. Ainsi, où que vous soyez dans le monde, vous pouvez montrer vos articles, votre boutique ou autre, à tout potentiel acheteur, en allant simplement sur. J’ai craqué pour le stand et pour le service qu’il offre.
Les présentateurs au Sima disent que c’est «un guide pour le shopping et pour le tourisme, c’est un guide en ligne multisectoriel et un instrument de mise en relation. Il offre la possibilité aux internautes de trouver des produits et des services en vente ou en location sur Internet chez plusieurs marchands et particuliers référencés, de comparer éventuellement les prix pour les produits et services identiques».
Voir le site ici... et toutes les photos un peu plus bas.

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Visite au Lycée Blaise Pascal d’Abidjan

Situé à la Rivera 3 (quartier huppé d’Abidjan), le lycée français Blaise Pascal retrouve petit à petit l’ambiance des grands jours de cours. Et le cadre fraichement rénové offre aux élèves un environnement propice au travail et à la discipline.

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Bâtiments flambant neufs, pelouses constamment arrosées, cet établissement a fière allure.
L’odeur de peinture fraîche témoigne des récents travaux qui ont été effectués.
L’école comprend des bâtiments de cours, des salles de langues mais aussi des salles de technologies avec des ordinateurs de pointes reliées entre eux via un serveur général qui gère toutes les connexions de l’école.
L’aire de jeu séduit aussi. Terrain de football, piscine mais aussi le restaurant dont les prix varient entre 3000 et 4000 francs le repas (complet).
Vu de l’extérieur les frais de scolarité semblent élevés.
Maurice Demailly, proviseur du lycée Blaise Pascal ne dément pas cette information. «L’un des soucis de l’Etat ivoirien est de faire de cette école un établissement d’excellence. C’est la raison pour laquelle nous faisons venir des professeurs hautement qualifiés et nous mettons des moyens de pointes aux services de l’encadrement des enfants. Et tout cela coûte cher», justifie le proviseur. «Le Lycée Blaise Pascal ne fait pas de bénéfices», ajoute t-il. «Nous divisons le total des dépenses de l’école par le nombre d’élève. Et c’est ce qui constitue les frais de scolarité», précise cet ancien diplômé de l'école de journalisme de Lille en France.
Le lycée Blaise pascal compte 950 élèves avec environ 50 % d’Ivoiriens. Elle compte des classes de la 6ème à la Terminale (littéraire et scientifique). «L’effectif est contrôlé. Pas plus de 30 élèves par classe», affirme, Maurice Demailly.
Pour cet encadrement, 70 professeurs sont à la tâche. Ils viennent pour la plus part de l’extérieur. Mais il y a également des anciens professeurs des anciennes écoles qui ont été fermées à lors des évènements de 2004. «Il y a aussi des professeurs qui viennent de Côte d’Ivoire», ne manque pas de dire, Jacques de Lesquen, chef du service de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France en côte d’Ivoire.
Voir toutes les photos du lycée Blaise Pascal d'Abidjan

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01 septembre 2008

Priorité à la propreté

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«Houphouet est vraiment mort !», a dit quelqu’un à la vu de ce "rond point".
Destination «hautement touristique», Yamoussoukro est en train d’être gagnée par la "carie" de la saleté.
Dans la capitale politique de la Côte d’Ivoire et ville natale du premier président Félix Houphouët Boigny, il n'y pas seulement que la Basilique, la Fondation et le lac aux caïmans. Il y a désormais ce fameux "rond point" qu'il faut passer "admirer". Un dépotoir qui si rien est fait, peut être la source d'une épidémie.

Les vendeurs et les populations qui habitent à proximité du marché déversent ordures - ménagères comme commerciales - sur une voie principale.
Au fur et à mesure ces ordures se sont transformées en un rond point.
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Ce tas d’immondices qui sert aussi à certaines heures de «WC public» dégage une odeur insupportable.
Cette poubelle géante désormais devenu un sens giratoire où les véhicules observent les règles de la «priorité à droite».
Et les règles d’hygiène qu’en fait-on ?

21 août 2008

Note de fin

Fn.JPG«C’est nous qui tenons la paix, il faut que vous le sachiez !» Cette menace lancée par «Ablo», un des hommes en uniforme (des Forces nouvelles, Fn) au barrage (sud) à l’entrée de Bouaké m’a beaucoup fait réfléchir.
Alors que nous avions une «autorisation du cabinet civil des Forces nouvelles» signée de leur Secrétaire Général – et Premier ministre ivoirien –, les soldats au barrage exigeaient que nous payions le droit de passage de… «5000 F cfa». «On s’en fout de leurs signatures», ont-ils hurlé tout le temps.
Les discussions furent rudes et souvent couvertes de menaces de la part de ces hommes en armes. Pour qu'en fin de compte nous leur laissions la somme de 2000 francs et que nous nous en allions.
La menace de «Ablo» était sérieuse et au sortir de ce voyage, riche en tourisme, il faut relever que la paix est encore trop fragile dans l’autre Côte d’Ivoire.
Une paix qui balance aux rythmes des humeurs des anciens rebelles qui sont devenues (trop) changeantes ces derniers temps.
Les hommes en armes postés aux différents barrages jurent que c’est eux qui maîtrisent la situation. Mais dans cette atmosphère, les populations ne se sentent plus en sécurité.
Il y a ceux qui sont restés dans les zones du centre et du nord pendant les cinq années de guerre. Ces populations voyaient en l’accord de Ouaga l’espoir d’un retour à la normale. Elles qui ont tellement souffert. «Aujourd’hui, c’est la désillusion !», confesse Seydou O. «Chaque fois que les soldats des Fn se révoltent, nous avons le sentiment que la flamme de la paix est en train de mourir à petit feu», poursuit cet étudiant en faculté de sciences juridiques à l’université de Bouaké.
La peur est encore plus grande chez ceux qui ont été redéployés ou ramenés. Ce sont les fonctionnaires de l’Etat, mais également ceux qui avaient fuit les combats et dont le ministère de la Réconciliation nationale (et des Relations avec les institutions) a favorisé le retour. «Nous avons accepté de revenir ici parce qu’on nous avait garanti que le calme serait revenu. Mais de plus en plus nous avons peur. Est ce que nous ne devions pas attendre le désarmement total des anciens combattants rebelles avant de revenir ?», se demande encore Faustin N, employé dans une banque de Bouaké qui a ouvert ses portes récemment.
Plusieurs d’entre les habitants de Bouaké font de plus en plus l’amer constat que «les chefs des Fn ne contrôlent plus rien». «Ici c’est nous qui tenons la ville», lance fièrement un des ex-rebelles. «Les autres eux, ils sont assis dans les bureaux et dorment dans des maisons luxueuses à Abidjan (…) Ils ne savent pas ce que nous vivons comme problèmes ici», reproche en colère un garde au "poste de Niakaramadougou" (ville situé à une centaine de kilomètres au nord de Bouaké).
Et les «réclamations musclées» de ces derniers jours à Bouaké en sont peut être la confirmation.
Les zones du centre et du Nord ressemblent en réalité à des territoires sans lois véritables. Tout semble être dirigé et géré par les biais militaires des Forces nouvelles «qui règne en maitre absolus dans la zone».

En somme, je crois qu’aujourd’hui la paix est à la merci des anciens rebelles (encore en arme) qui obéissent de moins en moins à leurs mentors. Il peuvent la défaire à tout moment.
Si de "notre côté", nous avons l’impression qu’il y a un air de paix qui plane, ce n’est pas tellement le cas de l’autre côté. Car en réalité, la partition du pays en deux est toujours effective et les ex-rebelles n’ont toujours pas désarmé. Loin de moi l’idée d’être pessimiste, mais parler de paix (durable) dans cette ambiance c’est se voiler la face.

14 août 2008

Barrages à mendiants

Depuis une trentaine de minutes, notre car est immobilisé au barrage principal de la ville de Bouaké (fief des Forces nouvelles, Fn).
Les passagers de notre convoi commencent à s’impatienter.
Renseignement pris, des soldats des Fn, exigent que nous payions le «droit de passage» qui est de «5000 francs».
C’est une situation que nous avions déjà vécue dans les différents «Cheick point» que nous avons rencontré à l’allé comme au retour. Que ce soit à Ferké, Tafiéré, Niakaramadougou, Katiola. Les soldats ont toujours exigé «un petit quelque chose». En leur remettant 200 francs – ou même rien – le problème était résolu.
«Ce n’est plus des postes de police, mais des nids de mendiants», lâche quelqu’un dans le car.
Des soldats amaigris par la faim vous réclament toujours quelque chose. De l’argent ou des habits. Un des nôtres a due laisser son tee-shirt pour qu’on nous laisse passer dans un barrage entre Ferké et Tafiéré.
Ils sont de tous ages : enfants, jeunes, vieux et parfois très vieux. Vêtus dans des uniformes aussi différents les uns que les autres.
Les populations qui traversent à vélo – ou à pied – leurs barrages, doivent payer environ «la dîme» de ce qu’ils transportent.
«Si c’est de l’igname ou de la viande, ou du tchapalo (boisson alcoolisée faite à base de mil), vous devez leur donner une part», explique une quinquagénaire que nous avons rencontré à un "poste de police". «Il faut le faire sinon vous ne passez pas», prévient-elle. «Souvent, ils sont très violents quand vous essayez de refuser», conclu t-elle avant de s’éclipser rapidement à l’approche d’un "élément" qui avance dans notre direction.
A Bouaké où nous avons été immobilisé nous avons dû payer 2000 francs malgré le fait que nous avions un «laissez-passer» signé du «Cabinet civil des Forces nouvelles».
«Ici on s’en fout de cette signature, si tu ne paie pas vous allez dormir avec nous», menace «Adam’s», l’un des rebelles.

Après la paix, l’anarchie

J’ai fait trois nuits et quatre jours dans la ville de Ferkessédougou ville frontalière au Burkina Faso.
Ferké présente un tableau qui est le propre de la majeure partie des villes ex-assiégées par les Forces nouvelles (ex-rébellion).

A chacun son «courant»

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Selon ce qui nous avait été annoncé, la Compagnie Ivoirienne d’électricité (Cie) avait commencé à exercer et à recueillir auprès des populations, les fonds de règlement des factures d’électricité. Pourtant, le constat que nous avons fait tend à démentir cette information.
Dans le «quartier Douane» (comme dans bien d’autres quartiers populaires de la ville) sur les bois de bambous qui servent de mats, des fils électriques de plusieurs couleurs sont suspendus à seulement quelques mètres de la tête. Personne ne semble s’en soucier.
«En général, deux ou trois maisons servent à alimenter tout le secteur», explique Silué. «Une trentaine voire une quarantaine de ménage peuvent être connectés à ces quelques maisons», poursuit-il.
Exempts de factures, ces riverains reversent une modique somme (allant de 300 f à 500f par mois) au propriétaire du compteur principal.
Quand à certains propriétaires rencontrés, ils disent payer leurs factures chaque fin de mois auprès des agents de la Cie.
«Chaque fin de mois je me rends dans leurs locaux pour payer ma facture d’électricité», affirme avec empressement Doubouya B.
Nous avons cherché à rencontrer les agents de la Cie de Ferké en vain. Mais de source sûre, l’on nous a laissé entendre que les agents de la (seule) compagnie d’électricité en Côte d’Ivoire «ne mettent pas trop de pressions aux propriétaires de compteurs par peur de représailles des éléments des forces nouvelles (encore en service dans la zone)». En réalité, les auteurs de ces délits sont des «amis» de certains membres du cabinet civil de Ferké.
En ce qui concerne les dangers qu’elles encourent, les populations de Ferkéssedougou nous rassurent. «Nous prenons toutes nos dispositions pour ne pas que quelqu’un soit électrocuté», rassure Matthieu N. Soro, forgerons dans un français teinté de sénoufo (la langue locale).
Pourtant, pendant les saisons pluvieuses les drames se comptent par dizaines.

L’essence sur le marché noir
e950516146c037b7bd94880a5dc74168.jpgDans une des stations services les pompistes sont assis la tête entre les mains. Vêtus d’uniformes noircis par le fuel, ces gérants de ces stations d’essences donnent l’impression de s’ennuyer. Pas du tout. Il n’ y a plus de carburant !
En réalité, elles sont rares les stations où l’on peut trouver encore du gasoil. La raison ? Il existe à Ferké un gros trafic d’essence qui se fait entre les stations et des revendeurs.
Les premiers livrent du carburant aux seconds dans des fûts en plastic (généralement de couleur jaune) aux prix de gros. (C’est-à-dire le prix fixé en zone ex-assiégés : 681 f pour le gasoil). Les revendeurs à leurs tours vont séparer leurs acquisitions en trois. «Il y a le super, le gasoil et le mélange que nous faisons pour les cyclomoteurs», explique un détaillant.
Pour le litre de super et pour le gasoil il faut débourser entre 700 et 775 francs chez les détaillants. Quand au mélange le litre est à 650 francs.
Les quelques automobilistes rencontrés se plaignent de cette anarchie occasionnée par les stations d’essence. «Quand vous vous rendez dans une station d’essence pour prendre du carburant, ils vous diront qu’il y en a plus. Soit parce qu’ils ont tous donné aux détaillants, soit parce qu’ils en ont mais que c’est réservé à leurs clients favoris que sont les détaillants», dénonce en colère J. Aké fonctionnaire redéployé à Ferké.
Selon des informations recueillies, les détaillants reversent une rente journalière (en fonction du nombre de litres vendus) aux gérants des stations. Ainsi, ces derniers gagnent autant que les détaillants.

Prolifération des produits de contrefaçon
En s’arrêtant dans une boutique pour prendre de quoi à boire, l’on peu se rendre compte de la prolifération des produits de contrefaçon. Tout y passe. Cigarettes, boissons, chocolats, biscuits, riz, laits, huiles, piles électriques… en provenance (en général) du… Burkina Faso.
Vous lirez sur les canettes de boisson gazeuse de «Fanta» ou de «Coca» - de goûts médiocres – «un produit de Coca Cola Compagny du Burkina Faso».
Le trafic ne se limite pas qu’aux produits comestibles. Vous trouverez sur le marché des marques de chaussures «Naike», «Abbiba» ou «ebbebas», des postes à radio de marques «Naiwa», «Sonica», «Sunny» ou même «Soni», et pourquoi pas des piles «Every Day», «Duravell» ou «Energie vraie».
Dans le domaine des motos c’est le même constat. Les noms des marques se font la concurrence les unes aux autres. Idem pour les habits, les boissons alcoolisées et les médicaments. Et tout ceci «pour des prix défiant toutes concurrences».C’est sûre, il n’y a pas encore de service de douane dans cette zone. Et en la matière, ce sont les éléments des forces nouvelles qui font la «collecte (journalière) de fonds» auprès des vendeurs et commerçants.

L’hôpital général à l’abandon
f5e2db19517a486a8c13d82adc7b1887.jpgSi nous parlons d’anarchie, nous parlerons également de délaissement et d’abandon des services publiques encore fonctionnels. L’hôpital général de Ferké en est un prototype.
Bâtit sur une superficie de quelques hectares, «l’hôpital Général de Ferké» est en piteux états. Ces bâtiments délabrés et «repeints» par la crasse sont le témoignage de sa non activité pendant la guerre.
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Aujourd’hui malgré que certains médecins et infirmiers y ont été redéployés, les malades «boudent ce service» et se tournent vers l’hôpital Baptiste tenu par les américains. Un hôpital dont les populations apprécient le cadre, la qualité des soins et l’efficacité des services.
Alors que nous faisions une petite visite au sein de l’hôpital général, nous avons compté 13 malades. «3 en médecine générale, 8 en chirurgie et une en maternité», nous confirme Monsieur Kéita, l’économe dudit hôpital.
Même si le service minimum est assuré «les gens préfèrent aller (voir) "ailleurs"», se lamente l’infirmier général du service «médecine générale».
Dans la cour de l’hôpital, une ambulance a du mal à démarrer. Après quelques "éternuements", elle s’arrête. «Et il faut souvent la pousser. Vous comprenez que ces difficiles quand il faut évacuer des malades au Chr de Korhogo», explique meurtri le chauffeur de l’ambulance. «Pourtant, c’est le village de Guillaume Soro (le chef des Forces nouvelles et premier ministre)», indiquent certains «Ferkois» pour montrer que «leurs autorités» ne s’occupent pas d’eux.

Force est d’observer que la vie en zone ex-assiégée n’est pas reluisante. La pauvreté est «couchée à la porte» des populations. Des zones où pour (sur)vivre, tout le monde vit dans l’anarchie totale.
C’est vrai que l’on crie partout la réunification du pays. Mais mon constat est que c’est seulement dans les textes. Elle n’est pas effective en réalité.
Parce qu’il n’y a aucune administration «loyaliste» qui fonctionne.
Bien qu’elles aient été redéployées, ces différentes administrations sont obligées de fermer les yeux sur certaines situations afin de ne pas entrer en "collision" avec les Forces nouvelles.
Il faut sauvegarder la paix à tout prix. Il faut entretenir la flamme de la paix au prix de …l’anarchie.
Quel avenir pour cette partie de la Côte d’ivoire où les postes de police (des FN) sont des nids de mendiants en uniformes (voir prochain post)?
Chantons la paix, mais souvenons-nous que quelque part en Côte d’Ivoire, il y a une anarchie qui tourne le dos à l’unicité des caisses de l’Etat. Mais il y a aussi des populations qui sont parfois contraints d’emprunter des raccourcis pour vivre et faire vivre leurs familles.
Il faut sauver la paix, il faut aussi sauver les caisses de l’Etat. Mais il faut surtout sauver les hommes et les femmes de ces zones toujours assiégées.

11 août 2008

La vie dans l’autre Côte d’Ivoire

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Une semaine après que l’on ait soufflé la première bougie de «la flamme de la paix», le nord essaie (à sa façon) de suivre le chemin inexorablement lancé de la paix.
De Bouaké à Ferkessédougou, les populations savent désormais que «leur» Côte d’Ivoire est engagée dans un processus qui doit aboutir à la réunification véritable du pays. Pourtant, les évènements nationaux ne sont pas forcément vécus et (suivis) là-bas comme ici à Abidjan la capitale économique.
J’en veux pour preuve la 48ème édition de la fête nationale de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Bouaké lentement dans la danse
La deuxième plus grande ville s’est parée aux couleurs nationales. Quelques artères principales ont été revêtues des plus beaux «orange-blanc-vert».
Quelques défilés et cérémonies ont marqué cette journée du 7 août 2008 à Bouaké.
Dans le fief des Forces nouvelles (ex-rébellion) les autorités ont tenues à être dans le (bon) ton.
Cependant, pour les populations, cette journée a été vécue comme bien d’autres. «Les populations ont vaqué tranquillement à leurs occupations sans forcément se soucier que «aujourd’hui est un jour exceptionnel», ne manque pas de relever un «Bouakois».
Le marché ne s’est pas désengorgé comme à son habitude. «Les commerçants ne sont pas restés chez eux», comme l’indique le correspondant à Bouaké d’un quotidien abidjanais. «Ils ne veulent pas perdre quelques sous en restant chez eux rien que pour une fête dont ils n’en voient pas forcément la teneur», explique t-il.
Bouaké pourtant semble prendre son indépendance des anciennes Forces nouvelles. Les banques et les quelques agences d’entreprise de télécommunication ont repris du service. Même si ce jour elles ont fermé, on peut se rendre compte de la récente rénovation de leurs bureaux. Signe que la vie reprend peu à peu dans cette ancienne cité de «la vallée du Bandama» fortement assiégée pendant 5 ans. Aujourd’hui, même si les «FN» sont toujours présentes – avec leurs uniformes sombres – «les gens sont plus libres de circuler sans se soucier», se réjouit une jeune commerçante d’origine burkinabé.

Katiola ville morte.
Situé à quelques kilomètres au nord de Bouaké, Katiola est la capitale des «Tagbanas» (nom du peuple et de l’ethnie vivant dans cette ville).
La ville n’a pas célébré le 48ème anniversaire de la Côte d’Ivoire.
«Nous profitons pour nous reposer», se réjouit un vendeur de motocyclettes.
Les rues désertes de Katiola en disent long sur comment on vit les évènements nationaux ici. «C’est important pour nous mais je ne sais pas pourquoi je vais faire tout un ‘‘boucan’’ pour l’indépendance», se demande Yayoro B. Pour lui, comme pour beaucoup d’ailleurs, les «affaires d’Abidjan» sont des «choses pour accorder des congés aux gens».
Katiola a respecté le «jour férié», sans pour autant accorder une quelconque importance à l’évènement lui-même. Pas de rues pavoisées, pas d’atmosphère de fête : l’air est au repos.

Ferkessédougou joue le jeu
A Ferkessédougou, à la frontière du Burkina Faso, le mouvement a plutôt été bien suivi. Quelques cérémonies pour «saluer les couleurs» en présence des autorités de la ville ont ponctué cette journée.
Cela n’a pas pourtant pas gêné le caractère «jour de marché» de cette ville. Après les différentes cérémonies les populations ont vaqué normalement à leurs occupations en ce jour de marché.
Bien que les rues soient joliment vêtues aux couleurs nationales l’indépendance ne semble pas intéresser beaucoup. Cependant, les «Ferkois» ont tenue à jouer le jeu en sacrifiant à la tradition.

Le nord n’a pas encore (totalement) l’habitude des «bonnes habitudes». Mais il (pour)suit le chemin de la paix. Doucement, la vie administrative et politique reprend son souffle. Suivant de loin l’actualité d’Abidjan qui est désormais le point de repère du chemin à suivre pour la côte d’Ivoire de demain.
De l’autre côté de la Côte d’Ivoire ont vit parfois sans les couleurs nationales, mais la vie continu.

PS: Il n' y avait pas de connection internet à Ferkessédougou où j'ai séjourné 5 jours durant. C'est pourquoi ce post "atterrit" aujourd'hui.

04 août 2008

Incendie au grand marché d'Abengourou

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e2e24b135c76ad190d5473eff422a0c1.jpgLe lundi 04 Aout restera à jamais gravé dans la mémoire des populations de l’indénié (région royale de l'est de la Côte d'Ivoire). Pour cause le Grand Marché de la ville est parti en fumée.
Selon les informations recueillies c’est à 07H 30 minutes que le ciel s’est assombri dans le royaume de l’indénié. Sous le pouvoir dévastateur des flammes le Grand Marché a brulé.
Selon les témoignages recoltés ça et là, le feu se serait déclenché au niveau supérieur du marché à partir du magasin de friperie tenu par un certain Adou.
Marie François Gragbé, Préfet de région et Préfet du département d’Abengourou, rencontré sur place ne pouvait faire autrement face à la fureur des flammes qui ont réduit à néant les efforts consentis par les commerçants et les commerçantes. «C’est le grand marché de la ville, pour se ravitailler ce sera difficile(…). Dommage, on va réfléchir pour éviter que cela arrive prochainement», a déploré le Préfet.
L’autorité municipale représentée par son premier adjoint, Amoikon Kouamé estime que la municipalité a joué sa partition en créant des bouches d’eau pour contrer d’éventuels incendies, sous les conseils avisés des sapeurs pompiers, lors de la construction du grand marché. Sur le terrain les tuyaux de raccordement qui relient les bouches d’eau tenus par des jeunes volontaires en vue de maitriser le feu ont montré leurs limites. Par manque de simulation depuis au moins trois ans, la pression d’eau s’est avérée très insuffisante. L’action d’une unité industrielle de bois présente sur place a favorisé la canalisation du feu. Ainsi le tiers du marché est quand même resté intact.
Contre vents et marrées les victimes ont envisagé sauver ce qui pouvait l’être.
Tandis que ceux-ci pleuraient les marchandises parties en fumée, d’autres s’activaient à des scènes de pillages. Avec l’action vigoureuse des forces de l’ordre, des dizaines de personnes ont été interpellées.
Quant à la source de l’incendie on se perd en conjecture (Comme d'habitude). S’agit-il d’un incendie criminel ou d’un court-circuit ? les enquêtes nous situeront.

Photo R.r, prise avec un téléphone portable

(Renard renard, envoyé spécial à Abengourou)

26 juillet 2008

A la découverte de la "TASLY tendance"

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Connaissez-vous TASLY ? Moi non plus. Ou du moins pas jusqu'à hier. Cette grande firme chinoise – dirigée par le docteur Yan – spécialisée dans les produits pharmaceutiques est décidée à conquérir le marché ivoirien.
Après avoir «inondé» l’Afrique du sud, le Ghana et le Nigeria de «médicaments chinois», l’entreprise TASLY a déposé ses bagages dans la capitale ivoirienne de façon fracassante. L’affluence que j’ai pu observer dans certains de ses locaux (Williamsville, 2.-Plateaux) en est la preuve. Selon certaines sources bien introduites dans l’administration de «TASLY Côte d’Ivoire», déjà certaines pharmacies abidjanaises ont commencé à s’approvisionner en produits «TASLY». Une marque qui selon le site web de l’entreprise a une renommée mondiale dans le domaine des médicaments en général et de la médecine chinoise en particulier.

Des produits pour des maladies incurables

Selon les informations recueillies au siège – située au cœur des «2 plateaux-vallon» – , de «TASLY Côte d’Ivoire», les produits peuvent guérir des maux comme la tuberculose, la sinusite, mais aussi les problèmes d’anémie, de rhumatisme et de tension artérielle.
Ce qui semble faire courir les personnes qui prennent d’assaut les bureaux de cette compagnie de Beijing, c’est bien le bruit qui court (plus vite d’ailleurs) disant que des maladies comme le diabète, l’insuffisance rénale ou même certains cas de cancer peuvent être guéris par les médicaments fabriqués et distribués par l’entreprise chinoise.
Des médicaments efficaces dit-on, dont les prix sont exorbitants. Allant de 11 000 à des chiffres pouvant atteindre plusieurs centaines de mille.
Mais, grossistes, détaillants, malades et parents de malades semblent ne pas se soucier des différents prix qui scintillent sur les «bons d’achat».
Mais pourquoi un tel engouement pour des produits aussi chers ?

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Une politique marketing dite «fortement rentable»

En réalité, si le monde accourt c’est qu’il y a – selon des témoignages lus dans les brochures distribuées – beaucoup d’argent à gagner en guise de bénéfices.
La politique marketing repose sur le système de sponsoring et de bénéfice à la chaîne. Vous vous souvenez certainement de la chaîne développée à une certaine époque par les produits Aloès. Le principe est sensiblement le même. Sauf qu’ici les gains sont plus alléchants avec des bénéfices pouvant atteindre 500 voire 1000 pour cent (et même plus). On peut gagner également une voiture du type TASLY et un séjour touristique à Pékin.
«Quand vous faites un achat de médicaments, vous êtes habilités à réclamer une fiche d’adhésion que vous remplissez et que vous déposez. Vous êtes alors référencés par un numéro (qui est internationalement archivé et conservé). On vous remet ensuite une «carte TASLY» (sous forme de carte de crédit) portant votre numéro d’adhésion (auquel sont rattachés dans les archives, vos informations personnelles. Ensuite, à vous de faire venir une ou deux autres personnes qui suivront le même procédé et qui doivent elles aussi faire adhérer d’autres clients à l’entreprise», explique Gérard Kassi (c’est un pseudo, l’individu ayant refusé que son identité soit révélée dans cet article).
«À mesure que votre chaîne s’allonge, vos bénéfices grossissent», précise t-il.
A peine installée, TASLY enregistre selon les statistiques disponibles à son siège, une centaine de chaînes et des milliers d’adhérents.

Quels crédits pour TASLY ?

Personnellement, je n’accorde pas de crédit aux produits chinois (de qui pourtant on dit beaucoup de bien). Je préfère encore les produits made in Côte d’Ivoire à ces produits dont on ne maîtrise pas forcément les origines et les manipulations faites sur eux.
Quand à la «stratégie fortement rentable» je suis sceptique. On a été habitué en Côte d’Ivoire à ce genre de chaîne dont l’issue est regret et pleurs.
Pourtant les témoignages de gens qui ont commencé à faire fortune dans «l’investissement TASLY» commencent à faire tache d’huile.
Libre à chacun d’en faire son expérience.

18 juillet 2008

Une ballade édifiante à Abidjan

Je me suis dit que la journée du jeudi serait un peu différente de celles qu’on connait depuis le lundi dernier, début des mouvements de grèves des transporteurs – relayés par les travailleurs.
La montre accrochée à mon bras affiche 10 heures et demie. Je suis arrêté à la gare des «Wôrô wôrôs» (taxis communaux) depuis plus d’un quart d’heure. Aucun véhicule à l’horizon.
Quelques minutes plus tard, je décide d’effectuer presqu’un kilomètre (à pied) pour sortir de mon quartier et rejoindre l’arrêt de bus le plus proche.
Une fois là-bas, je suis soulagé de trouver un «78» (ralliant mon quartier à la commune populaire d’Adjamé) prêt à embarquer.

Au fil des distances que nous effectuons, le bus se remplit de plus en plus. Bientôt, l’engin qui était calme, aéré, silencieux et confortable se transforme en un four ambulant avec à son bord des passagers bavards au nombre desquels on retrouve de nombreux nouveaux bacheliers. (Je vous épargne les détails de cette atmosphère à la fois malodorante, asphyxiante et bruyante).
Je dois me rendre aux 2 plateaux alors je décide de descendre au niveau du célèbre carrefour de la vie.

...

Depuis quelques minutes, le bus roule sur le «boulevard Mitterrand» (qui joint la commune de Bingerville à la Riviera). Nous stationnons à un feu quand j’aperçois au prochain arrêt, une foule immense de personnes qui prennent position pour se battre et essayer de monter à bord du bus de la Sotra (Société de transport Abidjanais).
Je décide alors de descendre et de quitter le gros véhicule pour une vie plus agréable… à terre. Je me fraie ainsi un chemin entre ces "guerriers" qui tiennent coûte que coûte à ne pas rater ce «goule» (jargon abidjanais pour désigner un bus de la sotra).
Le soleil, tout en se cachant derrière quelques nuages, brille de quelques éclats. En fronçant les sourcils, je regarde soulagé, le bus s’éloigner. Il roule lentement, tellement il est bondé de monde.
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Quelques secondes seulement après que le mastodonte se soit éloigné du rond point où je suis descendu, je reçois quelques gouttes d’eau sur le front et sur le bras. Avant même que je m’en rende compte, une forte pluie m’oblige à chercher un abri près d’un guichet automatique d’une banque. A ce niveau, le vigile de service me demande de m’éloigner par mesure de prudence. «Monsieur s’il vous plaît, vous ne pouvez pas rester ici. Allez-y un peu plus loin», me demande t-il poliment.
J’exécute aussitôt certainement intimidé par l’arme impressionnante qu’il utile pour m’indiquer l’endroit où je dois "m’installer".
La pluie quand à elle, continu de tomber obligeant hommes, femmes et enfants à courir dans tous les sens à la recherche d’un abri…sûr.

Après quelques éclaircies et quelques coups de tonnerre, la pluie fait place au soleil à la satisfaction de tous.
Je me résous à emprunter un des rares «Wôrô wôrôs» encore en circulation pour atteindre le prochain quartier. Sans grande difficulté donc j’atteins la Riviera 2.
Le spectacle est digne d’un cimetière. «La gare est vide !», constatent mes yeux.
Et quand sentant mon désespoir le chauffeur m’annonce qu’il va un quartier plus loin, je lui lance un large sourire pour lui signifier que je serai très enchanté qu’il m’y emmène.

Une fois arrivé à «Attoban», le conducteur à son tour me sourit en me réclamant les frais de transport: «ça fait 400 francs chef», lance t-il pour une distance où (avant la hausse des prix) j’aurais payé 250 francs. Sans discuter je lui donne son argent.

A Attoban, j’étais loin d’imaginer que l’attente d'un véhicule pour me rendre au 2 plateaux allait être si longue et sembler éternelle.
Après 1 heure et demie à guetter des yeux un taxi communal, je me rends à l’évidence que cette fois (et surtout dans ce quartier-ci), la grève est bien suivie.
Alors petits pas après petits pas, je commence à prendre le chemin qui me mènera là où je vais. (C’est à 5 kilomètres environ).
Et quand la pluie s’en mêle, je suis un peu plus en colère.
Dans mon cœur, plaintes et complaintes se succèdent au rythme et à la cadence du soleil et de la pluie qui se relaient sur mon chemin.
Au bout d’une heure environ de marche – tantôt lente à cause de la chaleur, tantôt rapide du fait de la pluie – j’arrive enfin à bon port.

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Le retour est moins douloureux et plus confortable. Après un premier «90» qui me descend à Cocody-centre, j'emprunte un autre bus venant du Plateaux (centre administratif et des affaires) et qui se rend dans mon quartier. L’ambiance est plutôt bonne à l’intérieur du «Tata» (nom de la marque du bus) et l’air circule parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde.
e2ae035c1d64c29f9e6a8fa217831daf.jpgEn chemin, j’observe quelques réverbères qui s’allument et qui annoncent la tombée de la nuit. Le bus stationne une quinzaine de minutes plus tard de là où je suis parti le matin. Il me reste juste 1 kilomètre à faire, mais je suis rassuré : «Je ne suis plus loin de chez moi !».

22 avril 2008

Affaire "Lycée libanais", toute la lumière

258a7752d3ba2bcb4dd620c5ceb863a7.jpgRetour sur une enquête qui est jusque là restée inachevée. Mais au finish, les portes du lycée libanais nous ont été ouvertes. Et tous les secrets ont été découverts. Aujourd'hui nous sommes en mesure de nous faire une idée précise de ce qu'est le lycée libanais Al Ghadir.

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17 avril 2008

Sos pour l'ambassade de Côte d'Ivoire

2cbad51d0934208fe1edffabad13c204.jpgReportage - Située à Osu (le quartier commercial d’Accra), l’ambassade de Côte d’Ivoire semble avoir été touchée par les épisodes de ces cinq dernières années de crise.
L’entrée de l’ambassade est marquée par un caniveau dont la mauvaise odeur oblige les visiteurs à s’attraper le nez. Et celui qui y vient pour la première fois risque de peu de ne pas retrouver l’ambassade. Aucune indication dans les rues ni sur le mur vieilli par le temps et sali par la poussière. Seule une petite pancarte dont les couleurs ont fait place à un blanc délavé, indique «Embassy of de Republic of Côte d’Ivoire». Même le portail nouvellement peint en vert ne peut camoufler les quelques toiles d’araignées qui ont décidé d’élire leurs résidences sur le mur de la clôture.
En franchissant le portail, l’on est accueilli par un gardien qui semble s’ennuyer et dont le trop grand sourire semble réclamer quelque chose en retour des visiteurs. Ghanéen d’origine, il ne parle le français que pour dire «Bonjour, merci et aurevoir».

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Pourtant à l’intérieur, une cour semble redonner le sourire aux premiers déçus. Une belle pelouse qui abrite en son sein le drapeau national rappelle que la Côte d’Ivoire c’est tout de même «la dignité relevée».

Mais hélas, la joie et la fierté de «la maison des Ivoiriens du Ghana et du Togo» est toujours de courte durée lorsque le visiteur franchi le seuil du hall d’accueil et d’informations.
f7c739f454f49ff7aa94a7fb1559772f.jpgLes tableaux affichés aux murs rappellent la belle époque du parti unique. Photos blanc et noir, carte géographique datant de «1985». L’on n’y trouvera pas d’images neuves. Comme si le temps s’était arrêté depuis les années 80.
Dans un coin du hall, une grande image du footballeur international Ivoirien Didier Drogba – tenant en main le «chocolat du planteur» – semble dire «Yako !».

Pourquoi un symbole footballistique en lieu et place du portrait du Président de la République comme on le constate dans de nombreuses ambassades ?

La courtoisie et la chaleur de l’accueil du personnel de l’ambassade, ne sauraient empêcher le visiteur de constater que le bâtiment à étage de l’ambassade est continuellement enfumé. Et pour cause, l’arrière-cour entretient le (bon) voisinage avec une décharge d’ordures qui sont brûlées en permanence. Et cette fumée tient, chaque fois qu’elle est ‘‘sollicitée’’, à ‘’saluer’’ les quelques passants dans l’ambassade qui sollicitent le visa ou qui viennent pour «une carte de résidant».
Avec un tel accueil en fumée, l’on ne devrait pas s’étonner que le taux de fréquentation ait considérablement diminué.
Au rez-de-chaussée du bâtiment, l’on retrouve les bureaux des «Counsellours» qui sont les plus proches collaborateurs de l’Ambassadeur, dont le bureau est à l’étage.
8a2384c21cacecb55bec7cc672db1fcd.jpgLe hall de l’étage est un peu mieux décoré que celui du bas. Sur une table vernie en noir, est disposé un petit éléphant aux ivoires (pas vraiment impressionnants) près duquel flotte un drapeau tenu par mat en bois. Sur le mur au dessus de l’éléphant(eau), une photo (encadrée) du Président Gbagbo est affichée.
Au bout du hall, un petit salon est sobrement aménagé avec quelques vieux fauteuils pour faire patienter ceux à qui l’ambassadeur va accorder une audience. Florent Ekra Kouassi, Ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Ghana, ne manque pas de rassurer : les choses vont évoluer. Pourtant, dans son bureau superbement décoré, aucun ordinateur n’est disposé. Et selon certaines indiscrétions, l’ambassade ne disposerait pas (encore) de connexion internet. Les ordinateurs, semble-t-il, sont une denrée rare.

A la fin de la promenade au sein de l’ambassade de Côte d’Ivoire au Ghana, le visiteur est convaincu qu’il faut faire quelque chose pour l’image de ce territoire ivoirien. Car après être passé devant l’ambassade du Niger, du Togo, de Cuba, de la France, de l’Italie, du Canada, des USA…, il est urgent de réhabiliter «la maison des Ivoiriens». Et si l’intérieur ne peut être changé (maintenant), que l’extérieur paraisse beau et ne donne pas l’impression d’une maison abandonnée et hantée (pourquoi pas)… par la vieillesse et la détérioration.

15 avril 2008

L’art et le design au service des morts

f95bd5d6633f7ad11d3998e138d3bdc6.jpgExposées sur une plate forme en hauteur, des caisses joliment décorées retiennent toujours l’attention. Soit pour leurs formes ou pour leurs décorations. Sculptées en bois, elles sont de petites ou de grandes tailles ayant les allures aussi multiformes qu’atypiques : Chien, poisson, panthère, lion, bateau, avion, voiture, bouteille, fruits et légumes…
Mais ne vous y méprenez pas. Il ne s’agit point d’objets décoratifs, mais de cercueils.
Allant des formes les plus simples aux plus inimaginables, les «fabricants» font preuve d’imagination et de créativité. Jefferson 30 ans, fabricant et vendeur de cercueil nous livre quelques informations.

Pourquoi faire des cercueils avec ce genre de forme ?
«En fait, les Ghanéens aiment enterrer dignement leurs morts. Et pour eux, offrir au mort un cercueil pareil, c’est l’honorer».

«Les choix sont faits en fonction de la vie de l’individu ou de ce qu’on retient de lui ou de ce qu’il aimait. Par exemple s’il aimait la boisson ou travaillait dans une usine de boisson on le mettra dans un cercueil à la forme de bouteille mais décoré aux couleurs et aux motifs de sa boisson préférée ou de la marque pour qui il travaillait. Si le mort était pêcheur ses parents vont souhaiter qu’il soit enterré dans un cercueil en poisson. Et s’il rêvait un jour de prendre l’avion et qu’il ne l’a jamais fait, ses parents lui offre la possibilité en le mettant dans un cercueil en forme d’avion. Ainsi de suite…»

C’est long à fabriquer ?
«En moyenne, il faut entre trois jours et une semaine pour finir la première étape qui est celle de la confection de la forme et de la décoration des cercueils. La deuxième étape consiste à mettre les tissus mortuaires à l’intérieur. Cela peut se faire en une seule journée (…)
Cependant, il y a des commandes qui peuvent nous prendre jusqu’à deux semaines, lorsqu’on doit ajouter d’autres matières comme l’or, le bronze ou autre chose».


Et pour le prix…
«Tout le monde ne peut pas s’offrir un cercueil de ce type. Car le prix varie entre 400 et 700 dollars (environ de 200 000 à 1 500 000 CFA)».
A ces prix-là, on peut bien dire l’on tient à honorer le mort.

Un travail de tant d'efforts

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Avec des formes...
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...aussi delirantes les unes...
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...que les autres
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13 avril 2008

Accra une capitale qui bouge

5d4ac17d5c7c3b010d297378ddf6ea58.jpgEntre bruits de klaxon et vrombissements de moteurs, Accra marque le visiteur qui y entre pour la première fois. Larges rues, véhicules de toutes sortes (souvent très extravagantes dans les couleurs comme dans les modèles), la ville semble chaque jour en construction. Tant les bandes sont fortement blanches et les voies profondément propres. De toute part, des habitations s'élèvent vers le ciel, comme pour dire qu'Accra veut désormais atteindre les sommets.

91ddaf3bde9de1f7794715909a6cfc5a.jpgAccra, ville aux milles charmes, tient toujours à capter l'attention du passant. Entre deux rues, des vendeurs ambulants interpellent leurs clients. Accra, c'est le commerce... le centre des affaires. L'endroit rêvé pour tout individu qui veut faire de bonnes affaires.
La capitale du Ghana a toujours conservé sa réputation d'être une terre d'accueil. Mais également d'être un pôle d'attraction où se rencontrent gens de diverses nationalités.
A tous les endroits, l'on entend que de la musique locale. Dans les restaurants, les bars, les taxis etc. les autres musiques ne sont nullement entendues. «Que du highlife», prévient quelqu'un. Néanmoins, cette musique séduit au point où l'on pourrait se surprendre à fredonner quelques mélodies. Et quand cette musique se mêle aux tintamarres provoqués par les embouteillages, cela crée une ambiance de jour de fête. Une atmosphère que l'on ne saurait décrire si on n'y est pas.

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En effet, Accra c'est aussi les bouchons interminables. Et ce, comme dans la plupart des grandes capitales africaines. Des bouchons qui rendent la circulation pénible. Pourtant, les conducteurs sont patients. Et la discipline caractérise ces chauffeurs qui, même s'ils klaxonnent pour entretenir le rythme et l'ambiance, savent qu'il faut être patient pour ne pas aggraver la situation.
Malgré les nombreux feux tricolores (relayés par endroit par des agents de la police), les grandes voies de la capitale ghanéenne ne désemplissent presque jamais. «La majorité des gens ici ont un véhicule. Et le transport en commun est très développé : bus, minicar, taxi», explique Romaric O, burkinabé, informaticien dans une banque internationale.

Quand les religions rapprochent les hommes.
5ba8fdc307bf16b4f1d6f86d9225d82b.jpgAvec environ 2 000 000 d'habitants, Accra reste la ville la plus peuplée du Ghana (22,5 millions, population totale du Ghana). Une population qui se caractérise par sa forte appartenance religieuse. Près de 63 % des «Accrarois» sont chrétiens (catholique et pentecôtiste) et 37 % sont repartis entre les musulmans (en grand nombre) et les animistes. Ainsi, Accra peut se vanter de la cohabitation (parfaite) entre ces différentes religions. «Vous ne manquerez pas de trouver sur un même site ou à quelques dizaines de mètres près, une église catholique, une église pentecôtiste et une mosquée», témoigne Noël A., Ivoirien, il exerce dans le secteur des affaires. «Pour les Ghanéens, poursuit-il, c'est indispensable de vivre en paix les uns et les autres et quelques soient les différences religieuses. f1dde956832fc886d84f19c8035ec448.jpgC'est pourquoi, ils estiment que le plus important c'est respecter la religion des autres».
Si pour vivre en paix il faut respecter les différentes religions auxquelles l'on n'appartient pas, il y a néanmoins quelques normes (même si elles ne sont pas toutes codifiées) qui guident le quotidien des populations. «Je vous donne deux exemples. D'abord, vous verrez rarement un Ghanéen fumer. Ici ce sont les étrangers qui le font. Parce que si un Ghanéen est aperçu en train de le faire, c'est qu'il se drogue», affirme Alex, gérant d'un «Internet Café» (cyber café). Comme deuxième exemple, il explique que à Accra les relations entre jeunes filles et jeunes garçons «ne se font pas de façon désordonnée». «D'ailleurs, explique t-il, il est interdit à une jeune fille de passer la nuit chez son petit ami». Plusieurs autres règles dirigent ainsi la vie des populations d'Accra : autochtones ou allogènes.

Accra c'est aussi la solidarité entre les Ghanéens.
Une attitude très critiquée par les étrangers (surtout les francophones) qui se sentent écartés et préfèrent s'organiser entre eux pour ne pas sentir cette "mise à l'écart". Fêtes, rencontres, sorties détentes... tout est mis en oeuvre pour se sentir «francophonement» ensemble.
«Ici, faites tout pour ne pas avoir affaire à un seul Ghanéen. Si vous avez raison, ça n'ira nulle part. Mais si vous avez tort, sachez que vous aurez toute la communauté contre vous», prévient une jeune dame camerounaise, la trentaine, employée dans une entreprise de télécommunication.
En effet, cette attitude de «discrimination» est un fait courant et vécu quotidiennement. «Et cela c'est dans tous les secteurs d'activités. Ils favorisent leurs frères et méprisent les autres», se plaint la jeune dame.
Ce qui pourrait être dénoncé comme un comportement discriminatoire est apprécié différement par les Ghanéens. Pour eux, c'est "la matérialisation de leur unité".

En définitive, visiter Accra, c'est ce rendre compte que l'Afrique a de nombreuses potentialités. Que chaque pays a son charme et ses spécificités (qui sont perçues diversement). Mais surtout, que les villes africaines sont belles et méritent d'être montrées aux yeux du monde.
Accra à la croisée du Togo et de la Côte d'Ivoire ne se lasse pas de séduire et de retenir le passager...le plus pressé.
Au carrefour de la musique et de la religion, entre ses hommes qui la constituent et son expansion à grande échelle, Accra, la capitale ghanéenne, en dépit de tous préjugés, finit (toujours) par séduire.

02 avril 2008

Le Lycée Al Ghadir est-il interdit aux Noirs ?

Enquête…inachevée...
aafa96bf735f9c61d32e5e975655e405.jpgDans un quartier d'Abidjan, l'on raconte qu'il existe une école qui est strictement interdite aux Noirs. C'est le Lycée libanais «Al Ghadir». Il est situé à un endroit perdu de la Riviera 3 (un quartier huppé de la commune présidentielle de Cocody).
Nos efforts pour tenter de rencontrer les responsables de cet établissement d'enseignement afin de vérifier l'information sont restés vains.
«Vous ne pouvez pas entrer si vous n'êtes pas parents d'élèves», nous apprend le vigile chargé de surveiller le portail. C'est un noir, un Ivoirien.
Pendant ce temps, l'on aperçoit un ballet interminable de véhicules (car et voiture personnelle) qui entrent «pour déposer les élèves». Il est quasiment 7 heures 45.
Nous décidons d'attendre afin de pouvoir interroger les chauffeurs (qui sont noirs). Mais en observant tous les véhicules l'on peut facilement constater que les élèves qu'on vient déposer sont tous libanais (du moins ont tous la même couleur de peau et les mêmes traits).
Renseignement pris néanmoins chez le vigile (qui souhaite garder l'anonymat), l'on apprend que le lycée libanais Al Ghadir comprend un niveau préscolaire, primaire et un collège. Mais concernant l'information selon laquelle elle serait réservée aux libanais, le gardien refuse toujours de la confirmer (ni de l'infirmer).
8 heures 30, un chauffeur venu descendre les enfants de son employé stationne à quelques mètres pour vérifier l'état de ses pneus. Nous nous dépêchons pour l'accoster avec un grand sourire en lui proposant notre aide. L'homme visiblement heureux nous répond qu'«il n'y a rien de grave». Alors, nous engageons une causerie qui aboutit à la question qui suscite notre intérêt. «Est-ce que le Lycée Al Ghadir est interdit aux Noirs ?». Notre interlocuteur réfléchit et lance sans balbutier : «Je sais qu'il n'y a que des libanais dans cette école. Depuis deux ans que je viens déposer les enfants de mes patrons je n'ai jamais vu d'autres élèves que ceux des libanais». Pour le chauffeur, tous les élèves sont libanais mais, il ne peut confirmer que le lycée est uniquement réservé aux libanais.

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Un peu plus de 20 minutes après que notre homme nous ait laissé, nous nous rapprochons du portail central du Lycée Al Ghadir. Un seul bâtiment (gigantesque et rose) est visible. Et la clôture s'étend à une centaine de mètre.
Pendant que nous ''contemplons'' l'école, nous sommes interpellés par un homme (un libanais sûrement). Il est éducateur et il a été alerté par un vigile, selon ce qu'il nous dit.
Nous nous présentons et nous lui posons notre préoccupation. Il fronce les sourcils et répond dans un français impeccable : «écoutez, que les gens racontent ce qu'ils veulent, ce qui est sûre nous avons un programme spécial». «Donc, les élèves autres que les libanais ne peuvent pas suivre ?», demande t-on. Visiblement agacé, l'homme refuse de nous répondre et de se prêter à d'autres questions. Poliment mais avec un ton énervé qu'il cache difficilement il nous demande de partir. Ce que nous faisons d'ailleurs.
Notre montre affiche 9 heures 15, nous quittons les lieux sans avoir eu la confirmation (ni l'infirmation) de ce que le Lycée libanais Al Ghadir ne reçoit que les élèves libanais. Pourtant, c'est la rumeur qui éclabousse tout le quartier. Et l'attitude des membres du personnel ne fait que confirmer qu'il y a beaucoup de choses à cacher. Parce qu'en réalité, il n'est pas admissible que dans un pays, un établissement scolaire soit interdit aux enfants de ce pays.
Pour l'instant en tenons nous à la rumeur. Mais nous suivrons cette affaire.

08 février 2008

Yaaako !!!

4f95356dfbe2dbc263d8a50cf81d689c.jpgDésillusion, désolation, déception, amertume, affliction, consternation, mais surtout regret, sont autant de sentiments que partageaient les ivoiriens à la fin du match Côte d'Ivoire-Egypte.
Alors qu'elle avait amorcé une ascension vertigineuse vers le sacre, elle a lamentablement chuté face à une équipe de pharaon déterminée à conserver son (précieux) titre.
Dans les rues d'Abidjan, la capitale économique, c'est un calme plat qui règne.
23 heures 30. Les maquis et Bar ouvrent à peine. Les rares véhicules circulent sans bruit. L'heure est à la méditation.
Quelques groupes de personnes se forment çà et là. Les drapeaux et autres gadgets aux couleurs nationales jonchent parfois les trottoirs. Dans le ciel, quelques éclaircies illuminent sur leurs visages, les larmes des supporters «trop déçus» par leurs représentants. Il n'y aura pas de marches, pas de chants de victoire, ni de champagnes à savourer. Peut être un peu d'eau pour désaltérer les voix qui se sont perdues dans les cris et les pleurs.

Minuit, un vent léger souffle sur Abidjan. Peu sont ceux qui trouvent le sommeil. Alors, dans ce silence de mort, quelques personnes discutent avec chagrin. Certains commentent le résultat du match (avec des «Si») quand d'autres essaient de comprendre ce qui s'est passé. «Nous n'avons pas reconnu l'équipe ivoirienne.
En défense, au milieu comme en attaque. C'est comme si c'étaient des amateurs», critique Marc Akoto, cadre de banque. Les Ivoiriens dans leurs majorités n'arrivent pas à comprendre qu'après trois victoires explosives, leur équipe soit tombée si bas : «4 à 1 !». «C'est une honte pour nous», lance Philomène N'Guessan, vendeuse. «Se faire éliminer sur un score aussi grand en demi-finale...», se lamente t-elle le coeur meurtri.
Sur les visages l'expression est à la détresse. «Les éléphants nous ont tué», lance en pleurs Jacqueline Guéi, assise à même le sol et parée d'Orange-blanc-vert.
Ce soir là, l'éléphant est tombé avec fracas et il s'est noyé dans les eaux du Nil. Le mythe n'aura pas été vaincu et le déplacement de milliers de supporters au Ghana aura été vain.
Ce soir-là, les Ivoiriens ont compris que le football est une science inexacte. Eux qui étaient si près du but !

30 janvier 2008

Can et commerce

772c466f6d42c3d7dd4c56fd597ef9f5.jpgAbobo-baoulé (quartier populaire d'Abidjan), il est précisément 13 heures ce mardi 29 janvier. A quelques heures du match Côte d'Ivoire-Mali, Sonia Naounou s'active pour mettre en ordre son maquis. «D'ici une heure ou deux les clients viendront s'installer pour regarder le match des éléphants», affirme t-elle.
Le maquis «Zéléphants» est construit sur une surface pas très grande. Mais «capable d'accueillir au moins 150 personnes», certifie Sonia. A l'intérieur, plusieurs chaises (en plastique et en bois) sont bien disposées autour de petites tables. Par endroit, des casiers de boissons servent de tables ou de chaises. Dans un coin du maquis, en face de l'entrée principale, une grande télévision (neuve) est déposée. Sonia vient de l'allumer, mais le son a été muté. Et pour cause, le ''Dj'' fait des tests afin de choisir les chansons les plus en vogue «pour savourer la victoire certaine des éléphants», ne manque t-il pas de clamer. «Nous sommes sûrs que face au Mali c'est la victoire assurée. C'est pourquoi nous nous préparons pour la fête de ce soir», ajoute-il visiblement heureux.
Ce n'est pas Sonia qui le contredira. Propriétaire du maquis depuis plus d'un an, elle trouve que la période de la Can est une bonne saison. Et surtout «quand les éléphants jouent et gagnent, l'argent entre», lance t-elle avec un grand sourire. Chez elle, les provisions en boissons et nourritures sont doublées «le jour où l'équipe nationale joue».
14 heures 20, les premiers clients (fidèles) font leurs entrées. A la vue de ceux-ci, le «Dj» diffuse du «Fatigué Fatigué !» (danse urbaine). Les clients à peine arrivés, exécutent quelques pas sous les ovations de Sonia qui par la suite leur propose de s'asseoir.
Ernest Kouamé, un fidèle client du «zéléphants», ne manque pas d'avouer à qui veut l'entendre qu'il préfère regarder le match dans le maquis de Sonia plutôt que chez lui à la maison. «Je suis plus à l'aise ici et l'ambiance est bonne», affirme ce comptable d'une quincaillerie, père de trois enfants.
Pendant le match, Sonia et «son» «Dj» vont entretenir leurs clients en leurs servant constamment à boire et en distillant en alternance de la musique et les commentaires télévisés du match.
Comme elle, beaucoup de propriétaires de maquis et autres restaurants savent que la Can est une période de «vaches grasses». Alors, tous les moyens sont mis pour attirer et retenir la clientèle.
Chez Faustin Akré, propriétaire d'un maquis à la riviera, quartier huppé d'Abidjan, la décoration est aux couleurs nationales. Les jeux de lumières et les affiches sont «orange-blanc-vert». «Il ne faut rien négliger», déclare Faustin, «nos clients aiment bien ce qui est beau. Ils aiment être à l'aise et nous faisons tous pour leur faire plaisir», ajoute-il. Pour mieux attirer la clientèle, Faustin s'est payé les services d'une dizaine de serveuses toutes aussi belles que jovialement plaquées aux couleurs du pays. «Nous sommes embauchées juste le temps de la Can, après, on dégage», confie l'une d'entre elles. A la question de savoir si elles gagnent beaucoup d'argent, elles répondent «la Can nous fait manger...chaque jour».

Pas gaie pour les transports en commun
4b8e3ad75ef2b5801f489e495ad842f0.jpgAlors que les maquis sont bondés de monde, à la grande joie des leurs propriétaires, les chauffeurs de véhicules de transport en commun font la moue. «Quand la Côte d'Ivoire joue, nous n'avons aucun client. Chacun est chez soi pour suivre le match, ce qui fait que les rues sont vides», témoigne Ousmane Diarra, chauffeur de taxi.
En effet, ce mardi 27 janvier, comme les autres jours où les «éléphants» ont livré un match, les Abidjanais sont descendus pour la plupart vers midi. «Ainsi, à partir de 13 heures ou 14 heures, il n'y a plus personne à transporter», signale t-il. Et cela ne fait pas l'affaire des chauffeurs. «Pendant la Can, nos recettes baissent surtout quand la Côte d'Ivoire joue», soutient Ousmane, pourtant supporteur farouche de l'équipe nationale.
Cette situation est la même dans presque tous les quartiers d'Abidjan. Au point où certains préfèrent garer leurs véhicules et ne rouler que la matinée quand la Côte d'Ivoire joue.
Cependant, dans cette ambiance de Can, tous les commerçants sont d'un même avis que les «éléphants» doivent arriver en finale et décrocher le titre continental. Pourtant, cette situation n'arrangera pas forcément tout le monde. A chacun son prix à payer !

14:15 Publié dans Reportage | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : can, commerce, abobo, maquis