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23 octobre 2008

Cité universitaire ou le centre commercial aux multiples facettes

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Que ferais t-on pas pour survive à la «galère» sur les cités universitaires ? Beaucoup de choses ! diraient les étudiants et autres «habitants» qui y vivent.
«Le campus de Cocody», l’une des plus grandes cités estudiantines d’Abidjan, s’est transformée aux fils des années en un gigantesque centre commercial où tout se vend et tout s’achète. Un véritable businessland !


Enquête


Les locations de chambres

C’est certainement le commerce le plus ancien qui existe sur les cités. Les "cambodgiens" («ce sont les étudiants qui n’on pas droit à la chambre» mais qui la partage avec soit le propriétaire ou le locataire) participent aux charges de la location. «La chambre-double (avec deux lits) revient généralement à 12 000 francs CFA et les individuelles (indiv’) à 20 000 francs», affirme Aristide Kokora, propriétaire d’une chambre sur la cité. Ainsi, pour arriver à assurer ces charges, «il faut s’entourer de "frères"». Le prix de la chambre est donc divisé par le nombre de personnes qui y vivent. «Parfois pour une chambre double on peut se retrouver à 4 voire même 6 personnes», précise Richmond N’goran, étudiant en maîtrise de criminologie. Il est locataire depuis 7 ans et ne se souvient plus du nombre de chambres qu’il a habité.
C’est un commerce qui peut s’avérer juteux pour ceux qui ont droit à une chambre appelés communément «propriétaires». Si pour une chambre individuelle à 20 000 francs vous avez 10 cambodgiens, chacun d’eux paie 2000 francs. «Du coup, moi je loue la chambre mais je paie 2000 francs», explique une étudiante locataire. «Les plus heureux sont les propriétaires, ils attendent leurs 20 000 francs à la fin du mois», ajoute t-elle.
Cependant, depuis près d’un an, les prix ont augmenté. «Les temps sont devenus durs, et il faut bien qu’on adapte nos sources de revenus à la situation de crise du pays», se justifie Hermann N., étudiant en 5ème année de médecine. Il a droit à une chambre individuelle. Désormais, pour ce genre de chambre, il faut compter dans «30 à 40 000 francs» et pour les doubles, entre «15 et 25 000».

Le secteur des télécoms, une activité en pleine expansion
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L’essor de la téléphonie mobile en Côte d’Ivoire a eu des répercussions sur la vie commerciale de la cité universitaire de Cocody.
Plusieurs centaines de «cabines cellulaires» sont installées le long des voies et dans chaque recoin de la cité. Et les prix sont compétitifs. «Certains quittent les quartiers environnant pour venir appeler ici parce que les prix sont réduis de moitié, voire de 75%», raconte Michelle A, gérante d’un box d’appel. Elle n’est pas étudiante mais s’est construit une véritable entreprise à partir du commerce des appels et de la vente des cartes de recharges. «Aujourd’hui j’ai 5 téléphones», lance t-elle fièrement avec un éclat de rire. «Un pour le fixe, un pour Orange, un pour Mtn, un pour Moov et un autre pour Koz», précise t-elle avant d’indiquer les prix. «Le coût des appels varie entre 25 francs et 75 francs maximum».
Il y a également les "gérants ambulants". Ceux-là vont à la rencontre de leurs clients. Ils circulent entre les bâtiments, paliers après paliers à hurler de toutes leurs forces de façon à se faire entendre de loin. «Souvent ceux qui habitent au troisième ou au quatrième n’ont pas envie de descendre pour appeler. Alors ils trouvent que nous sommes très utiles», indique Frédéric Assouhan, 14 ans, élève en classe de 3ème. Il habite la cité avec son grand frère. «C’est pour l’aider que souvent je fais la cabine ambulante», explique t-il.
Pourtant, ces gérants ambulants, ne sont pas forcément aimés de tous. «Ils sont trop emmerdants. Ils attendent l’heure de la sieste pour crier près de nos portes. C’est énervant !», se plaint Jacqueline Goué, présidente d’un palier de fille.
«Il y a aussi, les autres gérants qui trouvent que nous leur volons leurs clients. Mais à chacun sa stratégie», se défend Evariste K, un autre gérant ambulant.
P1150820.JPGIls sont de plus en plus nombreux, hommes et femmes, jeunes, enfants ou vieux, étudiants ou non à tenir (et à voir grandir) leurs petites entreprises de télécommunications. Certains ont même (re)investi dans la vente de téléphones et d’appareils électroménagers. «Le plus célèbre se nomme "Alonzo", il a ouvert un siège et une agence au sein de la cité universitaire», atteste une étudiante avec un sourire.

Les cybers cafés et centres d’appel à l’international

C’est un commerce qui est réservé à ceux qui ont un peu plus d’argent. «Sur la cité, on peut avoir une dizaine de cybers et de centre d’appels internationaux», selon certains étudiants.
Cette activité, semble t-il est la plus rentable. «Vous savez, les cybers tournent quasiment 24 heures sur 24. Les propriétaires ne paient pas l’électricité. Ils paient juste le loyer à la Fesci (fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire)», témoigne Geoffroy F. «A côté de ça, ajoute t-il, ils offrent des services (payants) tels que la maintenance, le traitement de texte, les impressions, les photocopies, les téléchargements de sonneries pour portables, les appels à l’international etc.».
Même s’ils ne sont pas très développés, ces types de commerces apportent d’énormes bénéfices à ceux qui les tiennent.

Quand la gastronomie devient un secteur juteux
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C’est un domaine prisé et qui lui aussi est très rentable.
Il y a «Le palmier», espace construit sur une large superficie et fait de plusieurs bâtiments en forme de cases où la majorité des étudiants vont se restaurer. C’est un endroit qui existe depuis des générations. «Ici, on a pour tous les goûts. Et on est à l’abri du soleil. Les prix sont donc sensiblement élevés qu’ailleurs», témoigne un autre étudiant.
Sur la cité de Cocody, il y a aussi «le marché du campus». A ciel ouvert, il offre une gamme variée de mets et ce, pour toutes les bourses. Ce commerce est en général tenu par des femmes non étudiantes. «On se fait un peu d’argent parce qu’en cité, les gens mangent à tout heure, et nous restons jusque tard dans la nuit, pour revenir au petit matin», explique «Tantie Géné», vendeuse de fritures au «marché du Campus».
P1150815.JPGDans ce domaine aussi, la concurrence est rude. «Ceux qui luttent avec nous ce sont les vendeurs de kiosque», affirme une vendeuse dans un français approximatif. Abri bâtit selon un modèle sensiblement identique, les kiosques sont des petits endroits où l’on se rend pour «prendre quelque chose de rapide». «Café, omelette, petit pois, spaghetti, rognon, lait caillé etc», tous ce menu s’y trouve. Tenus en général par des ressortissants nigériens ou maliens, les kiosques sont ouverts (en général) à toute heure. «C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont les concurrents les plus craints. Car, on a de la bouffe pour tous les prix, et ils sont ouverts de jour comme de nuit. De sorte que si tu as un creux au milieu de la nuit, tu peux trouver à manger», explique Léopold, un abonné de ces endroits. «Le plus célèbre des gérants de Kiosque se surnomme "Ben Laden", pour la longue barbe qu’il ne rase jamais», tient-il à ajouter.

Les chambres boutiques
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Sur la cité, chaque chambre est une petite (ou une grande) boutique. On y trouve des ingrédients pour une sauce, des produits hygiéniques, des bougies, des papiers toilettes…bref, tout ce qu’on retrouverait dans une «boutique de mauritanien» sur le campus.
Il y a également les pharmacies. En général, elles sont tenues par des étudiants en médecine ou en pharmacie. «Ces pharmacies vendent des produits de premières nécessités», explique le Dr Ephraïm D, en fin de cycle en faculté de pharmacie. «Ça aide surtout quand on sait que les pharmacies de garde ne sont pas toujours proches», précise t-il.
P1150811.JPGOn retrouve même une boutique d’optique qui base sa politique sur le «bas prix». «Nous faisons des consultations optiques et nous vendons des verres aux étudiants à moindre coûts», explique Obed, le responsable.
La cité universitaire c’est aussi les chambres transformées en salons de coiffures, de coutures, en blanchisserie, ou même en salles de jeux-vidéo ou en vidéo-club. «On a tout ici, même ce que certains ne peuvent imaginer», déclare avec ironie, Fatou H, étudiante en Licence de sociologie.

Les trafics clandestins et immoraux
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Le commerce sur la cité, ce n’est pas forcément ce que l’on voit. Mais, il y a aussi ce qui se fait loin des yeux. «Tout le monde le sait, mais personne ne veut le dénoncer», chuchote une jeune élève qui habite «chez les étudiants» depuis 3 années. «Ici, il y a par exemple la prostitution sous toutes ses formes», ajoute t-elle. Sans vouloir en dire davantage. Comme elle, les étudiants préfèrent vous dire «faut laisser ça !». Renonçant à se prononcer (en public) sur ces «sujets sensibles».
En réalité, ce commerce serait en pleine floraison sur la cité et attirerait de gros clients de l’extérieur.
Le trafic de drogues et d’armes sont également des commerces réels. Mais personne n’ose le dénoncer. «Je ne veux pas me mêler de ce genre d’affaires», indique un jeune étudiant en deuxième année de droit. «Je suis de passage ici, alors je passe mon chemin. Moins tu en sais et moins tu t’en occupe, plus tu es en paix et moins ta vie est menacée», ajoute t-il enfin.
La cité universitaire de Cocody, c'est l'endroit où les connexions Internet sont distribuées de façons anarchiques (par les étudiants eux-mêmes) à d’autres étudiants, où un abonné de Canal + fait bénéficier un ou plusieurs bâtiments (moyennant une participation mensuelle de 3000 francs). «Le Campus», c’est le lieu où désormais les maquis et bars – qui ne désemplissent plus – côtoient les chambres et les salles d’études. La cité de Cocody, c’est l’endroit où la vente de terrain est une mine d’or pour la Fesci.
Véritable centre de commerce de tout genre, aucun impôt n’est reversé à l’Etat. Aucune réglementation n’a droit de citer. La cité à elle-même ses lois.

Si ces commerces tendent à faciliter la vie aux étudiants (et à ceux qui ne le sont pas mais qui vivent sur la cité de Cocody), il faut que l’Etat jette un œil sur ce qui se fait à l’intérieur du «Campus de Cocody». Une cité où on trouve tout. Une autre ville en plein centre de Cocody. «Vous savez, on peut y vivre (sans sortir) pendant des mois. Il y a tout ici», affirme Mélissa Kablan. Non étudiante, elle y vit depuis 12 ans.

Commentaires

Beau reportage, vivant et instructif. Chapeau.

Écrit par : Théo | 23 octobre 2008

ça fait maintenant deux semaines que je suis ton blog que j'ai découvert grâce a celui de presse citron et ça fait vraiment plaisir d'avoir une informations sur le pays aussi clair et sans "partisana" si ça ce dit bonne continuation

Écrit par : disawaner | 23 octobre 2008

Merci à Théo et disawaner.

Écrit par : Yoro | 23 octobre 2008

ton petit article est tres cool a lire.il donne les reelles informations sur les realites du campus.bonne chance et on espere que tu pousseras ton investigation plus loin encormerci et a plus frere.

Écrit par : k.charles | 02 février 2009

Très intéressant, un vrai travail de journalisme citoyen, vous devriez vous interesser aux média-citoyens, genre AgoraVox, Cent papiers, etç. et y passer vos articles. Félicitations.
Sejo Vieira

Écrit par : sejo vieira | 26 février 2009

C’est un commerce qui peut s’avérer juteux pour ceux qui ont droit à une chambre appelés communément «propriétaires». Si pour une chambre individuelle à 20 000 francs vous avez 10 cambodgiens

Écrit par : Buy Generic Viagra | 20 juin 2011

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