topblog Ivoire blogs Créez votre blog Envoyer ce blog à un ami

30 novembre 2011

Sales temps pour les journalistes ivoiriens

Cote-Ivoire-m.jpg

Alors qu’on avait annoncé qu’ils seraient libérés, les trois journalistes du quotidiens « Notre Voie » croupissent toujours en prison pour un délit que j’ai du mal à comprendre : « "incitation au vol, pillage et destruction de biens d`autrui par voie de presse ». Selon les propos tenu par Me Serge Essouo à l’Agence France Presse.

César Etou, directeur de publication, Boga Sivori, chef du service politique, et Didier Dépry, secrétaire général de la rédaction ont été placés sous mandat de dépôt et devaient être "jugés dans une quinzaine de jours", ajoute Me Essouo.

Au départ, les trois journalistes convoqués le 24 novembre par la police avaient été placés en garde à vue pour « offense au chef de l`Etat » Alassane Ouattara dans un article et « atteinte à l`économie nationale » dans un autre.

Dans le premier article en cause, le journal affirmait que, "pendant que les Ivoiriens meurent de faim et de maladies, Ouattara s`offre 40 Mercedes à 1,04 milliard de FCFA" (1,6 million d`euros). Selon Notre voie, les véhicules sont destinés aux membres du gouvernement.

L`autre article incriminé évoquait une prochaine dévaluation du franc CFA, malgré les démentis des banques centrales d`Afrique de l`Ouest et Centrale. "Le franc CFA sera bel et bien dévalué. Voici les preuves", titrait en Une le quotidien.

La lueur d’espoir qu’avait apporté la décision du procureur d’Abidjan, s’est bien vite éteinte. « J'ai ordonné aux enquêteurs de la direction de la police criminelle de les relâcher », avait confié à jeuneafrique.com le procureur de la République, près le tribunal de première instance du Plateau, Simplice Kouadio Koffi, dans un entretien téléphonique. « La loi sur la presse protège en effet les journalistes pour ce qui est du délit de presse, ce qui est le cas de l'offense au chef de l'État » précisait le procureur.

Cela n’a rien changé.

Les dénonciations des institutions internationales des droits des journalistes n’ont également rien apporté. Reporter Sans frontière dresse un bilan négatif. «Le constat est amer. Six mois après l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, Reporters sans frontières estime que le nouveau gouvernement ivoirien porte des atteintes régulières à la liberté de la presse. Mais pas n’importe laquelle : celle qui soutient ou est supposée proche de l’ancien président Laurent Gbagbo » écrit le site de Radio France International.

«On pouvait anticiper qu’il y aurait des sanctions contre des médias qui avaient soutenu ouvertement Gbagbo (...) mais là, ça tourne au règlement de compte », rapporte à Ambroise Pierre, responsable du bureau Afrique de RSF.

hermane aboua.jpgEt cela ne date pas d’aujourd’hui. Alors qu’intervient ce nouvel épisode de l’arrestation des journalistes proche de l’ancien Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, un autre croupis en prison depuis des mois : Hermane Aboua, journaliste de la Radio Télévision ivoirienne (RTI).

RSF, qui a donc publié un communiqué s’inquiétant de la situation le 25 novembre, a été rejoint le même jour par la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, qui a dit « observer depuis quelques jours des développements peu rassurants sur le front médiatique avec des interpellations de journalistes suite à leurs écrits ».

Mais RSF pointe également la situation de quatre autres journalistes. Deux travaillent pour L’Inter, un quotidien connu pour ses sympathies pro-Gbagbo. Son rédacteur en chef Félix Bony aurait ainsi « été invité à se rendre dans les bureaux de Konaté Sidiki pour une "mise au point" ». Le même Konaté Sidiki aurait, toujours selon RSF, proféré des « menaces verbales » à l’encontre d’un correspondant de L’Inter, Achille Kpan.

D’autres voix se sont levées pour dénoncer cette arrestation des journalistes. Notamment celle du célèbre écrivain Serge Bilé. « C'est scandaleux qu'un président, qui se dit démocrate, puisse faire fi de la liberté élémentaire de la presse et laisser sa justice, forcément aux ordres, et son ministre de l’Intérieur, museler ainsi les médias », s’indignait-il.

La requalification des faits pour nos trois confrères inculpés, cache mal une réelle volonté de les inculper coûte que coûte alors que l’on approche vers la date fatidique des élections législatives. De telles actions sont de nature à créer un climat de tension.

J’ai encore en mémoire une « demande » d’Alassane Ouattara en 2010 alors que des journalistes du « Nouveau Courrier » étaient arbitrairement incarcérés. « Je demande la libération de ces journalistes », scandait-il, affirmant partout que la liberté de la presse devrait être respectée. Et pourquoi aujourd’hui en tant que Chef de l’Etat, Alassane Ouattara est-il si silencieux ?

["Les Etats-Unis s'étaient dits "troublés" par la "détention continue" des trois journalistes, dont l'opposant Alassane Ouattara avait réclamé la libération" (Source France 24 du 27 juillet 2010)].

C'est sûr, tous les journaux ne sont pas logés à la même enseigne. Et d’ailleurs où sont passés les organisations et associations de journalistes. C’est bizarre, il y a un grand silence autour de la situation de nos confrères. Qu’est devenu le si bavard Comité Ivoirien de protection des journalistes (CIPJ) ? Où sont passés les bouillants CNP (le Conseil National de la Presse), UNJCI (Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire) et GEPCI (Groupement des Editeurs de Presse de Côte d’Ivoire). ET où est passée la solidarité des autres journalistes ?

Pour l’heure nos trois confrères de "Notre voie" sont derrière les barreaux à faire la grève de la faim et à ruminer toute cette histoire qui de toutes les façons cache bien des raisons inavoués par le pouvoir en place. Qui seront les prochains ?

04 novembre 2011

Inscription en ligne via Celpaid, galère et rumeur au rendez vous

celpaid.jpgCette année les responsables de l’éducation nationale ont décidé d’installer une nouvelle donne concernant les inscriptions. Elles se feront en ligne. « Cette procédure permettra d’avoir des données fiables sur le nombre des élèves, mais aussi d’avoir une gestion transparente de la gestion du fonds que constituent les frais d’inscription », indiquait Kouyaté Abdoulaye, chef de cabinet du ministre de l’Education nationale Kandia Camara. C’était durant le mois d’octobre lors de la signature dune convention entre le ministère et une entreprise de paiement en ligne. (Nous y reviendrons). Concrètement, l'Etat dit vouloir avoir une idée sur le nombre d'élèves, mieux gérer les fonds que constituent les frais d'inscription. Bref, lutter contre les recrutements parallèles.

Personnellement je trouve que la procédure d’inscription en ligne est une gymnastique de trop pour les parents d’élèves ou les élèves eux-mêmes, pas forcément habituez à ces nouveaux moyens de paiment. Jugez-en vous-même ce que j’ai pu lire sur le site de Celpaid.

 

Pour les villes ou communes où il n'existe pas d'établissement financier partenaire de CELPAID.

Etape1:

Le parent d'élève ou l'élève fait le versement des 6.000 F à l'économat de l'étabissement. Un reçu CELPAID d'une valeur de 6.000 f lui sera remis.

Etape2:

Le parent d'élève muni du reçu de versement + le numéro matricule de l'enfant se rend chez le Représentant CELPAID de sa localité:

Mlle/Mme/Mr:.................................................................

Contact:..........................................................................

Pour procéder à l'inscription en ligne de son enfant.

Etape3:

A la fin de l'opération d'inscription, le Représentant CELAPID imprime le reçu électronique qu'il remet au parent d'élève ou à l'élève pour faire les formalités administratives à la scolarité de son établissement.

Pour les villes ou communes où il existent la COOPEC et la CECP.

Etape1:

Le parent d'élève ou l'élève fait le versement des 6.000 F sur le compte bancaire de CELPAID.

Compte COOPEC N°............................................

Compte Caisse d'Epargne de Côte d'Ivoire (CECP): 01201 10952990001 48

Etape2:

Le parent d'élève muni du reçu de versement + le numéro matricule de l'enfant se rend chez le Représentant CELPAID de sa localité:

Mlle/Mme/Mr:.................................................................

Contact:..........................................................................

Pour procéder à l'inscription en ligne de son enfant.

Etape3:

A la fin de l'opération d'inscription, le Représentant CELAPID imprime le reçu électronique qu'il remet au parent d'élève ou à l'élève pour faire les formalités administratives à la scolarité de son établissement.

Et l’entreprise de préciser que :

« Toute inscription qui ne se fera pas selon les prescriptions ci-dessus ne sera pas prise en compte ».

Celpaid se fait de la pub. La galère pour les utilisateurs

"S’il y a une structure qui n'a plus besoin de publicité depuis l'annonce de la rentrée scolaire, c'est bien la Celpaid. Cette maison spécialisée dans les transferts d'argent et achats électroniques vient de décrocher un gros marché" écrivait un journal de la place. Et elle marque le coup. Affiche publicitaire, branding, insertion dans les jounaux, spot radio et télé, bannière sur le web…

Mais finalement, est ce que la procédure d’inscription en ligne a été admise par les concernés ? Et si oui, ont-ils bien perçu la procédure ? Pas si sûr.

Les écoles non concernées sont celles de la Dren1 à savoir Cocody, Adjamé, Williamsville qui s'inscrivent aussi en ligne mais via MTN money à raison de 5500 Fcfa. Par Celpaid, l'inscription s'élève à 6000 Fcfa. Pourtant, l’insuffisance d’agence d'agences Celpaid dans les communes est sû de tous.

Quelques exemples :

« A Koumassi Prodomo, la seule agence assez exigüe d'ailleurs, recevait tous les élèves de la zone. Désormais, elle est transférée au Lycée municipal de la même commune. Une situation qui n'arrange les élèves du Lycée moderne de Koumassi obligés de parcourir de longues distances pour pouvoir s'y inscrire. Cela occasionne des bousculades, de longues attentes devant les guichets qui ont souvent des problèmes de réseaux. Toute chose qui a provoqué un début tardif des inscriptions le jeudi 27 octobre 2011 au lycée municipal. La rentrée scolaire prévue pour le 24 octobre 2011 devient alors une illusion. Car plus de 70% des élèves passent deux à trois jours devant les guichets sans pouvoir s'inscrire. C'est le cas de T. Ali, élève admis en classe de 1ère A dans le semi-privé. Il affirme être dans le rang depuis trois jours sans être reçu. Car habitant un peu loin du lieu d'inscription, il est fréquemment confronté à des rangs kilométriques ». (Source Nouveau Navire)

« A Daloa, la rentrée tarde à être effective une dizaine de jours après la date officielle, suite à, explique-t-on au niveau des responsables administratifs, des difficultés pour effectuer le paiement des frais d’inscription en ligne.

Si au plan purement administratif tout est prêt (les personnels, les enseignants sont en place et disposent les emplois du temps), les élèves tardent à prendre le chemin des classes en raison, a soutenu un chef d’établissement, de la non maîtrise du système d’inscription en ligne.

A ce sujet, le proviseur du lycée 2 de Daloa, M. Diomandé Zibo Sopoudé, a évoqué des insuffisances d’information tant chez les parents que sur la procédure.

Il est reproché aux structures chargées de l’opération une certaine lenteur, a-t-il ajouté (…) » (Source AIP)

Un deal de « gré à gré » ?

Les rumeurs fusent de partout. Accusant le ministère de l’éducation national d’avoir offert ce marché à Celpaid, alors que les marchés de l’Etat devraient faire l’objet d’appel d’offre. Sans doute avec des ristournes et retro-commissions conséquentes.

Vrai ou faux, le journal français la lettre du continent met les pieds dans le plats.  « Le ministre ivoirien de l’Education nationale, Kandia Camara, vient de confier à la société Celpaid le marché du paiement en ligne des frais d’inscription de quelque 5 millions d’élèves ivoiriens », révèle le journal en ligne (et en PDF). Le journal continue pour écrire que « (.) le principal actionnaire de Celpaid n’est autre que son collègue, le ministre de la Construction et de l’Urbanisme Mamadou Sanogo », précisant que « ce contrat, obtenu de gré à gré, fait déjà grincer des dents au sein de la Banque mondiale », toujours selon La Lettre du Continent.

31 octobre 2011

Festival de Garba, FlashMob & CO...

festivalgarba.JPG

Deux évènements ont retenu mon attention durant ce week end de fin d’octobre. D’abord le festival de Garba (célèbre plat national fait à base de semoule de manioc accompagné de poisson thon frit et de légumes – oignon et piment surtout).

C’est sur twitter que j’ai eu l’information. Je me suis donc rendu sur les lieux, à Treichville. J’ai aimé l’ambiance, le décor. Il y avait du beau monde et c’était agréable à voir. A côté des "Garbaman" - ou "garbatigui" (vendeurs et vendeuses de Garba), il y avait également des marques de boissons (alcoolisées ou non) qui s’étaient invitées afin d’étancher la soif des éventuels « Paumeurs » (appellation populaire de celui qui « paume » mange le garba).

festival de garba dr roucou.JPGDans le fond, je trouve que c’est un superbe concept que de mettre en valeur cet met national. Car le garba, c’est aussi notre identité culinaire, qui a transcendé les générations et qui s’est installé dans toutes les classes sociales. (Même si j’avoue que le garba des quartiers chics est bien différent de celui des autres communes. Avec beaucoup plus de légumes et parfois de la mayonnaise ou même du Ketch up). C’est une initiative à saluer et à encourager.

Mauvais points : J’ai noté un réél manque de communication autour d’un évènement aussi important. Il devrait y avoir beaucoup plus de monde.

Sur la forme j’ai vu beaucoup d’improvisation dans la gestion de la scène. Il y avait parfois deux Mc qui se disputaient presque sur le podium. Par exemple, lors du concours du « meilleur dabasseur mangeur de garba », l’animatrice souhaitait que ce soit le jury qui désigne le vainqueur tandis que son collègue voulait un choix du public. Un vrai tintamarre. Comme dans un vrai garbadrôme (lieux où on vend du garba).

Bons points : Bonne sonorisation, belle occupation de l’espace. Mets délicieux, ambiance agréable.

[ah pendant que j'y pense, on parlait garba en 2008 ici non ?]

IMG_0652.JPG
IMG_0675.JPG
festival de garba.JPG
La deuxième actu forte qui a retenu mon attention est le « Flash Mob » organisé pour sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein. Je salue ici l’initiative d’Anicet le chorégraphe mais également le Docteur Judith Coulibaly pour avoir réussi à associer la danse à un problème de santé qui préoccupe de plus en plus. De ce point de vue on peut crier : "Pari réussi".

Mauvais points : Pour un tel évènement et pour l’objectif visé je m’attendais à une plus grande mobilisation. Les organisateurs ont rassemblé moins de personnes que lors du récent flash mob d’Abidjan. C'est dommage !

Autre chose. Gros soucis d’organisation et de coordination. Prévu pour 16 heures, c’est autour de 17 heures 15 qu’on a véritablement démarré avec la première chorégraphie. J’ai eu la net impression qu’on nous faisait (volontairement ?) patienter pour attendre une « personnalité » ( ?). En plus au lieu de se faire en pleine rue comme annoncé et comme prévu initialement (ce qui aurait été bien mieux), les danseurs ont dû squatter l’espace et la (sonorisation) du festival de Garba. Du coup, des soucis de synchronisation avec le technicien du son. Au final on n’entendait presque pas la chanson.

flashmob abidjan.JPG

Il nous faut sortir de l’improvisation (je vous épargne les détails) et commencer à organiser des choses (aussi petites soient-elles) en vrais professionnels.

Bons points. J’ai adoré les chorégraphies mais surtout l’ardeur et la joie des danseurs sur la pelouse. Malgré le mauvais son, ils dansaient avec une telle énergie qu’on était réellement scotché. Il y avait un très bel alliage du rose et du blanc. Ça faisait joli et ça donnait un côté glamour à tous ces « paumeurs » de Garba.

 

14 octobre 2011

Chauffards, gare à vous !

accident.jpgBonne nouvelle (pour nous en tout cas)! Désormais tous les « chauffards » et ceux qui ne respectent rien (ni personne) sur les routes vont subir les représailles de la loi. Si on en croit le communiqué du district d’Abidjan paru dans plusieurs journaux ces derniers jours.

« La circulation automobile dans le district d’Abidjan est devenue préoccupante en raison du comportement de certains usagers de la route qui ne respectent pas les règles élémentaires de conduites et causent ainsi des dégâts corporels et matériels regrettables », se plaint le communiqué.

Et c’est vrai. Des wôrô-wôrôs (taxis communaux) et autres « gbaka » (minibus) qui utilisent les trottoirs pour circuler, des conducteurs de véhicules de l’état qui ne respectent pas les feux, des chauffeurs de voitures personnels qui parfois utilisent les sens interdit comme raccourcis…

Le « district d’Abidjan » semble être cette fois-ci être décidé (on espère) à mettre fin au désordre en invitant « impérativement tous les usagers de la route à l’observation desdites règles et particulièrement au respect strict des espaces et trottoirs réservés à la circulation (je vois d'ici la joie des piétons), des feux tricolores et permanentes signalisations, des lignes de conduites, des sens interdits, de la priorité à droite (pour l'heure c'est la loi du plus fort qui l'emporte), de l’obligation de circuler à droite sur la chaussée à multiples voies, de dépasser à gauche, de l’interdiction de stationner sur la chaussée».

Et pour ceux qui ne voudront pas respecter ces règles (qui ne sont pas nouvelles mais qui n’ont jamais été respectées) le district se veut menaçant : «Le non respect de ces règles expose le contrevenant à l’application de mesures coercitives conformément à la loi ». Mieux, « des actions vigoureuses seront bientôt menées à l’encontre des usagers (quand précisément ?) en ruptures avec les dites règles ».

Alors vous êtes prévenus…nous sommes prévenus.

09 octobre 2011

Si le BarcampAbidjan 2011 m’était compté…

IMG_9724.JPG

Un, deux, et … TROIS ! le Barcamp Abidjan 2011 a tenu toutes ses promesses. Pour cette troisième édition l’équipe d’Akendewa que préside JP Ehouman, n’a pas lésiné sur les moyens, ni sur les speakers encore moins sur l’organisation de façon globale. On a des entendu des rires, on vu des larmes, on a senti des silences, on a touché des stars, on a goûté de bons plats (au sens réel comme intellectuel). On a vécu tout simplement à ce BArcamp.

De 1 ! choix d’un "directeur-araignée"

Je reste convaincu que le choix de Cyriac Gbogou (le Chef du village #kpakpatoya) n’était pas fortuit ni le fruit d’un hasard. C’est un homme à 6 bras et à 6 pieds. Véritable chef d’orchestre, il ne manque pas de se mettre lui-même à la tâche quand il le faut. Au four et au moulin, « Krikri » (ou Siriki) a été la pièce maîtresse de la réussite de cette 3e édition du Barcamp Abidjan. Tantôt en pagne traditionnel, tantôt en tee shirt, c’était lui, l’homme de la situation. Le capitaine du bateau. A l’écoute de certains et au secours des autres.

De 2 ! Des Speakers de qualité…

…venus d’ici et (parfois de très) loin, les intervenants tous aussi intéressants les uns que les autres ont enseigné, conseillé, orienté et souvent évangélisé. Pour ma part, ici en Côte d’Ivoire, je retiens la participation du ministre de la jeunesse, Alain Lobognon, qui les jours ouvrables était sous le costume de ministre et le samedi dans son jean de geek. Il n’a pas manqué de suivre physiquement ou on line les différentes articulations de cette rencontre. Les organisateurs le diront, il a été d’un appui fort (et concret) dans l’organisation.

Je ne parlerai même pas des activistes du web qui se sont entassés dans la salle devenue trop petite depuis le premier jour pour contenir tout le monde. (Bon sur toutes les lèvres semblent se dessiner le palais de la culture pour le #BarcampAbidjan2012).

Je ne parle même pas de ces orateurs de talents qui ont suscité ovation et cris d’admiration dans la salle. Je ne parle même pas de ces speakers qui ont imposé le silence par leur démonstration, qui ont tenu en haleine l’assemblée parfois pendant plus d’une heure. Je ne parlerai même pas enfin, de ces simples utilisateurs et curieux qui sont entrés dans la grande famille Web de Babi (mot pour désigner « Abidjan » en nouchi, argot ivoirien).

Et de 3 ! Lieux de rencontre et de découverte

S’il y a un élément fascinant qu’on observe dans chaque rassemblement de ce genre, c’est le côté découverte. Un peu comme à la fin d’un jeu d’invisibilité. Sauf que dans les rassemblements d’acteurs ou d’utilisateurs du web, on a l’impression de se connaitre depuis longtemps. J’étais heureux de voir Nnenna, Francis Pisani. De rencontrer Anicet le Chorégraphe et toutes ces personnes qui de façon rapide te disent (avec un large sourire) "bonjour je suis …". Et tout de suite vous vous mettez à raconter vos vies. Parce que vous êtes « e-potes » depuis de longues années sur la toile.

Le BarcampAbidjan2011 a réussi à resserrer les liens entre les membres de la webcommunauté ivoirienne, mais aussi avec d’autres amis d’ailleurs.

Ce que je retiens :

« Innovation » ! A n’en point douter, c’est le mot qui est revenu le plus souvent. J’ai suivi avec beaucoup d’attention l’intervention de Mohamed Diaby. Et la définition que j’en garde : « L’innovation, c’est prendre des choses futiles pour en faire quelque chose d’utile ». Je salue donc tous les innovateurs ivoiriens, qui ont réussi à transformer notre vie, nos habitudes par ce qu’ils ont apporté. Quand j’entends (par exemple) #CIVSocial, je vois des vies sauvées, je vois des catastrophes évitées.

La Côte d’Ivoire a amorcé une ascension fulgurante depuis ces 3 dernières années… de grandes choses nous attendent en 2012 : l’année du Web ivoirien.

05 octobre 2011

BarCamp Abidjan, Saison 3

Logo-Barcamp-Abidjan-2011.png

Lorsqu’en 2009 l’Ong Akendewa lançait le premier Barcamp à Abidjan, on en était fier et on avait espéré que les années à venir verraient elles aussi leurs barcamp. Et puis il y a eu 2010. Marquée par la présence de grandes figures du Web comme Google Afrique.

Nous voici en 2011. Une année marquée par une dynamique nouvelle dans la webosphère ivoirienne avec la tenue de nombreux évènements dont le Barcamp Abidjan 2011. La tradition sera encore respectée.

Une autre rencontre grandeur nature qui va rassembler sur deux jours (du 7 au 8 octobre) les participants autour du thème : les TIC au service de la communauté. Un rendez vous, qui verra la participation de grande figure du web en Côte d’Ivoire, en Afrique et même dans le monde. J’en veux pour preuve, Le ministre Alain Logbognon, Jean Patrick Ehouman, Diaby Mohamed, John James, Edith Brou, Manassé Dehe, Boukary Konaté du Mali, Edward Armatey, King Israël, Yannik Rey, Francis Pisani pour ne citer que ceux-la...[Mais qui sont donc tous ces gens et d’où viennent-ils ?]

Assurément au regard du programme qui nous été envoyé, on ne va pas s’ennuyer à cette 3e édition du Barcamp d’Abidjan. Des conférences et des workshops (mais aussi des surprises) vont meubler ces 48 heures de Barcamp. [Lire aussi l'interview de Cyriac Gbogou, directeur de cette édition].

Rendez vous donc est pris pour (à partir de ) ce vendredi 7 octobre dès 8 heures à Hollywood Boulevard situé aux 2-Plateaux sur la rue des jardins.

 

 

20 septembre 2011

Petit constat dans un centre du BAC 2011

bac2011.JPGEt c’est parti pour les écrits du baccalauréat 2011 en Côte d’Ivoire. Le moins que l’on puisse dire au regard de ce que j’ai pu observer dans quelques centres à Cocody et à Yopougon, c’est que les dispositions ont été prises pour que cela se fasse dans le calme et dans la sérénité mais surtout loin des fraudes.

Une petite visite ce matin au Collège Koné Idrissa à Yopougon pétro ivoire, histoire de voir comment les choses se déroulent. [Il y a certaines années où dans certains centres c'étaient des ambiances surchauffées dehors, des va-et-vient des élèves et parents d’élèves entre la cour (et parfois même les classes) et l’extérieur du centre].

Un impressionnant dispositif (dissuasif) de sécurité assuré par des policiers. Les élèves entrent en rang dans la cour de l’école en présentant la convocation et une pièce d’identité. Dehors, les quelques rares parents venus accompagner et encourager leurs enfants repartent aussitôt. « Je ne cherche pas affaire je rentre chez moi. Je viendrai chercher ma fille le soir », lance ce père de famille avec un éclat de rire.

Sur les 660 élèves prévus 130 manquent à l’appel. « Sinon dans l’ensemble tout s’est bien déroulé » se réjouit, Seka Aka, le chef de centre en ajoutant « la ministre (de l’éducation nationale) a été ferme sur les mesures à prendre. Nous appliquons ».

Les quelques élèves interrogés à la pause de midi ont sorti l’habituel « c’était abordable » en parlant de la première épreuve de philosophie.

Au collège moderne de Cocody. Le dispositif de policiers est un peu plus impressionnant qu’à Yopougon. L’ambiance dehors aussi. De nombreux vendeurs ambulants ont envahi la voie qui passe devant ledit collège. Attendant impatiemment les premiers élèves à finir les épreuves de cette première journée.

Le moins qu’on puisse dire est que cette journée était celle de l’enseignement. Dans la foulée, débutaient les oraux du BTS (Brevet de Technicien Supérieur). Il y a avait également les réultats du CEPE (certificat d’étude primaire) avec un résultat global de 58,22%.

Lire aussi le reportage complet d'un Avenant dans le Centre de Yopougon.

FRCI, nouvelles causes d'accidents

J’ai encore en mémoire l’accident qu’a eu un de mes amis ce week-end sur l’axe Abidjan-Bassam. J’y pense encore surtout que ce matin il m’apprend que l’histoire restera « sans suite ». « Parce que ce sont des éléments des FRCI ».

Pour rappelle. Dimanche 18 septembre après midi, alors qu’il se rendait à Bassam (avec son père, sa femme et son fils de 4mois), un véhicule venant dans l’autre sens, percute violemment leur voiture. Le choc est terrible.

Quand j’ai vu la carcasse de la voiture j’ai crié « C’est un miracle ! ». Il n’y a eu aucune perte en vies humaines. Quelques blessés légers dans la voiture de mon pote. Et de l’autre côté, les quatre occupants s’en sortent sains et saufs. C’est une voiture occupée par des jeunes ( je leur donne en moyenne 22 ans) qui se réclament être des FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire). Jean, tee-hirt près le corps, baskette, et casquettes, ils ressemblaient plus à des artistes qu'à des militaires. Leur « chef » qui dit se nommer « Caporal N’CHO », ne peut pourtant pas identifier l’unité à laquelle il appartient. Il jure cependant qu’il est du « Corps ».

Lire la suite

07 mai 2011

Maintenant allons de l’avant

Hier vendredi 6 mai 20111, Alassane Ouattara a prêté serment comme « Président de la république de Côte d’Ivoire ». Au nombre des invités présent à cette cérémonie brève mais « pleine d’émotions » (selon les participants), on a aperçu le président de l’Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly, le président du Conseil constitutionnel, Yao Paul N'dré, le président du Conseil économique et social, Laurent Donat Fologo, le président de la Cour suprême, TIa Koné, le Grand Chancelier, le Chef d’Etat Major des armées (et tous les généraux), le doyen des diplomates, le Nonce Apostolique, (une partie de) la presse nationale et internationale.

Désormais, je l’espère en tout cas, le film d’horreur « crise Post-électoral » doit être loin derrière nous. Quelqu’un me disait au téléphone, « si on aime ADO, on doit se mettre au travail pour l’accompagner dans son programme. Et si on ne l’aime pas, on doit lui accorder le bénéfice du doute et si c’est trop dur pour nous, alors vengeons-nous dans le travail en travaillant plus ». J’en ai rit. Mais je trouve que mon interlocuteur avait raison.

Il nous faut nous mettre rapidement au travail. Nous avons perdu trop de vies humaines, trop de temps, trop d’argent et surtout trop de confiance réciproque entre Ivoiriens. Et tout ça « grâce » au Conseil constitutionnel. Pendant 4 mois les deux camps (LMP Vs RHDP) se sont bagarrés à coup de médias, de menaces et d’armes (très souvent ) lourdes.

Aujourd’hui avec cette prestation de serment, Ouattara prend officiellement la fonction suprême de la Côte d’Ivoire. Qu’on le veuille ou pas, il va falloir faire avec. Et c’est dans l’intérêt de la Cöte d’Ivoire que nous avancions tous les mains dans les mains. Sinon, on peut choisir de continuer encore de se bagarrer et de faire davantage reculer la Côte d’Ivoire. Ou alors on peut décider de mettre tout en œuvre (chacun à son niveau et dans son domaine) pour que l’éléphant d’Afrique se remette sur ces pattes.

C’est sûr Ouattara tout comme Gbagbo ont beaucoup de chose à nous expliquer. J’espère que la plateforme « Vérité & réconciliation » nous permettra de mieux comprendre ces quatre mois de crises profondes, dont on en garde encore les stigmates.

La pensée de la semaine : "Satan nous a possédé", Yao Paul N'dré, président du conseil constitutionnel de Côte d'Ivoire, à propos de la crise.

18 avril 2011

Abidjan retrouve ses lundis

Abidjan_normale.JPG

La vie est en train de reprendre, on ne peut plus en douter. Ce matin j’ai entendu les nombreux klaxons des taxis et autres wôrôs wôrôs (taxis communaux). J'ai vu les gbakas (mini bus) et leur apprentis-accrobates. J'ai revu la vendeuse de "pain-condiments". Oui, elle aussi est de retour. Sur les trottoirs, des personnes attendaient patiemment des taxis pour certainement se rendre au travail. Dans les véhicules, les discussions sont bonne enfant. On revient sur les derniers évènements en Côte d’Ivoire, le changement de régimes, les peurs, les craintes mais aussi les espoirs pour demain.

woro woro.jpg

Pour certains, c’est leur première sortie après 3 semaines de « réclusions » rythmées de tirs, de bombardements, de rumeurs et de souffrances. «ça chauffé ici on dirait », s’exclame une dame à bord d’un véhicule qui l’emmène de Treichville à Bassam en montrant du doigt un bâtiment littéralement saccagé.. «Ce sont les bureaux de Côte d'Ivoire télécom», rétorque le chauffeur du véhicule.

Par moment j'aperçois à certains arrêts de bus des gens adossés sur les bords de l’abri. «Ils attendent le bus », lance quelqu’un. Dans la rue j'en vois très peu d’ailleurs. Mais il y en a quand même. La vie à Abidjan est en train de reprendre on ne peut pas plus en douter. Désormais, il faut que les banques ouvrent et il faut que le Plateau (centre administratif et des affaires) se mette en marche.

Finalement, je pense qu’il est important de se (re)mettre rapidement au travail. Laissons aux politicienx de régler les questions politiques, aux militaires et policiers de s’occuper de l’aspect militaire et sécuritaire. Mais nous, réconcilions-nous avec le travail et mettons de côté nos rancœurs car comme on aime bien le dire ici à Abidjan « Nous sommes obligés de vivre ensemble ». Si pour une fois de plus, nous avons l’occasion de relever la Côte d’Ivoire, n’hésitons pas. La vie continue et elle peut être meilleure pour tous, si et seulement nous décidons de mettre fin à tout sorte de belligérance.

Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !

Crédit photo 1: Abidjan.net

 

08 avril 2011

Abidjan : tragédie humanitaire à l’ombre de la guerre

Depuis quelques mois, je savais la situation difficile en Côte d’Ivoire et plus particulièrement à Abidjan. Aujourd’hui, elle est plus que jamais alarmante. C’est peu de le dire. Dans la cacophonie des bombardements aériens, à l’ombre de la bataille entre les deux camps, ce sont des centaines voire des milliers de victimes qu’on dénombrera quand tout redeviendra calme. Si bien sûr tout redevient calme.

IMAG0106.jpg

«Diallo, je voudrais deux litres d’huile et du riz », ai-je demandé il y a quelques jours au seul « boutiquier mauritanien » qui avait osé ouvrir. «C’est fini », m’a-t-il lancé. Les prix des seuls produits que j’ai pu acheter ont quasiment triplés de prix. Dans de nombreux quartiers comme le mien, les denrées alimentaires commencent à manquer. Les supermarchés et autre surface qui ont pu ouvrir ont été pris d’assaut par les clients ou même par des pillards. «On a pris ce qu’on pouvait. On espère que ça va suffire pour les jours à venir », me lance Adou un de mes amis que j’ai eu au téléphone. Il venait de faire ses provisions. Dans sa maison à la riviera, en plus de sa femme et de ses deux enfants, ce sont ajoutés deux familles. «Nous sommes 20 dans la maison, un deux chambres salon ».

Aujourd’hui, à Abidjan, chaque famille est déplacée ou accueille des familles déplacées. Il faut donc doubler les rations alimentaires qui se font de plus en plus rares.

Dans certains quartiers, il n’y a plus d’eau ni d’électricité. «Le courant est revenu seulement hier après plus d’une semaine de coupure », m’apprend Stéphane, un ami qui habite la Riviera 2. «Chez nous il n’y a plus d’eau. On se demande comment on va faire », s’interroge Dramane qui habite lui un quartier de la commune de Yopougon.

 

La santé au point mort !

mort.JPG

« Nous sommes débordés. Il y a des blessés par balles, des morts, des femmes enceintes. Mais le pire c’est qu’il n’y a pas de médecins », déplore N’Goran A. Il est l’un des rares médecins au CHU de Cocody. Les derniers bombardements de l’armée française ont aggravé les choses. Des maisons ont été détruites, des écoles aussi. Des hôpitaux aussi. «On a pas encore de bilan, mais croyez moi j’ai pu voir de nombreux corps à terre », raconte Partick S, sans pouvoir donner plus de précisions sur leurs nombres. « Je n’ai pas pu prendre des photos, moi aussi je fuyais », raconte t-il. Il fait partie de ceux qui ont voulu braver les bombardements aériens et qui sont sortis dans les rues. «L’un des dangers, craint-il, c’est qu’il y a encore des cadavres dans les rues et qui sont là depuis plusieurs jours. Bonjour l’épidémie de choléra ». Un autre ami qui, lui, habite Koumassi, m’a envoyé une photo d’un corps en putréfaction. «Ça fait 5 jours qu’il est là », précise t-il dans son mail. Dans les rues de la capitale désormais, cadavres et tas d’ordures se disputent les voies et trottoirs.

«Nous sommes débordés », lance Mohamed Diaby qui, avec d’autres blogueurs gèrent un « Call Center » pour les urgences. « Les appels à l’aide sont telles que sur notre échelle de crise, un blessé par balle est un incident mineur », témoigne t-il. Le manque de médicaments est criard. Quelques pharmacies ont ouvert. Mais il n’y a pas tous les médicaments. «Et même quand il y en a, combien sont ceux qui ont encore les moyens de se payer un médicament. Les banques sont fermées depuis plus d’une semaine », rappelle en colère Dr Blé, pharmacien.


L’insécurité est partout, la mort aussi

Cocody, Adjamé, Abobo, Marcory etc. Aucune commune n’est épargnée par ce climat d’insécurité grandissante. «Dans notre parking, ils ont fait coucher tous ceux qu’ils rencontraient avant de les dépouiller de tous leurs biens », raconte une habitante de la riviera Golf. Selon elle, les voitures étaient tâtées au fur et à mesure et certaines emportées par des hommes armés. «Surtout les 4×4 » précise t-elle.

Il y a quelques semaines des milliers de prisonniers ont été libérés des prisons. Certains se sont retrouvés avec des armes à la main. Abidjan a désormais encore plus peur. C’est désormais la porte ouverte à l’insécurité avec des braquages et pillages à l’arme lourde et à l’arme automatique. «C’est devenu la jungle », lance craintif un de mes collègues journalistes. «Moi j’évite de sortir. Parce qu’on raconte que les hommes en armes tirent sur les passants. C’est grave », s’indigne t-il.

Sur ce blog j’ai pu lire ce témoignage :

«Lorsque des coups de feu, souvent à l’arme lourde, ont commencé à tonner dans notre zone jeudi dernier, ma famille et moi avons choisi de nous enfermé dans la maison le temps que la situation redevienne normale. Le samedi, dans la matinée, nous avons reçu une visite de cinq hommes armés qui ont réussi à forcer notre portail. Ils ont ensuite fait irruption au salon et ont pu emporter tout ce qui était à leur porté, après m’avoir intimé l’ordre de leur remettre la clé des deux véhicules stationnés dans la cour», témoigne cet habitant du sous quartier Angré les Arcades. »

Abidjan perle des lagunes, est devenue délétère. Catastrophe humanitaire ? Oui. Je ne parle même pas de ces quartiers où désormais, être un homme valide c'est être une proie idéale à l’enrôlement dans une milice. Je ne parle même pas de tous ces nouveaux-nés qui naissent chaque jour et qui voient leur espérance de vie raccourcie. Je ne parle même pas de ces vieux et des malades qui n’attendent (ou n’appellent) que la mort.

A Abidjan, aujourd’hui c’est un climat de guerre. Le silence fait encore plus peur. « Car on ne sait pas si c’est le calme avant la tempête ». Et chaque jour on s’éloigne de plus en plus d’une voie de sortie pacifique. Et en arrière plan, les victimes commencent à se compter par milliers.

07 mars 2011

Déplacés d'Abobo, la chaîne solidaire à leur secours

charite 002.JPG

Quand sonne l’heure de la guerre, sonne aussi l’heure de la solidarité. Avec les affrontements et le climat de terreur qui ont lieu à Abobo, de nombreuses familles ont quitté cette commune surnommée par certains « Bagdad » à cause de la violence des combats. Pour les plus chanceuses elles ont pu trouver des familles d’accueil dans d’autres quartiers de la capitale. D’autres par contre ne savent pas où aller. Elles ont élu domicile dans des édifices publics ou religieux. Mais voilà. Une initiative vient de naître et déjà, elle fait le buzz pour le plus grand bien de ces déplacés d’un nouveau genre. Ce week end dernier, ils ont reçu la visite d’hommes et de femmes aux cœurs grands et aux mains chargés de nourritures et de vêtements et tout autre nécessaire.

solida.JPGTout est parti d’une idée. Abdel Kader Dia, jeune entrepreneur ivoirien, devant l'ampleur de la catastrophe humaine qui se déroule à Abobo décide de créer un groupe sur Facebook afin d'associer ses amis et de toucher le plus de personnes possibles. Avec lui, d'autres jeunes.

Des messages d’appel à l’aide sont diffusés sur facebook. L’écho se répand de profils en profils, de pages en pages sur le réseau social. A cela, les initiateurs ajoutent le bouche à oreille pour ceux qui sont un peu loin du web. Le virtuel et le réel sont donc mixés pour une large diffusion. Et ça marche ! Les dons arrivent de partout. «Il y a même des gens qui en passant, voyant ce qu'on a déjà collecté, reviennent déposer quelque chose. C'est merveilleux », lance ému un des bénévoles.

Sur un site aux 2-plateaux (quartier de la commune de Cocody) les dons sont recueillis par des bénévoles. Nourritures, vêtements, savons et autres produits hygiéniques, boissons, médicaments. «Nous faisons un dispatching en classant les contributions par nature et ensuite par site d'accueil, en fonction des besoins exprimés ou prévisibles». Les dons sont par la suite acheminés vers des centres d’accueils recensés.

C’est le cas de ce "camp de réfugiés" qui a recueilli les enfants orphelins du "centre Canaan" qui était jusqu’à une date récente à Abobo. «Profitant d'une accalmie, la responsable a quitté Abobo à pieds avec une vingtaine d'enfants. Imaginez ces enfants dans le flot des adultes quittant la commune. Elle était constamment obligée de les appeler par leurs prénoms pour s'assurer qu'aucun ne s'était perdu. Par miracle, ils sont tous sains et saufs», selon les témoignages recueillis.

 

centrecanaan.JPG

Ce samedi 5 mars donc, les donateurs sont venus les bras et les voitures chargés. Les initiateurs cachent difficilement leur joie et leur étonnement : «Les contributions du samedi (5 février, ndlr) ont dépassé celles de la semaine précédente et le nombre de bénévoles a été multiplié par trois voire quatre. C'était fabuleux ! », s’exclament-ils avant d’ajouter « ils ont mis leurs voitures à notre disposition sans même demander qu'on y mette du carburant. La générosité des Ivoiriens et des habitants de Côte d’Ivoire ne cessera jamais de nous combler de joie ». Si dans leurs propos ces braves gens parlent « d’habitants de Côte d’Ivoire », c’est bien parce qu’il n’y a pas que les Ivoiriens qui ont contribué. «Nous avons reçu spontanément des paquets d'eau en sachet d'une boutique de quartier tenu par des mauritaniens. Ils se sont sentis concernés quand ils ont su de quoi il s'agissait ».

Et pour la suite ?

enfantdecanaan.JPGLes bénévoles disent ne pas avoir d’agenda prédéterminé. «C’est une réaction à un besoin urgent et nous nous sommes sentis concernés. L'idéal serait que chaque habitant de la Côte d'Ivoire se dise qu'il peut se soucier de son prochain, même en temps de paix. Pour faire le bien, nul besoin de cadre formel. Ce sont des rapports d'humain à humain », indiquent t-ils.

Néanmoins pour eux, l’objectif restent les victimes et les déplacés de toute la Côte d’Ivoire. «Vu l'urgence de la situation et la proximité des déplacés d'Abobo », ils ont été les premiers vers qui l’opération a été menée. «Nous travaillons à aller de l'avant et à porter notre action bénévole à tous ceux qui en ont besoin. Nous en profitons pour dire que nous recensons les sites qui accueillent les déplacés alors n'hésitez pas à vous rendre sur la page (facebook) et à nous informer » annonce William Ahoma l’un des organisateurs.

Désormais leur vœu est que cet élan de solidarité soit encore plus fort au cours de cette semaine car «le week-end prochain (12 mars ndlr), nous entamerons la seconde phase de distribution avec un accent particulier sur les consultations médicales et la distribution de médicaments ». L’appel est donc lancé.

_________________________________________________________________________________ 
Les contacter :

Abdel Kader Dia au (00225) 07 09 60 36 / William Ahouma au 01 00 55 22

Le lien du groupe:

http://lnp.sn/ZJR

Infos utiles

http://lnp.sn/ZJz