26 juin 2012
J’ai lu « Mon pays, ce soir » de Josué GUEBO
Même s’il n’avait pas été mon père, j’en aurai parlé. J’ai lu presque tous les livres de mon « Oncle-idole ». Puisqu’il m’en donne un exemplaire chaque fois, renforçant l’héritage qu’il n’a cessé de m’offrir depuis ma tendre adolescence. Il ne m’a pas habitué au roman, même si ces chansons laissaient transparaitre parfois, ses histoires vécues, ressenties, ses amours et ses déboires. J’ai appris de lui la poésie. Et c’est ce que j’en garde d’ailleurs. La vie est poésie. Simple et complexe à la fois. Facile à parcourir, avec des codes pour la déchiffrer. La vie qui part comme elle vient au rythme des vers et des rimes du destin.
J’ai donc reçu une copie de « Mon pays, ce soir ». L’un de ces derniers Opus. Un Livre qui s’ouvre comme le « Cahier d’un retour au pays natal » d’un homme choqué, d’un père meurtri, d’un fils déboussolé, et qui au loin sourit, en apercevant l’horizon.
« À travers l’artère ouverte
De la ville
Le pays
A cette heure
N’est plus qu’un vaste bruit
Bruit d’heures
Bruit de jours
Bruit d’ombres
Rien qu’un vaste bruit
Où meurt
La quiétude du vaisseau ciselé »
J’ai lu « Mon pays, ce soir » d’un trait, le doigt constamment humecté par ma langue, les yeux de gauche à droite, comme ce pays qui tangue. Je tourne les pages.
Zone de turbulences. Nos ceintures sont bien attachées. La poésie résiste à l’histoire. Les ver(be)s de Josué, n’ont pas peur d’être étourdis par les nuages obscurcis. L’auteur se veut soft mais engagé. Poète à l’écriture feutrée mais tranchante dont les lignes épousent la prose, et dont l’épaisseur s’accouple aux vers. Rien de formel dans « ce pays, ce soir ». Mais des cris formés, des poings biens fermés. Des souvenirs entrelacés au rythme d’une justice difficile à délacer.
Josué GUEBO, dans son « pays, ce soir »-là se rend compte que tout n’est que rêve… là où le cauchemar a du mal à trépasser.
« Cette race rêve
Rêve
De fers à ses
Pieds
Comme rêve
De ballerines
Un monceau de pierre
Auxiliaire
De prédation
(…)
Elle rêve
Rêve contremaitre
Du maître
Croyant contrer
Nos éveils… »
J’ai lu dans le silence, les 54 pages de rimes, dans la vitrine de sa mémoire. A 10 000 mètres d’altitude et 965 km/heure, je me souviens de cette saison inédite de l’histoire notre « pays »… ce soir-là. J’ai été poète, dans une vie pas très lointaine. Normal, Josué, mon père, en est un. Depuis ma tendre enfance j’ai lu, relu et appris par cœur ces titres célèbres devenues aujourd’hui de belles chansons inconnues. Mais…« Mon pays, ce soir » tranche. Il a un goût amer. De gens qu’on sacrifie à la mer ; Des enfants arrachés « au nombril d’une mère ». Où est passé l’amour ? Notre pays pourra-t-il survivre sans amour ? De Bouaké à Kinshasa, d’Abidjan à Gorée, Josué trouve des correspondances.
« Un nègre qui
Tue un nègre
…
Le coupé décalé
Où ferme
Boutique
La parole
Larmoyante
De mémoires
En chaînes ! »
Le poète sanglote. Il sait que «les mots s’en vont comme ils viennent » et que les maux sont têtus. Il faut une plume et de l’encre pour graver tout cela, pour nous, sa postérité...
« Bienvenu à Abidjan. Température 27 degrés ». Je viens d’arriver dans mon pays. Et ce soir :
« Je me ceins d’une main
De saccage
Et contre le fort de Joux
Je frappe
Frappe
D’une force d’ouragan
Délacée
La gueule du Fort-de-Joux ».
J’entends dans les baffles du Boeing, l’auteur chanter :
« Louverture
Ne mourra pas
Il ne mourra pas
Dans le cœur
De ma voix
Il ne mourra pas dans le sang
De ma foi ».
Je souris, tape des deux mains
Je regarde depuis mon hublot : « Il pleut », me dit la voisine qui s’était endormie le long du trajet. « Il pleut ». Je me le répète. Je comprends mieux pourquoi Josué GUEBO nous donne « la plume d’un tel orage », pourquoi nous sonne t-il « l’index d’une tel audace ».
Il est 19h05… nous avons atterri dans ce pays. Il fait soir. Je referme le livre ce 25 juin 2012. Comme il y a un an, Josué l’ouvrait. Il venait d’être édité.
Alors que je trimbale ma valise hors de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, je regarde les gens fuir la pluie et s’abriter sous des arbres perforés. Le décor est le même. Ce sont les mêmes taxis qui attendent un éventuel « Gaou à couper », les mêmes flics qui vous lancent « Eh, tu m’as envoyé quoi de là-bas », les mêmes douanières aux formes diversifiées qui vous sourient : « Papa choco, tu n’as des euros qui te gênent-là » ? Les mêmes escrocs qui prétendent travailler sur le tarmac, les mêmes speakerines qui vous accueillent dans un anglais appris à la volée. Et voilà qu’en moi, ce soir, surfe cette chanson célèbre : « Bonsoir ça va, bonne arrivée ! ». Je souris et laisse la pluie sur mon corps se prélasser. Je suis bien dans « mon Pays, ce soir ».
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Josué Guébo, Mon pays, ce soir
Editions Panafrika - Silex / Nouvelles du Sud
Première parution en 2011, 54 pages
Source photo - Jacques Kouao
09:31 Publié dans A l'honneur, Art & Culture, Coup d'coeur, Livre | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : josué guébo, poete, poésie, mon pays ce soir, abidjan, côte d'ivoire
Commentaires
belle oeuvre
Écrit par : Prisca Koffi | 26 juin 2012
Répondre à ce commentaireTrès bel article qui donne envie de parcourir ce pays un soir de lecture...
Écrit par : Famchocolat | 26 juin 2012
Répondre à ce commentaireSi tu veux je te passe le mien et je te fais rencontrer l'auteur.
Écrit par : Yoro | 26 juin 2012
Répondre à ce commentaireAKWABA chez toi à Abidjan.Encore une autre facette de ta personnalité,celle de POETE.L'amour que tu as pour ton pays se lit dans tes écrits comme l'auteur du roman d'ailleurs...
Écrit par : RitaFlower | 26 juin 2012
Répondre à ce commentaireMerci Rita,
j'étais impatient d'être à Babi, mon Pays...
Écrit par : Yoro | 26 juin 2012
Répondre à ce commentaireJe le veux! Je le veux! Le bouquin bien sur - cette poesie qui touche le coeur aussi tant?! J'essaie d'aller sur le site du web mais j'arrive pas a l'ouvrir - c'est combien et comment je peux l'acquerir? Car je dois l'acquerir - ce titre: "Mon pays - un soir"; love it!!!!!!!!!!
Écrit par : Renee | 26 juin 2012
Répondre à ce commentaireHi Renee,
j'essaie de t'en trouver un exemplaire... ou au pire je te dis comment tu peux l'obtenir
Écrit par : Yoro | 27 juin 2012
Répondre à ce commentaireCoucou Yoro,
Mail ou DM pour me dire comment faire pour récupérer le tien.
Sinon, je suis prête à l'acheter si on peut le trouver en librairie. Comme ça après lecture, tu me feras rencontrer l'auteur pour une dédicace-interview que je publierai sur mon blog :)
Écrit par : Famchocolat | 30 juin 2012
Répondre à ce commentaireTout ça peut se faire aujourd'hui ça depend de toi.
Écrit par : Yoro | 30 juin 2012
Répondre à ce commentaireCher Yoro, je suis "D'autres en parle aussi" :o)
Effectivement, j'en parle également.
Un texte qui répond à l'exigence d'esthétique que veut le genre de la poésie.
Un texte qui répond à une forme d'engagement, un hymne à la résistance à tous les diktats et tous les compromis.
Un texte qui je l'espère rencontrera le public ivoirien, le public africain.
Bien à toi
Écrit par : D'autres en parle aussi | 01 juillet 2012
Répondre à ce commentaireJe reçois le NOUVEAU COURRIER en PDF alors j'ai lu l'article qui est consacré à l'oeuvre MON PAYS de JOSUE GUEBO pour le NUMERO du JEUDI 6 JUILLET 2012.Très bel hommage rendu.
Écrit par : RitaFlower | 06 juillet 2012
Répondre à ce commentaireMerci Rita, grâce à toi je l'ai vu aussi et partagé sur Facebook et Twitter ;)
Écrit par : Yoro | 06 juillet 2012
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