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11 août 2008

La vie dans l’autre Côte d’Ivoire

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Une semaine après que l’on ait soufflé la première bougie de «la flamme de la paix», le nord essaie (à sa façon) de suivre le chemin inexorablement lancé de la paix.
De Bouaké à Ferkessédougou, les populations savent désormais que «leur» Côte d’Ivoire est engagée dans un processus qui doit aboutir à la réunification véritable du pays. Pourtant, les évènements nationaux ne sont pas forcément vécus et (suivis) là-bas comme ici à Abidjan la capitale économique.
J’en veux pour preuve la 48ème édition de la fête nationale de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Bouaké lentement dans la danse
La deuxième plus grande ville s’est parée aux couleurs nationales. Quelques artères principales ont été revêtues des plus beaux «orange-blanc-vert».
Quelques défilés et cérémonies ont marqué cette journée du 7 août 2008 à Bouaké.
Dans le fief des Forces nouvelles (ex-rébellion) les autorités ont tenues à être dans le (bon) ton.
Cependant, pour les populations, cette journée a été vécue comme bien d’autres. «Les populations ont vaqué tranquillement à leurs occupations sans forcément se soucier que «aujourd’hui est un jour exceptionnel», ne manque pas de relever un «Bouakois».
Le marché ne s’est pas désengorgé comme à son habitude. «Les commerçants ne sont pas restés chez eux», comme l’indique le correspondant à Bouaké d’un quotidien abidjanais. «Ils ne veulent pas perdre quelques sous en restant chez eux rien que pour une fête dont ils n’en voient pas forcément la teneur», explique t-il.
Bouaké pourtant semble prendre son indépendance des anciennes Forces nouvelles. Les banques et les quelques agences d’entreprise de télécommunication ont repris du service. Même si ce jour elles ont fermé, on peut se rendre compte de la récente rénovation de leurs bureaux. Signe que la vie reprend peu à peu dans cette ancienne cité de «la vallée du Bandama» fortement assiégée pendant 5 ans. Aujourd’hui, même si les «FN» sont toujours présentes – avec leurs uniformes sombres – «les gens sont plus libres de circuler sans se soucier», se réjouit une jeune commerçante d’origine burkinabé.

Katiola ville morte.
Situé à quelques kilomètres au nord de Bouaké, Katiola est la capitale des «Tagbanas» (nom du peuple et de l’ethnie vivant dans cette ville).
La ville n’a pas célébré le 48ème anniversaire de la Côte d’Ivoire.
«Nous profitons pour nous reposer», se réjouit un vendeur de motocyclettes.
Les rues désertes de Katiola en disent long sur comment on vit les évènements nationaux ici. «C’est important pour nous mais je ne sais pas pourquoi je vais faire tout un ‘‘boucan’’ pour l’indépendance», se demande Yayoro B. Pour lui, comme pour beaucoup d’ailleurs, les «affaires d’Abidjan» sont des «choses pour accorder des congés aux gens».
Katiola a respecté le «jour férié», sans pour autant accorder une quelconque importance à l’évènement lui-même. Pas de rues pavoisées, pas d’atmosphère de fête : l’air est au repos.

Ferkessédougou joue le jeu
A Ferkessédougou, à la frontière du Burkina Faso, le mouvement a plutôt été bien suivi. Quelques cérémonies pour «saluer les couleurs» en présence des autorités de la ville ont ponctué cette journée.
Cela n’a pas pourtant pas gêné le caractère «jour de marché» de cette ville. Après les différentes cérémonies les populations ont vaqué normalement à leurs occupations en ce jour de marché.
Bien que les rues soient joliment vêtues aux couleurs nationales l’indépendance ne semble pas intéresser beaucoup. Cependant, les «Ferkois» ont tenue à jouer le jeu en sacrifiant à la tradition.

Le nord n’a pas encore (totalement) l’habitude des «bonnes habitudes». Mais il (pour)suit le chemin de la paix. Doucement, la vie administrative et politique reprend son souffle. Suivant de loin l’actualité d’Abidjan qui est désormais le point de repère du chemin à suivre pour la côte d’Ivoire de demain.
De l’autre côté de la Côte d’Ivoire ont vit parfois sans les couleurs nationales, mais la vie continu.

PS: Il n' y avait pas de connection internet à Ferkessédougou où j'ai séjourné 5 jours durant. C'est pourquoi ce post "atterrit" aujourd'hui.

04 août 2008

Incendie au grand marché d'Abengourou

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e2e24b135c76ad190d5473eff422a0c1.jpgLe lundi 04 Aout restera à jamais gravé dans la mémoire des populations de l’indénié (région royale de l'est de la Côte d'Ivoire). Pour cause le Grand Marché de la ville est parti en fumée.
Selon les informations recueillies c’est à 07H 30 minutes que le ciel s’est assombri dans le royaume de l’indénié. Sous le pouvoir dévastateur des flammes le Grand Marché a brulé.
Selon les témoignages recoltés ça et là, le feu se serait déclenché au niveau supérieur du marché à partir du magasin de friperie tenu par un certain Adou.
Marie François Gragbé, Préfet de région et Préfet du département d’Abengourou, rencontré sur place ne pouvait faire autrement face à la fureur des flammes qui ont réduit à néant les efforts consentis par les commerçants et les commerçantes. «C’est le grand marché de la ville, pour se ravitailler ce sera difficile(…). Dommage, on va réfléchir pour éviter que cela arrive prochainement», a déploré le Préfet.
L’autorité municipale représentée par son premier adjoint, Amoikon Kouamé estime que la municipalité a joué sa partition en créant des bouches d’eau pour contrer d’éventuels incendies, sous les conseils avisés des sapeurs pompiers, lors de la construction du grand marché. Sur le terrain les tuyaux de raccordement qui relient les bouches d’eau tenus par des jeunes volontaires en vue de maitriser le feu ont montré leurs limites. Par manque de simulation depuis au moins trois ans, la pression d’eau s’est avérée très insuffisante. L’action d’une unité industrielle de bois présente sur place a favorisé la canalisation du feu. Ainsi le tiers du marché est quand même resté intact.
Contre vents et marrées les victimes ont envisagé sauver ce qui pouvait l’être.
Tandis que ceux-ci pleuraient les marchandises parties en fumée, d’autres s’activaient à des scènes de pillages. Avec l’action vigoureuse des forces de l’ordre, des dizaines de personnes ont été interpellées.
Quant à la source de l’incendie on se perd en conjecture (Comme d'habitude). S’agit-il d’un incendie criminel ou d’un court-circuit ? les enquêtes nous situeront.

Photo R.r, prise avec un téléphone portable

(Renard renard, envoyé spécial à Abengourou)

26 juillet 2008

A la découverte de la "TASLY tendance"

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Connaissez-vous TASLY ? Moi non plus. Ou du moins pas jusqu'à hier. Cette grande firme chinoise – dirigée par le docteur Yan – spécialisée dans les produits pharmaceutiques est décidée à conquérir le marché ivoirien.
Après avoir «inondé» l’Afrique du sud, le Ghana et le Nigeria de «médicaments chinois», l’entreprise TASLY a déposé ses bagages dans la capitale ivoirienne de façon fracassante. L’affluence que j’ai pu observer dans certains de ses locaux (Williamsville, 2.-Plateaux) en est la preuve. Selon certaines sources bien introduites dans l’administration de «TASLY Côte d’Ivoire», déjà certaines pharmacies abidjanaises ont commencé à s’approvisionner en produits «TASLY». Une marque qui selon le site web de l’entreprise a une renommée mondiale dans le domaine des médicaments en général et de la médecine chinoise en particulier.

Des produits pour des maladies incurables

Selon les informations recueillies au siège – située au cœur des «2 plateaux-vallon» – , de «TASLY Côte d’Ivoire», les produits peuvent guérir des maux comme la tuberculose, la sinusite, mais aussi les problèmes d’anémie, de rhumatisme et de tension artérielle.
Ce qui semble faire courir les personnes qui prennent d’assaut les bureaux de cette compagnie de Beijing, c’est bien le bruit qui court (plus vite d’ailleurs) disant que des maladies comme le diabète, l’insuffisance rénale ou même certains cas de cancer peuvent être guéris par les médicaments fabriqués et distribués par l’entreprise chinoise.
Des médicaments efficaces dit-on, dont les prix sont exorbitants. Allant de 11 000 à des chiffres pouvant atteindre plusieurs centaines de mille.
Mais, grossistes, détaillants, malades et parents de malades semblent ne pas se soucier des différents prix qui scintillent sur les «bons d’achat».
Mais pourquoi un tel engouement pour des produits aussi chers ?

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Une politique marketing dite «fortement rentable»

En réalité, si le monde accourt c’est qu’il y a – selon des témoignages lus dans les brochures distribuées – beaucoup d’argent à gagner en guise de bénéfices.
La politique marketing repose sur le système de sponsoring et de bénéfice à la chaîne. Vous vous souvenez certainement de la chaîne développée à une certaine époque par les produits Aloès. Le principe est sensiblement le même. Sauf qu’ici les gains sont plus alléchants avec des bénéfices pouvant atteindre 500 voire 1000 pour cent (et même plus). On peut gagner également une voiture du type TASLY et un séjour touristique à Pékin.
«Quand vous faites un achat de médicaments, vous êtes habilités à réclamer une fiche d’adhésion que vous remplissez et que vous déposez. Vous êtes alors référencés par un numéro (qui est internationalement archivé et conservé). On vous remet ensuite une «carte TASLY» (sous forme de carte de crédit) portant votre numéro d’adhésion (auquel sont rattachés dans les archives, vos informations personnelles. Ensuite, à vous de faire venir une ou deux autres personnes qui suivront le même procédé et qui doivent elles aussi faire adhérer d’autres clients à l’entreprise», explique Gérard Kassi (c’est un pseudo, l’individu ayant refusé que son identité soit révélée dans cet article).
«À mesure que votre chaîne s’allonge, vos bénéfices grossissent», précise t-il.
A peine installée, TASLY enregistre selon les statistiques disponibles à son siège, une centaine de chaînes et des milliers d’adhérents.

Quels crédits pour TASLY ?

Personnellement, je n’accorde pas de crédit aux produits chinois (de qui pourtant on dit beaucoup de bien). Je préfère encore les produits made in Côte d’Ivoire à ces produits dont on ne maîtrise pas forcément les origines et les manipulations faites sur eux.
Quand à la «stratégie fortement rentable» je suis sceptique. On a été habitué en Côte d’Ivoire à ce genre de chaîne dont l’issue est regret et pleurs.
Pourtant les témoignages de gens qui ont commencé à faire fortune dans «l’investissement TASLY» commencent à faire tache d’huile.
Libre à chacun d’en faire son expérience.

18 juillet 2008

Une ballade édifiante à Abidjan

Je me suis dit que la journée du jeudi serait un peu différente de celles qu’on connait depuis le lundi dernier, début des mouvements de grèves des transporteurs – relayés par les travailleurs.
La montre accrochée à mon bras affiche 10 heures et demie. Je suis arrêté à la gare des «Wôrô wôrôs» (taxis communaux) depuis plus d’un quart d’heure. Aucun véhicule à l’horizon.
Quelques minutes plus tard, je décide d’effectuer presqu’un kilomètre (à pied) pour sortir de mon quartier et rejoindre l’arrêt de bus le plus proche.
Une fois là-bas, je suis soulagé de trouver un «78» (ralliant mon quartier à la commune populaire d’Adjamé) prêt à embarquer.

Au fil des distances que nous effectuons, le bus se remplit de plus en plus. Bientôt, l’engin qui était calme, aéré, silencieux et confortable se transforme en un four ambulant avec à son bord des passagers bavards au nombre desquels on retrouve de nombreux nouveaux bacheliers. (Je vous épargne les détails de cette atmosphère à la fois malodorante, asphyxiante et bruyante).
Je dois me rendre aux 2 plateaux alors je décide de descendre au niveau du célèbre carrefour de la vie.

...

Depuis quelques minutes, le bus roule sur le «boulevard Mitterrand» (qui joint la commune de Bingerville à la Riviera). Nous stationnons à un feu quand j’aperçois au prochain arrêt, une foule immense de personnes qui prennent position pour se battre et essayer de monter à bord du bus de la Sotra (Société de transport Abidjanais).
Je décide alors de descendre et de quitter le gros véhicule pour une vie plus agréable… à terre. Je me fraie ainsi un chemin entre ces "guerriers" qui tiennent coûte que coûte à ne pas rater ce «goule» (jargon abidjanais pour désigner un bus de la sotra).
Le soleil, tout en se cachant derrière quelques nuages, brille de quelques éclats. En fronçant les sourcils, je regarde soulagé, le bus s’éloigner. Il roule lentement, tellement il est bondé de monde.
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Quelques secondes seulement après que le mastodonte se soit éloigné du rond point où je suis descendu, je reçois quelques gouttes d’eau sur le front et sur le bras. Avant même que je m’en rende compte, une forte pluie m’oblige à chercher un abri près d’un guichet automatique d’une banque. A ce niveau, le vigile de service me demande de m’éloigner par mesure de prudence. «Monsieur s’il vous plaît, vous ne pouvez pas rester ici. Allez-y un peu plus loin», me demande t-il poliment.
J’exécute aussitôt certainement intimidé par l’arme impressionnante qu’il utile pour m’indiquer l’endroit où je dois "m’installer".
La pluie quand à elle, continu de tomber obligeant hommes, femmes et enfants à courir dans tous les sens à la recherche d’un abri…sûr.

Après quelques éclaircies et quelques coups de tonnerre, la pluie fait place au soleil à la satisfaction de tous.
Je me résous à emprunter un des rares «Wôrô wôrôs» encore en circulation pour atteindre le prochain quartier. Sans grande difficulté donc j’atteins la Riviera 2.
Le spectacle est digne d’un cimetière. «La gare est vide !», constatent mes yeux.
Et quand sentant mon désespoir le chauffeur m’annonce qu’il va un quartier plus loin, je lui lance un large sourire pour lui signifier que je serai très enchanté qu’il m’y emmène.

Une fois arrivé à «Attoban», le conducteur à son tour me sourit en me réclamant les frais de transport: «ça fait 400 francs chef», lance t-il pour une distance où (avant la hausse des prix) j’aurais payé 250 francs. Sans discuter je lui donne son argent.

A Attoban, j’étais loin d’imaginer que l’attente d'un véhicule pour me rendre au 2 plateaux allait être si longue et sembler éternelle.
Après 1 heure et demie à guetter des yeux un taxi communal, je me rends à l’évidence que cette fois (et surtout dans ce quartier-ci), la grève est bien suivie.
Alors petits pas après petits pas, je commence à prendre le chemin qui me mènera là où je vais. (C’est à 5 kilomètres environ).
Et quand la pluie s’en mêle, je suis un peu plus en colère.
Dans mon cœur, plaintes et complaintes se succèdent au rythme et à la cadence du soleil et de la pluie qui se relaient sur mon chemin.
Au bout d’une heure environ de marche – tantôt lente à cause de la chaleur, tantôt rapide du fait de la pluie – j’arrive enfin à bon port.

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Le retour est moins douloureux et plus confortable. Après un premier «90» qui me descend à Cocody-centre, j'emprunte un autre bus venant du Plateaux (centre administratif et des affaires) et qui se rend dans mon quartier. L’ambiance est plutôt bonne à l’intérieur du «Tata» (nom de la marque du bus) et l’air circule parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde.
e2ae035c1d64c29f9e6a8fa217831daf.jpgEn chemin, j’observe quelques réverbères qui s’allument et qui annoncent la tombée de la nuit. Le bus stationne une quinzaine de minutes plus tard de là où je suis parti le matin. Il me reste juste 1 kilomètre à faire, mais je suis rassuré : «Je ne suis plus loin de chez moi !».

22 avril 2008

Affaire "Lycée libanais", toute la lumière

258a7752d3ba2bcb4dd620c5ceb863a7.jpgRetour sur une enquête qui est jusque là restée inachevée. Mais au finish, les portes du lycée libanais nous ont été ouvertes. Et tous les secrets ont été découverts. Aujourd'hui nous sommes en mesure de nous faire une idée précise de ce qu'est le lycée libanais Al Ghadir.

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17 avril 2008

Sos pour l'ambassade de Côte d'Ivoire

2cbad51d0934208fe1edffabad13c204.jpgReportage - Située à Osu (le quartier commercial d’Accra), l’ambassade de Côte d’Ivoire semble avoir été touchée par les épisodes de ces cinq dernières années de crise.
L’entrée de l’ambassade est marquée par un caniveau dont la mauvaise odeur oblige les visiteurs à s’attraper le nez. Et celui qui y vient pour la première fois risque de peu de ne pas retrouver l’ambassade. Aucune indication dans les rues ni sur le mur vieilli par le temps et sali par la poussière. Seule une petite pancarte dont les couleurs ont fait place à un blanc délavé, indique «Embassy of de Republic of Côte d’Ivoire». Même le portail nouvellement peint en vert ne peut camoufler les quelques toiles d’araignées qui ont décidé d’élire leurs résidences sur le mur de la clôture.
En franchissant le portail, l’on est accueilli par un gardien qui semble s’ennuyer et dont le trop grand sourire semble réclamer quelque chose en retour des visiteurs. Ghanéen d’origine, il ne parle le français que pour dire «Bonjour, merci et aurevoir».

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Pourtant à l’intérieur, une cour semble redonner le sourire aux premiers déçus. Une belle pelouse qui abrite en son sein le drapeau national rappelle que la Côte d’Ivoire c’est tout de même «la dignité relevée».

Mais hélas, la joie et la fierté de «la maison des Ivoiriens du Ghana et du Togo» est toujours de courte durée lorsque le visiteur franchi le seuil du hall d’accueil et d’informations.
f7c739f454f49ff7aa94a7fb1559772f.jpgLes tableaux affichés aux murs rappellent la belle époque du parti unique. Photos blanc et noir, carte géographique datant de «1985». L’on n’y trouvera pas d’images neuves. Comme si le temps s’était arrêté depuis les années 80.
Dans un coin du hall, une grande image du footballeur international Ivoirien Didier Drogba – tenant en main le «chocolat du planteur» – semble dire «Yako !».

Pourquoi un symbole footballistique en lieu et place du portrait du Président de la République comme on le constate dans de nombreuses ambassades ?

La courtoisie et la chaleur de l’accueil du personnel de l’ambassade, ne sauraient empêcher le visiteur de constater que le bâtiment à étage de l’ambassade est continuellement enfumé. Et pour cause, l’arrière-cour entretient le (bon) voisinage avec une décharge d’ordures qui sont brûlées en permanence. Et cette fumée tient, chaque fois qu’elle est ‘‘sollicitée’’, à ‘’saluer’’ les quelques passants dans l’ambassade qui sollicitent le visa ou qui viennent pour «une carte de résidant».
Avec un tel accueil en fumée, l’on ne devrait pas s’étonner que le taux de fréquentation ait considérablement diminué.
Au rez-de-chaussée du bâtiment, l’on retrouve les bureaux des «Counsellours» qui sont les plus proches collaborateurs de l’Ambassadeur, dont le bureau est à l’étage.
8a2384c21cacecb55bec7cc672db1fcd.jpgLe hall de l’étage est un peu mieux décoré que celui du bas. Sur une table vernie en noir, est disposé un petit éléphant aux ivoires (pas vraiment impressionnants) près duquel flotte un drapeau tenu par mat en bois. Sur le mur au dessus de l’éléphant(eau), une photo (encadrée) du Président Gbagbo est affichée.
Au bout du hall, un petit salon est sobrement aménagé avec quelques vieux fauteuils pour faire patienter ceux à qui l’ambassadeur va accorder une audience. Florent Ekra Kouassi, Ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Ghana, ne manque pas de rassurer : les choses vont évoluer. Pourtant, dans son bureau superbement décoré, aucun ordinateur n’est disposé. Et selon certaines indiscrétions, l’ambassade ne disposerait pas (encore) de connexion internet. Les ordinateurs, semble-t-il, sont une denrée rare.

A la fin de la promenade au sein de l’ambassade de Côte d’Ivoire au Ghana, le visiteur est convaincu qu’il faut faire quelque chose pour l’image de ce territoire ivoirien. Car après être passé devant l’ambassade du Niger, du Togo, de Cuba, de la France, de l’Italie, du Canada, des USA…, il est urgent de réhabiliter «la maison des Ivoiriens». Et si l’intérieur ne peut être changé (maintenant), que l’extérieur paraisse beau et ne donne pas l’impression d’une maison abandonnée et hantée (pourquoi pas)… par la vieillesse et la détérioration.

15 avril 2008

L’art et le design au service des morts

f95bd5d6633f7ad11d3998e138d3bdc6.jpgExposées sur une plate forme en hauteur, des caisses joliment décorées retiennent toujours l’attention. Soit pour leurs formes ou pour leurs décorations. Sculptées en bois, elles sont de petites ou de grandes tailles ayant les allures aussi multiformes qu’atypiques : Chien, poisson, panthère, lion, bateau, avion, voiture, bouteille, fruits et légumes…
Mais ne vous y méprenez pas. Il ne s’agit point d’objets décoratifs, mais de cercueils.
Allant des formes les plus simples aux plus inimaginables, les «fabricants» font preuve d’imagination et de créativité. Jefferson 30 ans, fabricant et vendeur de cercueil nous livre quelques informations.

Pourquoi faire des cercueils avec ce genre de forme ?
«En fait, les Ghanéens aiment enterrer dignement leurs morts. Et pour eux, offrir au mort un cercueil pareil, c’est l’honorer».

«Les choix sont faits en fonction de la vie de l’individu ou de ce qu’on retient de lui ou de ce qu’il aimait. Par exemple s’il aimait la boisson ou travaillait dans une usine de boisson on le mettra dans un cercueil à la forme de bouteille mais décoré aux couleurs et aux motifs de sa boisson préférée ou de la marque pour qui il travaillait. Si le mort était pêcheur ses parents vont souhaiter qu’il soit enterré dans un cercueil en poisson. Et s’il rêvait un jour de prendre l’avion et qu’il ne l’a jamais fait, ses parents lui offre la possibilité en le mettant dans un cercueil en forme d’avion. Ainsi de suite…»

C’est long à fabriquer ?
«En moyenne, il faut entre trois jours et une semaine pour finir la première étape qui est celle de la confection de la forme et de la décoration des cercueils. La deuxième étape consiste à mettre les tissus mortuaires à l’intérieur. Cela peut se faire en une seule journée (…)
Cependant, il y a des commandes qui peuvent nous prendre jusqu’à deux semaines, lorsqu’on doit ajouter d’autres matières comme l’or, le bronze ou autre chose».


Et pour le prix…
«Tout le monde ne peut pas s’offrir un cercueil de ce type. Car le prix varie entre 400 et 700 dollars (environ de 200 000 à 1 500 000 CFA)».
A ces prix-là, on peut bien dire l’on tient à honorer le mort.

Un travail de tant d'efforts

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Avec des formes...
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...aussi delirantes les unes...
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...que les autres
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13 avril 2008

Accra une capitale qui bouge

5d4ac17d5c7c3b010d297378ddf6ea58.jpgEntre bruits de klaxon et vrombissements de moteurs, Accra marque le visiteur qui y entre pour la première fois. Larges rues, véhicules de toutes sortes (souvent très extravagantes dans les couleurs comme dans les modèles), la ville semble chaque jour en construction. Tant les bandes sont fortement blanches et les voies profondément propres. De toute part, des habitations s'élèvent vers le ciel, comme pour dire qu'Accra veut désormais atteindre les sommets.

91ddaf3bde9de1f7794715909a6cfc5a.jpgAccra, ville aux milles charmes, tient toujours à capter l'attention du passant. Entre deux rues, des vendeurs ambulants interpellent leurs clients. Accra, c'est le commerce... le centre des affaires. L'endroit rêvé pour tout individu qui veut faire de bonnes affaires.
La capitale du Ghana a toujours conservé sa réputation d'être une terre d'accueil. Mais également d'être un pôle d'attraction où se rencontrent gens de diverses nationalités.
A tous les endroits, l'on entend que de la musique locale. Dans les restaurants, les bars, les taxis etc. les autres musiques ne sont nullement entendues. «Que du highlife», prévient quelqu'un. Néanmoins, cette musique séduit au point où l'on pourrait se surprendre à fredonner quelques mélodies. Et quand cette musique se mêle aux tintamarres provoqués par les embouteillages, cela crée une ambiance de jour de fête. Une atmosphère que l'on ne saurait décrire si on n'y est pas.

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En effet, Accra c'est aussi les bouchons interminables. Et ce, comme dans la plupart des grandes capitales africaines. Des bouchons qui rendent la circulation pénible. Pourtant, les conducteurs sont patients. Et la discipline caractérise ces chauffeurs qui, même s'ils klaxonnent pour entretenir le rythme et l'ambiance, savent qu'il faut être patient pour ne pas aggraver la situation.
Malgré les nombreux feux tricolores (relayés par endroit par des agents de la police), les grandes voies de la capitale ghanéenne ne désemplissent presque jamais. «La majorité des gens ici ont un véhicule. Et le transport en commun est très développé : bus, minicar, taxi», explique Romaric O, burkinabé, informaticien dans une banque internationale.

Quand les religions rapprochent les hommes.
5ba8fdc307bf16b4f1d6f86d9225d82b.jpgAvec environ 2 000 000 d'habitants, Accra reste la ville la plus peuplée du Ghana (22,5 millions, population totale du Ghana). Une population qui se caractérise par sa forte appartenance religieuse. Près de 63 % des «Accrarois» sont chrétiens (catholique et pentecôtiste) et 37 % sont repartis entre les musulmans (en grand nombre) et les animistes. Ainsi, Accra peut se vanter de la cohabitation (parfaite) entre ces différentes religions. «Vous ne manquerez pas de trouver sur un même site ou à quelques dizaines de mètres près, une église catholique, une église pentecôtiste et une mosquée», témoigne Noël A., Ivoirien, il exerce dans le secteur des affaires. «Pour les Ghanéens, poursuit-il, c'est indispensable de vivre en paix les uns et les autres et quelques soient les différences religieuses. f1dde956832fc886d84f19c8035ec448.jpgC'est pourquoi, ils estiment que le plus important c'est respecter la religion des autres».
Si pour vivre en paix il faut respecter les différentes religions auxquelles l'on n'appartient pas, il y a néanmoins quelques normes (même si elles ne sont pas toutes codifiées) qui guident le quotidien des populations. «Je vous donne deux exemples. D'abord, vous verrez rarement un Ghanéen fumer. Ici ce sont les étrangers qui le font. Parce que si un Ghanéen est aperçu en train de le faire, c'est qu'il se drogue», affirme Alex, gérant d'un «Internet Café» (cyber café). Comme deuxième exemple, il explique que à Accra les relations entre jeunes filles et jeunes garçons «ne se font pas de façon désordonnée». «D'ailleurs, explique t-il, il est interdit à une jeune fille de passer la nuit chez son petit ami». Plusieurs autres règles dirigent ainsi la vie des populations d'Accra : autochtones ou allogènes.

Accra c'est aussi la solidarité entre les Ghanéens.
Une attitude très critiquée par les étrangers (surtout les francophones) qui se sentent écartés et préfèrent s'organiser entre eux pour ne pas sentir cette "mise à l'écart". Fêtes, rencontres, sorties détentes... tout est mis en oeuvre pour se sentir «francophonement» ensemble.
«Ici, faites tout pour ne pas avoir affaire à un seul Ghanéen. Si vous avez raison, ça n'ira nulle part. Mais si vous avez tort, sachez que vous aurez toute la communauté contre vous», prévient une jeune dame camerounaise, la trentaine, employée dans une entreprise de télécommunication.
En effet, cette attitude de «discrimination» est un fait courant et vécu quotidiennement. «Et cela c'est dans tous les secteurs d'activités. Ils favorisent leurs frères et méprisent les autres», se plaint la jeune dame.
Ce qui pourrait être dénoncé comme un comportement discriminatoire est apprécié différement par les Ghanéens. Pour eux, c'est "la matérialisation de leur unité".

En définitive, visiter Accra, c'est ce rendre compte que l'Afrique a de nombreuses potentialités. Que chaque pays a son charme et ses spécificités (qui sont perçues diversement). Mais surtout, que les villes africaines sont belles et méritent d'être montrées aux yeux du monde.
Accra à la croisée du Togo et de la Côte d'Ivoire ne se lasse pas de séduire et de retenir le passager...le plus pressé.
Au carrefour de la musique et de la religion, entre ses hommes qui la constituent et son expansion à grande échelle, Accra, la capitale ghanéenne, en dépit de tous préjugés, finit (toujours) par séduire.

02 avril 2008

Le Lycée Al Ghadir est-il interdit aux Noirs ?

Enquête…inachevée...
aafa96bf735f9c61d32e5e975655e405.jpgDans un quartier d'Abidjan, l'on raconte qu'il existe une école qui est strictement interdite aux Noirs. C'est le Lycée libanais «Al Ghadir». Il est situé à un endroit perdu de la Riviera 3 (un quartier huppé de la commune présidentielle de Cocody).
Nos efforts pour tenter de rencontrer les responsables de cet établissement d'enseignement afin de vérifier l'information sont restés vains.
«Vous ne pouvez pas entrer si vous n'êtes pas parents d'élèves», nous apprend le vigile chargé de surveiller le portail. C'est un noir, un Ivoirien.
Pendant ce temps, l'on aperçoit un ballet interminable de véhicules (car et voiture personnelle) qui entrent «pour déposer les élèves». Il est quasiment 7 heures 45.
Nous décidons d'attendre afin de pouvoir interroger les chauffeurs (qui sont noirs). Mais en observant tous les véhicules l'on peut facilement constater que les élèves qu'on vient déposer sont tous libanais (du moins ont tous la même couleur de peau et les mêmes traits).
Renseignement pris néanmoins chez le vigile (qui souhaite garder l'anonymat), l'on apprend que le lycée libanais Al Ghadir comprend un niveau préscolaire, primaire et un collège. Mais concernant l'information selon laquelle elle serait réservée aux libanais, le gardien refuse toujours de la confirmer (ni de l'infirmer).
8 heures 30, un chauffeur venu descendre les enfants de son employé stationne à quelques mètres pour vérifier l'état de ses pneus. Nous nous dépêchons pour l'accoster avec un grand sourire en lui proposant notre aide. L'homme visiblement heureux nous répond qu'«il n'y a rien de grave». Alors, nous engageons une causerie qui aboutit à la question qui suscite notre intérêt. «Est-ce que le Lycée Al Ghadir est interdit aux Noirs ?». Notre interlocuteur réfléchit et lance sans balbutier : «Je sais qu'il n'y a que des libanais dans cette école. Depuis deux ans que je viens déposer les enfants de mes patrons je n'ai jamais vu d'autres élèves que ceux des libanais». Pour le chauffeur, tous les élèves sont libanais mais, il ne peut confirmer que le lycée est uniquement réservé aux libanais.

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Un peu plus de 20 minutes après que notre homme nous ait laissé, nous nous rapprochons du portail central du Lycée Al Ghadir. Un seul bâtiment (gigantesque et rose) est visible. Et la clôture s'étend à une centaine de mètre.
Pendant que nous ''contemplons'' l'école, nous sommes interpellés par un homme (un libanais sûrement). Il est éducateur et il a été alerté par un vigile, selon ce qu'il nous dit.
Nous nous présentons et nous lui posons notre préoccupation. Il fronce les sourcils et répond dans un français impeccable : «écoutez, que les gens racontent ce qu'ils veulent, ce qui est sûre nous avons un programme spécial». «Donc, les élèves autres que les libanais ne peuvent pas suivre ?», demande t-on. Visiblement agacé, l'homme refuse de nous répondre et de se prêter à d'autres questions. Poliment mais avec un ton énervé qu'il cache difficilement il nous demande de partir. Ce que nous faisons d'ailleurs.
Notre montre affiche 9 heures 15, nous quittons les lieux sans avoir eu la confirmation (ni l'infirmation) de ce que le Lycée libanais Al Ghadir ne reçoit que les élèves libanais. Pourtant, c'est la rumeur qui éclabousse tout le quartier. Et l'attitude des membres du personnel ne fait que confirmer qu'il y a beaucoup de choses à cacher. Parce qu'en réalité, il n'est pas admissible que dans un pays, un établissement scolaire soit interdit aux enfants de ce pays.
Pour l'instant en tenons nous à la rumeur. Mais nous suivrons cette affaire.

08 février 2008

Yaaako !!!

4f95356dfbe2dbc263d8a50cf81d689c.jpgDésillusion, désolation, déception, amertume, affliction, consternation, mais surtout regret, sont autant de sentiments que partageaient les ivoiriens à la fin du match Côte d'Ivoire-Egypte.
Alors qu'elle avait amorcé une ascension vertigineuse vers le sacre, elle a lamentablement chuté face à une équipe de pharaon déterminée à conserver son (précieux) titre.
Dans les rues d'Abidjan, la capitale économique, c'est un calme plat qui règne.
23 heures 30. Les maquis et Bar ouvrent à peine. Les rares véhicules circulent sans bruit. L'heure est à la méditation.
Quelques groupes de personnes se forment çà et là. Les drapeaux et autres gadgets aux couleurs nationales jonchent parfois les trottoirs. Dans le ciel, quelques éclaircies illuminent sur leurs visages, les larmes des supporters «trop déçus» par leurs représentants. Il n'y aura pas de marches, pas de chants de victoire, ni de champagnes à savourer. Peut être un peu d'eau pour désaltérer les voix qui se sont perdues dans les cris et les pleurs.

Minuit, un vent léger souffle sur Abidjan. Peu sont ceux qui trouvent le sommeil. Alors, dans ce silence de mort, quelques personnes discutent avec chagrin. Certains commentent le résultat du match (avec des «Si») quand d'autres essaient de comprendre ce qui s'est passé. «Nous n'avons pas reconnu l'équipe ivoirienne.
En défense, au milieu comme en attaque. C'est comme si c'étaient des amateurs», critique Marc Akoto, cadre de banque. Les Ivoiriens dans leurs majorités n'arrivent pas à comprendre qu'après trois victoires explosives, leur équipe soit tombée si bas : «4 à 1 !». «C'est une honte pour nous», lance Philomène N'Guessan, vendeuse. «Se faire éliminer sur un score aussi grand en demi-finale...», se lamente t-elle le coeur meurtri.
Sur les visages l'expression est à la détresse. «Les éléphants nous ont tué», lance en pleurs Jacqueline Guéi, assise à même le sol et parée d'Orange-blanc-vert.
Ce soir là, l'éléphant est tombé avec fracas et il s'est noyé dans les eaux du Nil. Le mythe n'aura pas été vaincu et le déplacement de milliers de supporters au Ghana aura été vain.
Ce soir-là, les Ivoiriens ont compris que le football est une science inexacte. Eux qui étaient si près du but !

30 janvier 2008

Can et commerce

772c466f6d42c3d7dd4c56fd597ef9f5.jpgAbobo-baoulé (quartier populaire d'Abidjan), il est précisément 13 heures ce mardi 29 janvier. A quelques heures du match Côte d'Ivoire-Mali, Sonia Naounou s'active pour mettre en ordre son maquis. «D'ici une heure ou deux les clients viendront s'installer pour regarder le match des éléphants», affirme t-elle.
Le maquis «Zéléphants» est construit sur une surface pas très grande. Mais «capable d'accueillir au moins 150 personnes», certifie Sonia. A l'intérieur, plusieurs chaises (en plastique et en bois) sont bien disposées autour de petites tables. Par endroit, des casiers de boissons servent de tables ou de chaises. Dans un coin du maquis, en face de l'entrée principale, une grande télévision (neuve) est déposée. Sonia vient de l'allumer, mais le son a été muté. Et pour cause, le ''Dj'' fait des tests afin de choisir les chansons les plus en vogue «pour savourer la victoire certaine des éléphants», ne manque t-il pas de clamer. «Nous sommes sûrs que face au Mali c'est la victoire assurée. C'est pourquoi nous nous préparons pour la fête de ce soir», ajoute-il visiblement heureux.
Ce n'est pas Sonia qui le contredira. Propriétaire du maquis depuis plus d'un an, elle trouve que la période de la Can est une bonne saison. Et surtout «quand les éléphants jouent et gagnent, l'argent entre», lance t-elle avec un grand sourire. Chez elle, les provisions en boissons et nourritures sont doublées «le jour où l'équipe nationale joue».
14 heures 20, les premiers clients (fidèles) font leurs entrées. A la vue de ceux-ci, le «Dj» diffuse du «Fatigué Fatigué !» (danse urbaine). Les clients à peine arrivés, exécutent quelques pas sous les ovations de Sonia qui par la suite leur propose de s'asseoir.
Ernest Kouamé, un fidèle client du «zéléphants», ne manque pas d'avouer à qui veut l'entendre qu'il préfère regarder le match dans le maquis de Sonia plutôt que chez lui à la maison. «Je suis plus à l'aise ici et l'ambiance est bonne», affirme ce comptable d'une quincaillerie, père de trois enfants.
Pendant le match, Sonia et «son» «Dj» vont entretenir leurs clients en leurs servant constamment à boire et en distillant en alternance de la musique et les commentaires télévisés du match.
Comme elle, beaucoup de propriétaires de maquis et autres restaurants savent que la Can est une période de «vaches grasses». Alors, tous les moyens sont mis pour attirer et retenir la clientèle.
Chez Faustin Akré, propriétaire d'un maquis à la riviera, quartier huppé d'Abidjan, la décoration est aux couleurs nationales. Les jeux de lumières et les affiches sont «orange-blanc-vert». «Il ne faut rien négliger», déclare Faustin, «nos clients aiment bien ce qui est beau. Ils aiment être à l'aise et nous faisons tous pour leur faire plaisir», ajoute-il. Pour mieux attirer la clientèle, Faustin s'est payé les services d'une dizaine de serveuses toutes aussi belles que jovialement plaquées aux couleurs du pays. «Nous sommes embauchées juste le temps de la Can, après, on dégage», confie l'une d'entre elles. A la question de savoir si elles gagnent beaucoup d'argent, elles répondent «la Can nous fait manger...chaque jour».

Pas gaie pour les transports en commun
4b8e3ad75ef2b5801f489e495ad842f0.jpgAlors que les maquis sont bondés de monde, à la grande joie des leurs propriétaires, les chauffeurs de véhicules de transport en commun font la moue. «Quand la Côte d'Ivoire joue, nous n'avons aucun client. Chacun est chez soi pour suivre le match, ce qui fait que les rues sont vides», témoigne Ousmane Diarra, chauffeur de taxi.
En effet, ce mardi 27 janvier, comme les autres jours où les «éléphants» ont livré un match, les Abidjanais sont descendus pour la plupart vers midi. «Ainsi, à partir de 13 heures ou 14 heures, il n'y a plus personne à transporter», signale t-il. Et cela ne fait pas l'affaire des chauffeurs. «Pendant la Can, nos recettes baissent surtout quand la Côte d'Ivoire joue», soutient Ousmane, pourtant supporteur farouche de l'équipe nationale.
Cette situation est la même dans presque tous les quartiers d'Abidjan. Au point où certains préfèrent garer leurs véhicules et ne rouler que la matinée quand la Côte d'Ivoire joue.
Cependant, dans cette ambiance de Can, tous les commerçants sont d'un même avis que les «éléphants» doivent arriver en finale et décrocher le titre continental. Pourtant, cette situation n'arrangera pas forcément tout le monde. A chacun son prix à payer !