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21 août 2008

Note de fin

Fn.JPG«C’est nous qui tenons la paix, il faut que vous le sachiez !» Cette menace lancée par «Ablo», un des hommes en uniforme (des Forces nouvelles, Fn) au barrage (sud) à l’entrée de Bouaké m’a beaucoup fait réfléchir.
Alors que nous avions une «autorisation du cabinet civil des Forces nouvelles» signée de leur Secrétaire Général – et Premier ministre ivoirien –, les soldats au barrage exigeaient que nous payions le droit de passage de… «5000 F cfa». «On s’en fout de leurs signatures», ont-ils hurlé tout le temps.
Les discussions furent rudes et souvent couvertes de menaces de la part de ces hommes en armes. Pour qu'en fin de compte nous leur laissions la somme de 2000 francs et que nous nous en allions.
La menace de «Ablo» était sérieuse et au sortir de ce voyage, riche en tourisme, il faut relever que la paix est encore trop fragile dans l’autre Côte d’Ivoire.
Une paix qui balance aux rythmes des humeurs des anciens rebelles qui sont devenues (trop) changeantes ces derniers temps.
Les hommes en armes postés aux différents barrages jurent que c’est eux qui maîtrisent la situation. Mais dans cette atmosphère, les populations ne se sentent plus en sécurité.
Il y a ceux qui sont restés dans les zones du centre et du nord pendant les cinq années de guerre. Ces populations voyaient en l’accord de Ouaga l’espoir d’un retour à la normale. Elles qui ont tellement souffert. «Aujourd’hui, c’est la désillusion !», confesse Seydou O. «Chaque fois que les soldats des Fn se révoltent, nous avons le sentiment que la flamme de la paix est en train de mourir à petit feu», poursuit cet étudiant en faculté de sciences juridiques à l’université de Bouaké.
La peur est encore plus grande chez ceux qui ont été redéployés ou ramenés. Ce sont les fonctionnaires de l’Etat, mais également ceux qui avaient fuit les combats et dont le ministère de la Réconciliation nationale (et des Relations avec les institutions) a favorisé le retour. «Nous avons accepté de revenir ici parce qu’on nous avait garanti que le calme serait revenu. Mais de plus en plus nous avons peur. Est ce que nous ne devions pas attendre le désarmement total des anciens combattants rebelles avant de revenir ?», se demande encore Faustin N, employé dans une banque de Bouaké qui a ouvert ses portes récemment.
Plusieurs d’entre les habitants de Bouaké font de plus en plus l’amer constat que «les chefs des Fn ne contrôlent plus rien». «Ici c’est nous qui tenons la ville», lance fièrement un des ex-rebelles. «Les autres eux, ils sont assis dans les bureaux et dorment dans des maisons luxueuses à Abidjan (…) Ils ne savent pas ce que nous vivons comme problèmes ici», reproche en colère un garde au "poste de Niakaramadougou" (ville situé à une centaine de kilomètres au nord de Bouaké).
Et les «réclamations musclées» de ces derniers jours à Bouaké en sont peut être la confirmation.
Les zones du centre et du Nord ressemblent en réalité à des territoires sans lois véritables. Tout semble être dirigé et géré par les biais militaires des Forces nouvelles «qui règne en maitre absolus dans la zone».

En somme, je crois qu’aujourd’hui la paix est à la merci des anciens rebelles (encore en arme) qui obéissent de moins en moins à leurs mentors. Il peuvent la défaire à tout moment.
Si de "notre côté", nous avons l’impression qu’il y a un air de paix qui plane, ce n’est pas tellement le cas de l’autre côté. Car en réalité, la partition du pays en deux est toujours effective et les ex-rebelles n’ont toujours pas désarmé. Loin de moi l’idée d’être pessimiste, mais parler de paix (durable) dans cette ambiance c’est se voiler la face.

Commentaires

C'est un très bon reportage Yoro car vous avez pu nous donner la traduction en images de la réalité des zones"rebelles" et aussi un témoignage beaucoup plus crédible du vécu là-bas.

Cette situation de mécontentement des "soldats" rebelles n'est que la conséquence de l'accord de Ouaga et des limites opérationnelles inhérentes à son application, notamment la question du financement du programme DDR qui n'a pas été réglée véritablement lors de la signature de cette énième farce ouagalaise..

Voila, il ne faut pas en vouloir à ces "soldats" qui, au départ dans une logique, à mon avis, barbare et violente de guerre et de revendication par les armes ont été finalement convaincus de la voie du dialogue et,aujourd'ui, se retrouvent malheureusement confrontés aux défauts de financement des opérations de DDR, à savoir dans ce cas précis, leurs primes de .... je ne sais quoi.

Voila où le "Nègre" me fait à chaque fois sourire... au lieu de se pencher sur l'aspect opérationnel des accords signés et vantés à coup de gueule excessivement vantarde ( la guerre est finie, la guerre est finie, la guerre est finie.... comme s'il voulait se convainque lui-même de ce qu'il ne veut pas),.
Aussi préfère-t-on dépenser de l'argent(des milliards) dans des NÈGRERIES du genre flamme de la paix, et on "BIS" même l'évènement pour encore célébrer ce qui n'est qu' apparemment un mirage , une farce, une illusion vu la réaction actuelle des rebelles mécontents de l'oubli financier dont ils sont victimes.

Par ailleurs, on engage des travailleurs ivoiriens avec la promesse de toutes les garanties dans une zone encore sur des braises latentes risquant ainsi leurs vies quotidiennement dans cette zone.

Au fond, Qui est habilité au paiement des sommes exigées par rebelles excités et mécontents ??
ça c'est une question à poser aux (ex) belligérants .

Écrit par : Krathos | 21 août 2008

@ Yoro,
Pour ma part, je pense que la paix a toujours été conditionnée par le bon vouloir des rebelles compte tenu des énormes sacrifices (et humiliations) consentis par les ivoiriens tout au long de cette crise.

Merci pour ce témoignage qui démontre tout de même que la situation sur le terrain a sensiblement évolué puisque tu nous es revenu saint et sauf

Écrit par : Djé | 21 août 2008

lol, j'en suis revenu tout à fait en bonne santé. Merci.
Mais surtout inquiet pour le processus de paix.
Parce vu d'ici (Abidjan) je n'imaginais pas que la situation était aussi précaire (du point de vue de la santé et de l'éducation et même de la vie quotidienne) en zones dites ex-assiégées. Je ne pensais pas non plus que la paix ne tenait qu'à un fil la-bas.
Il est important que Guillaume Soro, le mentor de la rébellion mette les choses en ordre pour éviter de nouveaux embrasement de ce côté du pays.

Écrit par : yoro | 21 août 2008

Une leçon : la guerre commence vite... mais finit lentement... très lentement...

Écrit par : Théo | 21 août 2008

...avec la gabegie qui va avec...

Écrit par : Djé | 21 août 2008

......une gabégie à double sens......bizarre alors qu'il y ait similitude entre rebelleion et refondation.
C'est Mamadou qui avait raison : REBFONDATION.

Écrit par : Krathos | 22 août 2008

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