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13 septembre 2010

Abidjan-Lomé: récit d’une traversée tumultueuse

aflao2.jpg

C’est parfois plaisant de faire des voyages par la route. Surtout quand vous devez traverser deux pays (Côte d’Ivoire et Ghana) pour atteindre un autre. Mais des fois, un tel voyage peut s’avérer ennuyeux, voire périlleux. D’Abidjan à Lomé en passant par Accra, le chemin n’est pas toujours facile à aborder. Des surprises peuvent vous attendre dans ce tourisme qui peut vite se transformer en cauchemar. Récit d’une traversée qui peut servir de « code de la route d’Abidjan à Lomé ».


Il est un peu plus de 8 heures 30 minutes. Voilà une heure environ que nous sommes partis d’Abidjan à bord du véhicule de marque 406. Le genre de véhicule où l’espace est restreint. Où vos pieds restent pliés et où vous ne pouvez plus bouger. Et si par malchance vous êtes au milieu d’un voisinage aux formes débordantes, vous risquez de souffrir d’étouffement.

Assis à l’arrière du véhicule donc je contemple difficilement le paysage. Les forêts, les rivières qu’on aperçoit de temps à autre, la mer même parfois. Un paysage dans lequel s’incrustent les nids de poule, des camions en panne, ou des passants sur le trottoir qui espèrent trouver de la place à bord des voitures, qui font fi de ne pas les voir. Dans ce décor, il ne faut pas oublier quelques barrages de policiers ou de gendarmes, où une fois arrivés, le chauffeur descend et court en leur direction. Une poignée de mains aux forces de l’ordre et on peut repartir. A certains endroits, pendant que conducteur et agent de la route se « saluent » ( ?) chaleureusement, nous montrons nos pièces à un autre qui nous les demande.

Bassam, Bonoua et Aboisso. Nous voici dans la capitale du Sanwi. Il est 10 heures 15. Nous empruntons un véhicule personnel qui pour la circonstance se constitue en engin de transport en commun. Un voyage assez confortable où je peux me permettre de lire mes journaux et d’écouter un peu de musique.

pontnoe-elubo.jpgTraverser la frontière, le(s) prix à payer

C’est un tintamarre de musique qui me tire de ma lecture. Nous sommes à Noé. Du côté ivoirien de la frontière. On peut apercevoir un ballet impressionnant de voyageurs qui vont ou qui viennent. Quelques fois ce sont de simples personnes qui traversent la frontière pour faire quelques achats et revenir. Pour les autres voyageurs qui vont aux Ghana où qui le traversent, c’est le début d’une longue procédure de contrôle.

Au poste de contrôle de police, les passeports sont scannés. Et pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, une photo est prise. «C’est pour que tous ceux qui entrent et qui sortent soient identifiés. Désormais tous les fichiers sont informatisés », explique fièrement l’agent de police assis derrière le comptoir. Suit la vérification des carnets vaccination. A quelques mètres du poste de police un attroupement d’hommes et de femmes barre quelque peu le chemin. Sans grand problème, nous parvenons à passer. «Ici quand vous êtes en règle vous n’avez pas de problèmes », explique un « guide » qui n’arrête pas de nous proposer ses services afin de nous « trouver rapidement un véhicule pour Lomé ». Du côté ghanéen de la frontière les choses sont moins faciles. Premier contrôle : les carnets de vaccination. A peine a-t-il feuilleté les pages du Carnet Jaune qu’il me lance : «tu vas payer 500 CFA ». J’exécute sans me faire prier. «Passeport ! », lance l’agent assis derrière le deuxième comptoir. Je lui remets le document. « Toi vas payer 1000 francs ». Un peu agacé je lui demande pourquoi je dois payer. L’homme s’énerve un peu et me répond dans une langue que je ne comprends. Mais je peux deviner aisément qu’il n’apprécie pas ma question. Willy, (le «guide» qui n’arrête pas de nous proposer ses services afin de nous « trouver rapidement un véhicule pour Lomé ») vient à notre rescousse et me conseille de payer. « Ils mettront le cachet et comme ça tu n’auras pas de problèmes aux différents barrages au Ghana », tente t-il de me convaincre.

Après quelques minutes de marche pour traverser le pont qui relie les deux frontières, nous arrivons à trouver un véhicule « Ford » prêt pour Aflao (une ville) à la frontière du Togo. Assis à l’arrière on doit disputer les places avec de nombreux bagages mal disposés mais qui tiennent au bout de fils et à l’aide du coffre maladroitement fermé. Il va falloir faire avec pendant les 12 prochaines heures que nous ferons sur la route. Il est 12 heures 45, le véhicule quitte la gare d’Elubo avec à son bord 10 personnes.

Le premier barrage au Ghana intervient après seulement une petite heure de route. Les passagers sont invités à descendre pour le contrôle d’identité. Pour ceux qui ont le passeport (même avec le cachet de la frontière) ils doivent donner un billet de 1 Cedi. Le reste voyage sera sans ombrage jusqu’à la capitale du Ghana. Petite musique ghanéenne, petit vent qui vous souffle dans les yeux, et tout le monde s’endort.

Accra, l’embouteillage qui tue

Les bruits de klaxons et le vrombissement des voitures me retirent du profond sommeil dans lequel je me suis plongé depuis quelques heures déjà. Nous sommes à Accra. C’est l’ambiance des grandes capitales. Embouteillages, feux tricolores, policiers qui régulent la circulation. Le décor est le même. Les grandes voies de la capitale sont noires de véhicules. Il est presque 19 heures. Depuis plus d’une heure, nous roulons à pas d’escargot. Essayant de nous frayer un chemin afin de sortir vite de ces artères « assiégées ». Nous y parvenons finalement après de longues minutes de patience.

De la patience il nous en faudra encore plus. Il est 21 heures 15. Je ne sens plus mon dos. Je commence à ressentir de fortes migraines. Je n’ai plus sommeil. Dans cette nuit noire, j’ai l’impression que la « Ford » qui nous transporte, ne s’arrêtera jamais. Et pourtant, au milieu de nulle part, elle va s’arrêter. Une panne on dirait. Le chauffeur descend du véhicule, ouvre le capot. Quelques manipulations et c’est repartit. On s’arrêtera encore et encore. On finira par arriver finalement à Aflao à la frontière du Togo à 23 heures 50. Le village semble s’être endormi. Seules, de la gare, des voix s’élèvent. «Lomé, Lomé », crient des chauffeurs. A priori, ils vous transportent pour traverser la frontière. A priori !

Immigré clandestin ( ?)

Ce que nous ignorions c’était que l’accès à la frontière est fermé à partir de 22 heures. Nous empruntons un taxi. A ce moment nous n’avons même pas idée des chemins que nous prendrons. « C’est 2500 francs par personne. 500 francs pour le taxi, 1000 francs pour la police du Ghana et 1000 francs pour la police togolaise », nous informe le conducteur. Qu’à cela ne tienne, pour nous le plus important est de traverser la frontière et de finir les formalités de douanes et de police.

Pourtant, le taxi quitte la route et emprunte une voie en terre battue. Nous passons au milieu de petites habitations. La route est serpentée, avec parfois des nids de poule. Nous commençons à nous inquiéter lorsque nous nous enfonçons dans le noir. Le chauffeur éteint ses phares et commence à rouler lentement. A bord du taxi nous sommes trois voyageurs et lui. Au loin, on aperçoit au milieu du noir, un attroupement d’homme autour d’un feu. Le taxi s’arrête à leur niveau et le conducteur nous intime l’ordre de descendre. Il s’empresse d’ailleurs de faire descendre nos bagages de son coffre arrière sous l’œil des quidams que nous avons du mal à dévisager.

Nous devons le suivre…à pied à travers de petits buissons. A peine une minute de marche, nous apercevons de la lumière et là, juste devant nous une grille de barbelés. Une partie de cette barrière a été sectionnée. A ce moment, nous comprenons que nous ne franchirons pas la frontière classique (avec douanes, polices etc…). A moment, d’un commun accord, nous refusons de traverser. Une petite discussion et les esprits s’échauffent. Le chauffeur sent qu’il est en train de perdre sa clientèle. Et nous, nous savons que franchir les barbelés est illégal. Que faire ?

Derrière nous, les hommes autour du feu de bois se lèvent. Devant nous, des hommes approchent attirés par les voix qui s’élèvent de plus en plus. Au fur à mesure qu’ils avancent à notre niveau, on aperçoit leurs armes. Ce sont des policiers. Ils échangent quelques mots avec le conducteur du taxi dans une langue que nous ne comprenons pas du tout. Un des policiers, ajuste son arme. Ce petit geste nous aide à prendre une décision très rapide et à traverser en un temps éclaire les fils de fer. Une fois de l’autre côté, un des hommes en armes fouilles nos valises à l’aide d’une torche. «Voilà, vous êtes à Lomé, donnez mon argent », lance le chauffeur du taxi. Une fois son argent récupéré, il retourne par la barrière. Quelques minutes après, on entend le vrombissement de son véhicule.

Nous sommes là, tous seuls avec les policiers. Ces derniers ne s’occupent pas de nous. Soudain dans le noir, un homme adossé à un véhicule nous propose de nous déposer au centre ville si nous le souhaitons. C’est un autre chauffeur de taxi de Lomé. Nous devrons payer 5000 francs. Notre souhait est de quitter cet endroit incertain pour arriver dans un endroit plus civilisé, plus sécurisé.

Quand nous débouchons sur les grandes rues éclairées de la capitale Togolaise, nous sommes rassurés. Fatigués, mais heureux de revoir des immeubles, des routes, des hommes, de la lumière. Finalement après de 18 heures de voyages, nous sommes arrivés à Lomé …clandestinement.

 

Commentaires

ok bonne route!

Écrit par : deblo | 14 septembre 2010

Bel article

Écrit par : zwan | 20 septembre 2010

Eh ben, quel aventure!

La seule fois où j'ai passé la frontière à aflao, légalement, c'était en 86 et je peux vous dire que je ne suis pas prête de recommencer.

Si je devais repartir un jour au togo, ce serait par avion, et un voyage organisé.

Vous êtes courageux.

Et puis, pour rire, la prochaine fois, fais toi passer pour un marabout. Les policiers craignent les marabouts à ce qu'il paraît.

Écrit par : willykean | 23 septembre 2010

ça me rappelle mon passage de frontière du Mali vers le CIV, il y a 12 ans !

Écrit par : Marie | 29 septembre 2010

Salut Israel,
C'est en relisant ton blog que je suis tombé sur ce billet que je n'avais pas lu auparavant.
Je me rends compte maintenant de la véritable aventure qu'a été ce voyage sur Lomé.
Je voudrais juste partager quelques conseils avec tes lecteurs pour apporter un plus à ce "guide de voyageur Abidjan - Lomé" étant un habitué de ce trajet.
D'abord il y a deux façons de voyager quand on veut quitter Abidjan pour Lomé par la route.
- 1ere méthode > Monté - descend : Il faut être à la gare de Bassam (lieu où on prend les voitures d'Aboisso) à 6h GMT. Le voyage dure 1h30 ou 2H. Arrivé à Aboisso a 8h, il faut monter rapidement dans une voiture pour Noé. Tu dois être normalement à la frontière à 9h30. A cette heure tu es sur d'être à Lomé avant 22h puisque la traversée du Ghana dure entre 11h et 12h de temps. Arrivé à Noé, il faut te faire aider des jeunes autochtones pour une somme de 4 000 F CFA pour traverser la frontière et ne plus avoir a payer quoi que ce soit aux policiers. Ils gèrent comme on le dit. Dès que tu auras traversé la frontière de la CIV, ils te font monter dans une voiture pour traverser la portion de terre qui sépare la CIV et le Ghana. De l'autre coté, c'est pareil, tu paies rien. Et làbas il y a des voitures direct Lomé pour 7000 FCFA. Vous devriez etre a Aflao à 21h ou 21h30 et traverser tranquillement la frontière sans avoir à payer des sous et à traverser des barbellés.
- 2eme méthode : Un ticket à 27000 F CFA chez STC Treichville et vous quittez Abidjan à 10h pour être à Lomé le jour d'après à 8h dans un confort plus ou moins acceptable à bord d'un car climatisé.
Bonne soirée et j'espere que ces infos pourront aider plus d'un...

Écrit par : Wilfried AKAKPO | 03 février 2011

jdois aller à lomé pour récuperer un colis super important mais j n sais pas cmt m'y prendre

Écrit par : deb | 12 mars 2011

Ouais c'est la douleur de voyager à travers les deux frontières de deux pays différents avec toutes ces formalités de vérification et aussi comme vous avez mentionné les dangers pour les touristes que ce soit un paysage coulissant ou tout autre danger que vous ne voulez certainement pas à venir surtout quand vous êtes voyagez avec votre famille.

Écrit par : Jessica Martinez | 09 juillet 2011

je veux aller a lomé pour recommencer une vie je n'est pas diplome a pars le bepc mais je veux aller me chercher labas je suis dans la musique jai entre 250 et 300 mille est ce que je pourai m'ensorti avec cette somme la
c'est a les habituer de la ville que je m'adresse
pour le transport jai entendu parler d'un car direct abidjan lomé a 19mille
aussi quelle sont les activité qui peuve vite rapporter a lomé car je ne veux pa parti et revenir a abidjan sans rien
je veux savoir aussi si la vie est cher a lomé
merci d'avance

Écrit par : jeannoel | 01 avril 2014

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