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26 octobre 2009

Blogophobie ?

Au sortir des discussions qui se sont déroulées à Stockholm dans le cadre des Journées Européennes de développement, j’ai eu le sentiment qu’une grosse crainte subsiste encore dans certains cœurs au sujet de « l’invasion » des médias en ligne et du web 2.0 en général.

Doit-on avoir peur des blogs (plus spécifiquement) ? Au moment où j’écris ces lignes, je lis sur le blog de Kouamouo cet article qui peut confirmer cette crainte. « Ah ! le journalisme à l'ère d'Internet, des clics et de la gratuité ! », s’écrit-il.

« Ah les blogs !», pourrait-on renchérir.

Du fait de la facilité avec laquelle on peut créer et gérer son propre média, on a une pléthore d’informations qui circulent minute après minute. Du fait de la (TOTALE) liberté d’expression qui s’offre aux internautes, on a des contenus variés qui sont mises en lignes avec une rapidité que « d’autres n’ont pas ».

Pourtant, il faut l’avouer, c’est la porte ouverte à toutes les dérives. Comment distinguer le bon grain de l’ivraie dans ce  vaste champ d’informations ? Quelle crédibilité accorder donc à ces nouveaux types de média ? La question mérite qu’on y réfléchisse sérieusement.

Cela dit, je m’insurge contre ces esprits qui tentent de (de)montrer que la manipulation de l’information et de l’irresponsabilité éditoriale est née avec les médias en ligne et surtout avec la promotion des blogs.

Le paysage est le même dans la sphère des médias traditionnels. Parfois même pire. On ment, on manipule, on intoxique et on désinforme à souhait par jounaux, radios ou télévision interposé.

Il pourrait exister une solution pour les deux types de médias. La formation et la sensibilisation. Comme les journalistes, les blogueurs doivent être formés à l’écriture journalistique. Les journalistes (dits traditionnels) doivent l’être encore plus sur des sujets spécifiques tels que l’éthique et la déontologie journalistique, le droit de la presse, le droit à l’image et aussi et surtout… les médias en ligne.

Journalistes traditionnels et journalistes « citoyens » doivent de toute façon être sensibilisés et incités à la responsabilité quand aux contenus diffusés.

Les journalistes doivent percevoir les blogs comme un complément (d’information) plus que comme des concurrents. Il faut qu’on arrive à aboutir à une cohabitation entre  « l’ainé » et le nouveau-né.

Doit-on avoir peur des blog(eur)s ? Non. Nous sommes bien obligés de vivre avec et d’arriver à intégrer ce nouveau type de média dans nos habitudes et dans notre environnement médiatique.

16 septembre 2009

Report des élections : ce que gagnent les partis

big_gbagbosoro.jpgChez les citoyens ivoiriens, le doute s’installe de plus en plus sur la tenue effective des élections présidentielles à la date du 29 novembre.
Une chose est sûre. S’il y a des personnes qu’un report ne déplaira pas, ce sont les acteurs comédiens politiques de quelques bords qu’ils soient.

Pour le Président Gbagbo, un report (à 2010 ?) serait le couronnement de 10 années de pouvoir auquel il s’est fortement attaché agrippé. «Je reste à la barre», disait-il quelques années en arrière. La constitution lui sert d’appui et la guerre d’excuse. Plus elle dure, la loi fondamentale lui donne le droit de rester (aussi longtemps) au pouvoir.

A ses côtés, le premier ministre (ex-chef rebelle), Guillaume Soro. Ennemie de Gbagbo qu’il était, on assimile désormais l’ancien SG de la Fesci à son «bon petit !» (expression ivoirienne signifiant "son bedieado.jpgprotégé"). En plus, l’une des missions que s’est assignée le Chef du Gouvernement ivoirien, est d’aider à sortir de la crise par les élections. Lui aussi est accroché. Il ne veut rien lâcher.

Il sera encore premier ministre (avec tous les honneurs et les avantages) jusqu’à ce qu’on «sorte par les élections». Pas question pour lui, on imagine, de passer la main si sa mission n’est pas achevée.

Du côté de l’opposition, on fait fi de ne pas apprécier la posture de ce tamdem mariage Gbagbo-Soro. Pourtant, tous les partis politiques sont heureux d’avoir (au moins) un poste dans ce «gouvernement de consensus réconciliation». Et cette "salade" ministérielle va continuer à fonctionner avec ses tares et ses scandales. En attendant, les élections effectives et la formation d’un nouveau gouvernement par celui qui aura remporté.

Gbagbo bedie ado table.jpg

2010 semble être pour tous ceux-là, une bonne année. Gbagbo fera "ses" 10 ans de pouvoir (avec à son actif, la victoire des éléphants à la Can et au Mondial). Et le pouvoir aura lui-même été partagé avec tous les partis (qui en auront tiré de très grands profits)… ceux qui le haissent, ceux qui l’aiment, ceux qui rasent les murs de la présidence.
En plus, 2010 sonnera (mieux dans les oreilles) «50 ans de la Côte d’Ivoire». Ça pourrait être un beau créneau et une belle période pour célébrer (en grande pompe, avec plus de jours fériés à l’appui) la sortie définitive de la crise. On pourra faire des «Giga fêtes» jumelées…trimelées, quadrimelées etc.

Mais au fond, qu’en est-il de ces populations qui sont fatiguées des conséquences de cet état de stagnation qui ne sert qu’à engraisser les politiques…

On organise des pseudos campagnes électorales, des semblants de cérémonies d’investitures, on se précipite pour déposer les candidatures, on reste aussi chez soi dans les salons présidentiels à raffiner peaufiner des blocages… et au finish, on va nous annoncer dans quelques jours le report des élections avec comme excuse «des élections propres». Et toutes les parties vont se rendre à l’évidence (en chœur) qu’«effectivement, c’est la meilleure chose à faire». De qui se moque-t-on ?

13 juin 2009

Juin et ses drames à Abidjan

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Et revoilà le mois de juin... et revoilà ses pluies diluviennes avec leurs lots de dégâts.  Hélas, 19 morts pour cette fois-ci ! "Quinze morts au Banco I, un à Boribana deux quartiers précaires de la commune d’Attecoubé, et trois autres à Gobélé dans la commune de Cocody", voilà le détail du bilan que révèle Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental. Selon le même journal, "la pluie a provoqué des glissements de terrains et des éboulements de maisons". Et c'est ce qui a occasionné ce drame. Juin 2009, la "tradition" macabre s'est malheureusement vérifiée.

Plus les années passent, plus le bilan s'alourdit.

En 2005, sept personnes issues d'une même famille trouvaient la mort lors des pluies diluviennes.  Il y a eu aussi 2007. En 2008 également d'autres morts étaient enregistrés.

Cette année encore, le sinistre aurait pu être évité.

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Longtemps l'on a tiré la sonnette d'alarme pour que des mesures soient prises afin que de tels drames soient évités. J'en parlais déjà ici, les autorités ont toujours eu du mal à lever les pas quand il s'agissait de prévenir ce genre de catastrophe. Mais c'est au pas de course qu'elles se rendent sur les lieux des sinistres pour faire les constats. Les expériences des années antérieures n'ont pas servi. Il est vrai que les populations de ces quartiers précaires construisent (de façon anarchique) sur des terrains dangereux. C'est vrai que leurs constructions sont fragiles et faites de plus de terre que de ciments. C'est vrai que leur responsabilité est aussi engagée dans ce qui est arrivé une fois de trop à Abidjan.

Mais je pense pour ma part, que la plus grosse part de responsabilité doit revenir au gouvernement. Je proposais l 'année dernière qu'une table de discussions soit dressée entre les populations des bidonvilles (parfois installées depuis des décennies) et les autorités pour qu'un terrain d'entente soit trouvé et que l'on arrive enfin à trouver des solutions. Je pense que l'Etat à les moyens s'il le désire, de résoudre progressivement la question de bidonvilles à risque. C'est une question de volonté politique. On pourrait par exemple, sacrifier les milliards dépensés pour les monuments (qui encombrent trop souvent les rues) pour trouver des solutions à ce problème de quartiers précaires. On pourrait pourquoi pas, abandonner pour un temps les projets de jardinages sur les voies pour prévenir ce genre de drame en saison pluvieuse. [Pour information, la commune présidentielle de Cocody compte à elle seule un peu plus de 13 quartiers précaires]

Mais, en Côte d'Ivoire, nous avons l'art de l'indemnisation et des "décisions après la mort". Pour cette année, ça en fait un drame de trop ! Les jours à venir seront consacrés à des hommages aux familles des victimes, à des indemnisations et puis on annoncera de nouvelles mesures et puis... on attendra (je n'espère pas) le drame d'un autre juin d'une autre année.

 

 

24 avril 2009

Facebook en question

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A quoi nous sert Facebook ? C’est la question que j’ai soumise sur ma page Facebook en vue de réaliser un sondage. L'objectif de ce sondage était de prendre le maximum d'avis de tous (et surtout des Africains) pour déterminer comment les nouveaux outils du Web 2.0 comme Facebook prennent de la place dans notre vie. Sont-ils utiles, nécessaires, indispensables ? Il fallait dire en quelques mots pourquoi l’on utilise Facebook et qu'est ce qui fait son charme (si l’on lui en trouve un).
Avant de donner les résultats de cette petite enquête, rappelons d’abord ce qu’est Facebook.

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15 octobre 2008

Ce que je crois pour l'Afrique



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Je crois fondamentalement que la lutte contre la pauvreté doit être l’affaire des Africains eux-mêmes.

Je crois aussi que nous avons des ressources riches et un potentiel humain et intellectuel immense et diversifié. Il nous faut donc l’exploiter avec sagesse.

Pourtant, je crois que nous vivons dans un monde où désormais «les cases» du village planétaire se rapprochent définitivement. Dans ce contexte donc, où les termes «Globalisation» et «mondialisation» résonnent partout, les Africains doivent utiliser la coopération.

Je ne crois pas en cette coopération aveugle où on échange miroir contre femmes et filles, où on livre fils et terres pour quelques gouttes de rhum. Mais je crois en une coopération qui permettrait de mieux appréhender les dimensions multiformes de la pauvreté, afin d’élaborer des stratégies (pour en sortir) qui tiennent compte du cadre environnant et international.

C’est pour cela, je crois qu’il faut que les coopérations sud-sud soient plus développées et les rapports nord-sud plus sincères et équitables.

Je crois que les guerres (et les coups d’Etat) nous ont toujours retardé.

Je crois que nous devons arrêter d’accuser «les blancs» d’être la cause de nos malheurs. Si nous étions plus soudés que pouvaient-ils faire ?

Mais… Je crois en la nouvelle génération que nous sommes (en train de construire). Je crois en une jeunesse panafricaine dynamique responsable et résolu à bouter hors du continent les maux qui nous minent et qui favorisent l’émergence d’une pauvreté accrue.
J’ai foi aux valeurs que nous devons embrasser : Travail, solidarité, responsabilité, intégrité.

Je crois en une jeunesse africaine digne, débout et capable de changer le visage sombre de l’Afrique.

L’Afrique d’aujourd’hui est l’œuvre des «gens d’hier».

Mais (je crois que) l’Afrique de demain nous appartient... nous les "gens d'aujourd'hui".
Commençons dès à présent, à en bâtir les socles afin de montrer à nos descendants le chemin du succès... l’image d’une autre Afrique.

Celle d’une Afrique qui tourne le dos aux guerres et aux conflits, mais qui marche dans les voies de la démocratie et des solutions pacifiques. Celle d’un continent sans sida, sans famine, ni génocide. Celle d’une terre politiquement, intellectuellement et économiquement indépendante. Celle d’une famille unie autour d’idéaux de développement.
L’image d’une Afrique riche.

Voir le bilan partielle de cette journée.

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03 septembre 2008

Miss Noël : Attention à nos enfants !

missnoel.gifJe mettrai le pied dans le plat sans aucun état d'âme parce que ce phénomène prend de l'ampleur et la société ivoirienne dans sa quasi totalité semble lui donner sa caution et l'encourager.

Il se fait en Côte d'Ivoire depuis quelques années un certain concours de beauté dénommé «Miss Noël», qui vise à mettre en valeur la beauté des fillettes de 7 à 10 ans.
«A travers Miss Noël, nous voulons célébrer la beauté et l'excellence chez les fillettes qui ne peuvent pas se présenter au concours Miss Côte d'Ivoire à cause de leur âge, mais qui ont des atouts non négligeables. En plus, nous prenons en compte la compétence intellectuelle des candidates. Mais nous travaillons surtout avec le soutien des parents qui accompagnent leurs enfants», se justifie Patricia Kalou, initiatrice du concours.
Pourquoi à 10 ans (ou moins) une petite fille devrait se soucier de sa beauté ? Pourquoi les organisateurs d'un tel concours ne se limitent pas uniquement à l'aspect «compétence intellectuelle» comme critère de ce concours ?

Cette compétition peut être la porte ouverte à des recrutements pour des pédophiles dont le nombre devient de plus en plus grandissant à Abidjan. Faisons attention !
D'autant plus que des rumeurs circulent dans la capitale disant que certaines organisateurs des concours de beauté en général seraient des proxénètes. Et que derrière le rideau de leurs activités officielles se cache une prostitution de luxe. N'exposons pas nos enfants à ces pratiques.
Nos filles n'ont pas besoin de tels concours.

Pourtant, il existe des compétitions plus saines - et plus intellectuelles - qui devraient susciter l'engouement des parents et des Ivoiriens en général. Les concours «Miss mathématique» - qui souffre d'ailleurs de promotion et de sponsors - (et bientôt Miss Littérature), "Miss dictée"... sont à mon sens, autant exemples d'épreuves auxquelles les fillettes devraient participer.
Parce qu'après le concours «Miss Noël», on ne leur offre pas comme récompenses des ouvrages scolaires, ou une prise en charge dans une école d'excellence, mais plutôt une «vie meilleure» dans le showbiz, ce monde impitoyable.

Pour exemple prenons le cas de Miss Noël 2007.

«En ce moment c'est elle qui fait toutes les publicités d'enfants qui passent à la télé sur ''La Première''. C'est une petite qui est devenue très épanouie, en tout cas, elle a signé beaucoup de contrats avec des agences de communication...», nous apprend Patricia Kalou (ex-épouse Sangaré) dans une interview qu'elle a accordée à un site web. No comment !

Je me garderai (pour l'instant) de parler des nombreux concours de beauté qui pour la plupart font la promotion de la beauté, de la séduction et du sexe. (Miss Côte d'Ivoire, Miss Awoulaba, Miss District, Miss Ivoire campus, etc...)

Pour l'instant, qu'on épargne aux petites filles de prendre l'habitude d'exposer leurs corps au prétexte d'une quelconque beauté - qu'elles auraient - mais, qu'on leurs inculquent la soif d'être excellente dans les études plutôt que le désir de devenir plus belle (à cet âge).

Le Matin d’Abidjan de ce mercredi 3 septembre parle largement des concours de beauté.
A lire ici


Lire aussi cette analyse de la situation des concours "Miss" en Côte d'Ivoire.

21 août 2008

Note de fin

Fn.JPG«C’est nous qui tenons la paix, il faut que vous le sachiez !» Cette menace lancée par «Ablo», un des hommes en uniforme (des Forces nouvelles, Fn) au barrage (sud) à l’entrée de Bouaké m’a beaucoup fait réfléchir.
Alors que nous avions une «autorisation du cabinet civil des Forces nouvelles» signée de leur Secrétaire Général – et Premier ministre ivoirien –, les soldats au barrage exigeaient que nous payions le droit de passage de… «5000 F cfa». «On s’en fout de leurs signatures», ont-ils hurlé tout le temps.
Les discussions furent rudes et souvent couvertes de menaces de la part de ces hommes en armes. Pour qu'en fin de compte nous leur laissions la somme de 2000 francs et que nous nous en allions.
La menace de «Ablo» était sérieuse et au sortir de ce voyage, riche en tourisme, il faut relever que la paix est encore trop fragile dans l’autre Côte d’Ivoire.
Une paix qui balance aux rythmes des humeurs des anciens rebelles qui sont devenues (trop) changeantes ces derniers temps.
Les hommes en armes postés aux différents barrages jurent que c’est eux qui maîtrisent la situation. Mais dans cette atmosphère, les populations ne se sentent plus en sécurité.
Il y a ceux qui sont restés dans les zones du centre et du nord pendant les cinq années de guerre. Ces populations voyaient en l’accord de Ouaga l’espoir d’un retour à la normale. Elles qui ont tellement souffert. «Aujourd’hui, c’est la désillusion !», confesse Seydou O. «Chaque fois que les soldats des Fn se révoltent, nous avons le sentiment que la flamme de la paix est en train de mourir à petit feu», poursuit cet étudiant en faculté de sciences juridiques à l’université de Bouaké.
La peur est encore plus grande chez ceux qui ont été redéployés ou ramenés. Ce sont les fonctionnaires de l’Etat, mais également ceux qui avaient fuit les combats et dont le ministère de la Réconciliation nationale (et des Relations avec les institutions) a favorisé le retour. «Nous avons accepté de revenir ici parce qu’on nous avait garanti que le calme serait revenu. Mais de plus en plus nous avons peur. Est ce que nous ne devions pas attendre le désarmement total des anciens combattants rebelles avant de revenir ?», se demande encore Faustin N, employé dans une banque de Bouaké qui a ouvert ses portes récemment.
Plusieurs d’entre les habitants de Bouaké font de plus en plus l’amer constat que «les chefs des Fn ne contrôlent plus rien». «Ici c’est nous qui tenons la ville», lance fièrement un des ex-rebelles. «Les autres eux, ils sont assis dans les bureaux et dorment dans des maisons luxueuses à Abidjan (…) Ils ne savent pas ce que nous vivons comme problèmes ici», reproche en colère un garde au "poste de Niakaramadougou" (ville situé à une centaine de kilomètres au nord de Bouaké).
Et les «réclamations musclées» de ces derniers jours à Bouaké en sont peut être la confirmation.
Les zones du centre et du Nord ressemblent en réalité à des territoires sans lois véritables. Tout semble être dirigé et géré par les biais militaires des Forces nouvelles «qui règne en maitre absolus dans la zone».

En somme, je crois qu’aujourd’hui la paix est à la merci des anciens rebelles (encore en arme) qui obéissent de moins en moins à leurs mentors. Il peuvent la défaire à tout moment.
Si de "notre côté", nous avons l’impression qu’il y a un air de paix qui plane, ce n’est pas tellement le cas de l’autre côté. Car en réalité, la partition du pays en deux est toujours effective et les ex-rebelles n’ont toujours pas désarmé. Loin de moi l’idée d’être pessimiste, mais parler de paix (durable) dans cette ambiance c’est se voiler la face.

04 août 2008

Quelle Poste pour demain ?

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«La Poste de Côte d’Ivoire va-t-elle continuer à (sur)vivre ?» Telle est la question que je me pose chaque fois que je passe devant un bureau de la poste.
Mettons dans un premier temps en relief, les fonctions et l’utilité de la Poste et faisons une petite comparaison avec les «nouveaux outils» qu’offrent les Ntics aujourd’hui pour se passer de la Poste.
La poste de Côte d’Ivoire (comme dans bien de pays francophones) a trois métiers (ou activités) essentiels.

03d0873a60def514cb9ea909867eb770.jpgIl y a le métier colis. Il s’agit (évidemment) d’envoyer par le biais de la poste un colis à un destinataire.
Aujourd’hui de nombreuses compagnies de transports font une concurrence rude à la mère-poste. Ces compagnies misent sur le coût qui varie entre 500 F et 1000 F maximum. En plus, tous les types de colis peuvent être envoyés.
Pour ce service, la poste tient encore la route et essaie tant bien que mal de s’accrocher.
Pourtant en international, la poste est submergée par des géants de la distribution comme DHL qui sont présents désormais partout dans le monde.

a570006e1673600681beb83bd4d9eea3.jpgEnsuite, il y a le métier des services financiers. La Poste ivoirienne se constitue en caisse d’épargne et en structure d’envoi d’argent. On se souvient encore des services de mandats (express).
Mais quand on a des entreprises de transfert d’argent comme Western Union, Money Gram et désormais Cash Express, on se dit qu'on peut se passer du traditionnel mandat qu’on fait par la poste.
Pourtant, en la matière, elle a amélioré son service et l’on peut recevoir de l’argent assez rapidement. En plus, elle est la seule qui est véritablement présente dans toutes les contrées de la Côte d’Ivoire. Mais pour combien de temps ? Surtout après la crise qu’elle a connu.

Le service le plus important est celui du métier courrier que chacun de nous un jour où l’autre a eu à utiliser. Ce service permet en deux ou trois jours (ou une semaine ou deux selon la destination – en national ou en international) d’envoyer une lettre à un tiers destinataire.
Je me se souviens que dès la classe primaire on nous initiait à la rédaction d’une lettre et on nous enseignait la méthode d’envoi…par la Poste.
A propos de ce service voici ce que dit un internaute. C’est rigolo mais tellement vrai.
« J’ai découvert un service intéressant, qui à l’ère du Web 2.0 est assez osé! Je ne comprends pas bien le business model mais c’est impressionnant. Tu vas voir c’est très contraignant pour écrire un mail (Courrier pour le service de la poste).
1) Tu dois acheter du papier, c’est cher,
2) Tu dois aussi acheter un stylo, c’est pratique. Pour gagner du temps, tu peux faire l’achat du papier et du stylo en même temps,
3) Ensuite tu dois écrire sur ton papier ce dont tu as envie. Là c’est à peu près aussi facile que sur internet, avec une série d’inconvénients,
a) tu ne peux pas effacer à moins que tu écrives avec un crayon dans ce cas là, il faut acheter une gomme en plus du papier et du stylo,
b) si tu veux garder une copie, il te faut du papier carbone que tu mets en dessous ton courrier avec une autre page en dessous. Dans ce cas là il faut acheter du papier carbone en plus de la gomme, du papier et du stylo et du crayon
c) il faut que tu ranges la copie, mais le pire, si tu oublies où tu as mis ton courrier tu n’a pas de recherche automatique, il faut vraiment que tu ne sois pas bordélique,
d) Pour corriger l’orthographe, il faut que tu ais un Bescherelle et un dictionnaire analogique, et même avec ça t’es pas sûr de tout corriger. C’est comme sur internet, mais il faut que tu achètes tout ça en plus du papier carbone, de la gomme, du papier, du stylo et du crayon
e) Si tu veux ajouter un paragraphe au milieu de ton courrier tu dois tout recommencer,
f) Si tu veux envoyer le courrier à plusieurs personnes tu dois recommencer tout le processus,
g) En plus de tout cela, tu dois terminer ton courrier par des phrases complètement stupide, qui commencent généralement par “Veuillez agréer” avec des trucs du 18ièmes siècle. Style, «salutations dévoués», entrecoupé de «monsieur, madame». On doit appeler cela la «courriertiquette» en analogie avec le «netiquette»,
e) Y a quand même un truc rigolo, tu peux écrire au verso de ton courrier, chose qu’on ne peut pas faire sur internet. Ca fait au moins économiser du papier,
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4) Une fois ton courrier terminé , tu dois mettre tout cela dans une enveloppe (que tu achète aussi en plus du dictionnaire, du Bescherelle du papier carbone, de la gomme, du papier, du stylo et du crayon),
5) Tu dois écrire l’adresse de la personne à qui tu veux envoyer le courrier, si tu n’as pas l’adresse, j’espère que tu as un bottin (c’est un annuaire analogique),
6) Après tout ça tu dois mettre un timbre, c’est une petite étiquette autocollante que tu dois acheter, oui tu as bien compris, il faut en plus payer pour se service on croit rêver.
7) Une fois terminé le courrier, tu vas à la poste, tu pourras acheter l’étiquette autocollante sur place. Pour cela tu devras faire la queue pendant des fois une bonne demi-heure,
Attends le meilleur est pour la fin, si tu veux être sûr que la personne va recevoir le courrier, il faut que tu paye encore plus,
9) Mais le pire, c’est que ton courrier va mettre au moins 24 heures pour arriver dans le meilleur des cas. Si tu veux m’écrire au Brésil ça va mettre quinze jours minimum!!!!
Il faut vraiment avoir du courage pour lancer un service pareil de nos jours. En fait je me suis renseigné, la poste est une entreprise qui appartient à l’état, maintenant j’ai tout compris. Pas forcément besoin d’être rentable, mais je me demande qui va adhérer à un tel service. J’ai compris également que ton papier et ton enveloppe voyageait jusqu’au destinataire, il n’y a pas de numérisation du tout. Y a des personnes qui se déplacent pour mettre ça dans un dispositif que tu dois acheter pour recevoir ce courrier. (en plus du papier, du crayon, su stylo, du carbone, du dictionnaire, du Bescherelle, de l’enveloppe et du timbre!!!!!!!)».

Moi je crois en somme, que la Poste de Côte d’Ivoire a le choix.
Ou bien elle adapte ses services aux normes que requiert l’essor des Ntics et continue à survivre, ou alors elle se fait harakiri en offrant ses services traditionnels qu’on lui reconnait en espérant que nos villages resteront toujours des villages sans électricité, ni téléphone et Internet, ni écoles et ordinateurs, ni cadres issus de ces villages qui aient des projets de développement.
Parce qu’en réalité si la Poste est (encore) «vivante» en Côte d’Ivoire, c’est bien parce qu’il y a des endroits qui n’ont pas encore de couverture Internet ou qui n’ont pas de service comme Western Union ou money Gram. Ce qui ne saurait tarder d’ailleurs.

Post-post
Aujourd’hui en France la poste offre des services en ligne. Une sorte de e-commerce. La Poste de Côte d'Ivoire peut s'en inspirer.
Elle avait commencé à prendre quelques initiatives avant que la crise ne survienne. Découvrez le projet «Alert’courrier»

04 juin 2008

Et la pluie tomba…

Les chrétiens se souviennent (en ces saisons pluvieuses) de l’histoire de l’arche de Noé et de la destruction du monde.

Noé avait averti ses semblables qu’un déluge dévasterait la terre entière. Mais ceux-ci ne prirent pas en compte ce qui avait été annoncé et quand vint l’heure de la destruction, ils regrettèrent leur choix. Celui de refuser de construire (avec Noé) l’arche et de refuser d’y entrer.

44368c16b22f12950ea18ce2807b5142.jpgAu-delà des leçons spirituelles, retenons que l’endurcissement des autorités politiques et administratives d’Abidjan est semblable à celle des hommes du temps de Noé. Seulement qu'eux, ils ont des abris qui leurs servent de refuge en cas de ‘‘déluge’’. Et les victimes ce sont les riverains des quartiers à risque.
Chaque saison des pluies en Côte d’Ivoire arrive avec ses conséquences de morts et de «portés disparus». Chaque saison pluvieuse est un cauchemar pour les populations abidjanaises, surtout pour celles qui vivent dans les bidonvilles et autres quartiers précaires.
L’on a encore en mémoire ce drame de cette maison à Attécoubé (commune populaire d’Abidjan) qui a été engloutie sous la boue, et où un homme avait perdu six membres de sa famille (ses quatre enfants, sa femme et sa mère) lors d’un éboulement pendant une journée particulièrement pluvieuse. C’était en 2005.
L’on s’est offusqué de ce qu'aucune mesure n’avait été prise pour prévenir cela. La presse avait prévenu depuis longtemps qu’un drame pareil pourrait se produire. Mais les dirigeants ont fait la sourde oreille.
Néanmoins, depuis ce drame (qui n'est qu'un parmi tant d’autres) la presse ne cesse d’interpeller les autorités sur ce sujet, certaine que cette fois-ci, elle a les arguments solides…
La presse, comme Noé, crie à «tue-tête», pour que de nouvelles vies ne soit pas ôtées. Mais ceux-ci semblent ne pas entendre, rejetant la faute sur les riverains de ces quartiers qui «ne sont pas au bon endroit».
Les habitants des quartiers précaires pour la plupart disent ne pas savoir où aller et ne pas avoir suffisamment de moyens pour construire des habitations adéquates. L’on peut donc assister à des constructions à risque qui sont bien souvent facteurs de drame quand il pleut.
Les habitants de ces dits quartiers à leurs tours, accusent la mauvaise politique de l’Etat en matière de gestion de l’habitat.
Et l’Etat pour sa part répond que les six (longues) années de guerre ont vidé les caisses et qu’il n’y a pas suffisamment de moyens pour «recaser» tout ce monde.
Pourtant, lorsqu’un drame survient, plusieurs millions de francs (et autres soutiens) apparaissent pour «soulager les victimes» (encore en vie) de leurs douleurs.
J’ai récemment vu à la télévision un reportage sur la remise d’une maison à celui qui avait perdu toute sa famille.
Coût de l’opération immobilière : «un peu plus de 15 millions». 15 millions pour lui rappeler que l’Etat a de l’argent pour venir en aide aux sinistrés et non pour prévenir ce genre de fléaux.
Pourtant, les drames de ce genre même s’ils ne sont pas tous médiatisés, sont légions selon les communes et les quartiers.
Malgré tout cela, rien n’est fait pour prévenir d’éventuelles catastrophes.
Cependant, beaucoup a été fait pour «prendre en charges les funérailles des morts (…), s’occuper des blessés, donner des vêtements et de la nourriture» à ceux que le pluie a sinistré.
Et pour le voisin qui – grâce à Dieu – n’a pas subit de catastrophe, rien n’est fait. Il ne lui reste plus qu’à regretter que le ciel ne lui soit pas tombé dessus afin de bénéficier de l’assistance des mairies et ministères concernés.
Voilà quelques temps que la saison des pluies a repris ses quartiers dans la capitale économique. Les habitants des bas quartiers devront dormir l’œil ouvert et espérer qu’ils pourront (sur)vivre (grâce) à ces intempéries.
Parce que tant qu’il n’y aura pas de drame… rien ne sera fait.

29 janvier 2008

Le Nouchi et nous

702bd9ae12c66214fe718f07e2a32e9a.jpgLoin d'être un langage vulgaire et un assemblage d'expressions "d'hommes-bon-à-rien", le nouchi est un véritable argot, propre à la Côte d'Ivoire.
Ce langage dont on retrouve certains mots dans des dictionnaires de langue française, évolue avec le temps et les circonstances. Et de plus, il est en train de s'imposer comme la «langue nationale» du pays au point où l'on se demande s'il ne faudrait pas l'intégrer dans l'enseignement.

Le Nouchi est né en Côte d'Ivoire et s'est inspiré de toutes les influences que subit le pays, carrefour de l'Afrique de l'Ouest. Ce langage est la transformation du français au contact de l'Afrique pour mieux traduire les réalités du quotidien.

Il est vrai qu'il y a des situations que la langue française n'arrive pas à traduire ou traduit mal.
Par exemple, lorsque énervée, une personne estime que ce qu'elle a fait (de mal), elle l'a bien fait et qu'elle recommencera, la langue officielle ne donne pas d'expression qui puisse le traduire clairement. Alors, cette personne dira «j'ai djin, j'ai loupé (lèpè) ou j'ai gô !».
Facilement repérables, les phrases seront privées de leurs articles et des adverbes du type «là» viendront ponctuer les fins de phrase. Un «Faut laisser affaire-là» fusera pour demander à quelqu'un d'accorder son pardon au regard d'un tort qui lui aura été fait.

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Au-delà du langage imagé, il est aussi question de traduire la sagesse de l'homme de la rue qui s'inspire de son quotidien. Pour exprimer le fait qu'à Abidjan, le «système D» prévaut, on affirmera : «Abidjan, c'est technique !». Pour exprimer également que quelqu'un parle dans le vide (pour ne rien dire) on emploiera «c'est discours, c'est hobahoba».
40d16815fcb9a869f95ac3e623b4cab5.jpgLe Nouchi, tout en s'inspirant du français, magnifie aussi nos langues africaines (le Baoulé, le Dioula ou le bété) qui ont besoin d'être promues parce que de plus en plus délaissées par la jeunesse.
"Awoulaba" est un terme tiré du Baoulé qui désigne la plantureuse femme africaine. Exemple tiré d'une chanson populaire : " Bôtchô, awoulaba. Qui n'aime pas ça ? " (Une paire de fesses, une jolie nana... Qui n'aime pas ça ?). «Ya (nan de) Foyi» (en Dioula), «ya likéfi» (en Baoulé) pour signifier qu'il n'y rien ou que rien n'arrivera.

Le Nouchi est aussi un langage de jeunes. Parler Nouchi traduit le fait qu'on est " branché ". Pour illustration, un étudiant évoluant en dehors de la Côte d'Ivoire pendant l'année scolaire s'attachera à se renseigner sur les dernières expressions à la mode pour ne pas se faire traiter de "gaou". Un mot qui a d'ailleurs évolué. Au lieu de gaou, on emploie désormais «brézo», >«gnata» et aujourd'hui «souahé».

Vocabulaire immensément riche et composite, langage facile à apprendre et à comprendre, le Nouchi se présente comme une volonté manifeste de notre génération de s'affirmer, mais surtout de rejeter la colonisation linguistique que veut imposer l'occident. Véritable créole ivoirien, il développe toute une philosophie qui nécessite de connaître l'environnement ivoirien pour percer ses mystères.
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Le Nouchi, c'est la langue de demain. L'interdire serait occulté à notre jeunesse, une culture propre à elle-même qui épouse notre temps, nos langues locales et les situations que nous vivons. Le Nouchi n'est pas une langue morte, mais elle vit de génération en génération. «Celui ki nè pas enjaillé na ka béou !».

17 janvier 2008

BCEAO: Et si Bohoun Bouabré n’était pas le bon ?

0e342b9331f7e84c8ea565d67838122b.jpgOuverte en 2005, la succession de Charles Konan Banny aura suscité tellement de débats.
Jeudi à Ouagadougou, c’est finalement Philippe Dacoury Tabley, économiste ancien représentant de la Côte d`Ivoire au sein de la Banque africaine de développement (BAD), qui aura été choisi pour remplacer Charles Konan Banny.
Son compatriote Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ainsi que le Béninois Abdoulaye Bio-Tchané et le Nigérien Ali Badjo Gamatié devront attendre au moins six ans pour espérer postuler de nouveau.
La surprise est générale. Elle l’est, pour ceux qui espéraient (de tout cœur) que l’actuel ministre ivoirien du Plan et du développement soit l’élu de la BCEAO version 2008.
Mais cette dribble, pourrait bien être un scénario bien orchestré.
Et si Bohoun Bouabré n’était qu’une couverture, une diversion ? Et si le vrai poulain de Gbagbo c’était Philippe Dacoury Tabley.

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Parce qu’en effet toute l’attention – nationale et internationale – s’est focalisée sur Bohoun Bouabré. Tous les médias ont laissé comprendre (dans notre entendement) qu’il y avait un seul candidat ivoirien potentiel en lice. Et bien entendu, tout le monde s’est attelé à le rejeter et à réclamer un autre…ivoirien.
Certainement, le Chef de l’Etat sachant que ses (éternels) détracteurs chercheront toujours à s’opposer à ses décisions, a proposé le mauvais afin d’obtenir le bon.
Bohoun Bouabré était peut être une diversion ! En tout cas si tel est le cas, Laurent Gbagbo aura encore marqué un grand point économique et politique à la fois. Car Philippe Dacoury Tabley, né en 1948, n’est pas un inconnu dans le milieu présidentiel et il est même très proche du Chef de l’Etat.
Quoiqu’il en soit, la BCEAO est revenue à la Côte d’Ivoire et c’est une belle victoire pour toute la nation ivoirienne. Cela augure des lendemains meilleurs pour la Côte d’Ivoire en 2008.

15 janvier 2008

Où est notre troisième pont ?

7dcf60d8c508847cf5b8fe69588719e1.jpgAnnoncé (en fanfare) à l’arrivée de l’actuel Chef d’Etat au pouvoir, le projet de réalisation du troisième pont d’Abidjan avait suscité beaucoup d’espoir et de soulagement dans le cœur des uns et des autres.
Puisqu’aujourd’hui, «circuler à Abidjan n’est pas une chose aisée». Les embouteillages – on ne parle plus d’heures de pointe car toutes les heures, les voies sont ‘‘inondées’’ de véhicules – sur toutes les artères de la ville sont de plus en plus longs (en kilomètres comme en heures). Depuis les quartiers huppés jusqu’aux «quartiers précaires», les routes se sont rétrécies. Sur les deux ponts qui existent déjà, d’énormes fissures commencent à se former entre les barres qui relient chaque morceau de ces ponts. Le bitume quant à lui porte encore les stigmates de l’attaque de l’armée française en novembre 2004.
Après les évènements de 2002, l’on a cru comprendre que le marché de notre pont devait être arraché aux mains d’un groupe français et remis aux chinois (qui voulaient le réaliser à moindre coût). Et puis…les rumeurs ont circulé disant que les caisses étaient vides… «à cause de la guerre».
Avec un dos très large donc, la crise ivoirienne a encaissé tout sorte de manque(ment)s financiers.

Et puis, il y a eu des évènements comme l’indemnisation des victimes des déchets toxiques. La Côte d’Ivoire (si je puis me permettre) s’en est tirée avec la ‘‘modique’’ somme de 100 milliards reparties entre l’Etat de Côte d’Ivoire et les victimes. L’on s’est dit «cette fois ça y est ! Le bon Dieu nous offre cette ‘’manne’’ afin que notre cher troisième pont soit (enfin) construit». Et puis rien… les jours et les mois, même les années se sont égrainés depuis.

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Et puis, il y a eu l’accord politique de Ouaga. Avec son corollaire de retour des bailleurs de fonds (FMI, Banque mondiale, Union européenne, les firmes chinoises et Libyenne etc.). «La paix est là… l’argent aussi»…mais point de pont.
C'est clair, les autorités semblent avoir abandonné l’idée de la réalisation de notre troisième pont. Qui, même s’il était construit aujourd’hui ne suffirait plus à contenir la circulation abidjanaise avec ses feux éternellement en panne. Il nous faudrait alors un quatrième pont.
Récemment, j’ai ouïe dire qu’il y avait un autre projet de construction… d’un quatrième pont …à Jacqueville (60 km, sud ouest). Mais rien sur notre troisième pont.
Entre temps, ce sont des centaines (voire des milliers) de véhicules qui entrent (légalement ou de façon illicite) sur le territoire ivoirien chaque mois. Engorgeant davantage nos rues si étroitement construites et si mal entretenues.

Ou est donc passé le projet de notre troisième pont ?
Certainement dans un très grand tiroir capable de le contenir et l’enfermer jusqu’aux prochaines élections d’où il ressortira pour occuper l’essentiel des programmes de gouvernement.
Mais le peuple n’est plus dupe. «Premier gaou n’est plus gaou !»

Ce qui m’intrigue (et m’irrite) le plus, ce n’est pas tant que cette promesse ne soit pas tenue – nous nous sommes habitués avec le temps –, mais c’est le mutisme des autorités sur la question. Il y a eu les gouvernements de Seydou Diarra, Albert Tévodjéré, Charles Konan Banny et…de Guillaume Soro.
Hélàs, notre troisième pont n’a jamais été à l’ordre du jour. Hélas, c’était une belle farce. Et elle a bien marché !

31 décembre 2007

Veille du nouvel an, l’Administration «fout l’ camps !»

444b6ccffcb79192c658d09e53371cfe.jpgLundi 31 décembre 2007. Jour ouvrable, jour de travail en Côte d’Ivoire et spécifiquement à Abidjan. Il est à peu près 10 heures 30. Henri Dion, jeune étudiant est dans la cour de l’agence de la compagnie d’électricité de la commune de Cocody (commune présidentielle) pour y régler une facture dont la date limite est le «31 décembre». A peine arrivé, qu’il est accueillit par le vigile qui lui indique que les bureaux sont fermés. Le jeune Henri consulte sa montre : «10 heures 35». «J’ai demandé au vigile s’il n’y avait pas eu travail aujourd’hui. Et ce dernier m’a répondu que c’était une ‘‘demie-journée’’», raconte-t-il, en colère. Renseignement prit, l’on lui fait remarquer qu’il peut se rendre aux 2-Plateaux (quartier huppé de la commune de Cocody). Ce qu’il fait. Dans l’agence dudit quartier, un rang interminable l’attend. Et sur le portail de la salle d’accueil l’on peut lire : «en raison de la journée continue, les services (…) débuteront ce jour 31 décembre 2007 à 7 heures 30 pour s’arrêter à 11 heures».
C’est avec amertume et colère que Henri lit cette note grossièrement affichée. C’est sûr, il ne paiera pas sa facture ce jour. Il sait qu’il s’expose à une coupure.
Plateau, centre administratif et cœur des affaires d’Abidjan. Il est seulement 11 heures, déjà les bureaux se ferment, les gares sont bondées de monde. L’atmosphère fait penser à une heure de descente. Les gens se bousculent, les voitures klaxonnent de toute part. Petit à petit, les grandes artères se vident. «Personne ne veut prendre le risque de perdre le temps au travail ce jour de la Saint Sylvestre. Il faut vite rentrer à la maison pour préparer la soirée», se justifie Angéline Kadjo, secrétaire dans un service administratif au ministère du transport.
Tous ceux qui espéraient suivre des dossiers importants ce jour sont pris à contre-pied. «J’avais un important rendez-vous aujourd’hui pour récupérer un agrément pour ma structure. C’est avec ça que je devais aller en voyage le 2 janvier. Mais lorsque je suis arrivé vers 10 heures et demie dans le service, toutes les portes étaient hermétiquement fermées. Même les gardiens avaient pris «leurs vacances», témoigne Thomas Konan, la trentaine, président d’une Ong pour le développement du monde rural.
Ce 31 décembre – comme certains jours ordinaires d’ailleurs – l’Administration ivoirienne n’a pas travaillé. Causant beaucoup de tords à ceux qui croyaient que la «demie journée» courrait de 7 heures 30 à 13 heures. «Pourtant aucune décision ministérielle n’a demandé d’arrêter le travail dans la matinée… et c’est dommage que des employés au service de l’Etat se comportent ainsi», lance Sindou Coulibaly, chef comptable dans une entreprise.