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18 juillet 2008

Une ballade édifiante à Abidjan

Je me suis dit que la journée du jeudi serait un peu différente de celles qu’on connait depuis le lundi dernier, début des mouvements de grèves des transporteurs – relayés par les travailleurs.
La montre accrochée à mon bras affiche 10 heures et demie. Je suis arrêté à la gare des «Wôrô wôrôs» (taxis communaux) depuis plus d’un quart d’heure. Aucun véhicule à l’horizon.
Quelques minutes plus tard, je décide d’effectuer presqu’un kilomètre (à pied) pour sortir de mon quartier et rejoindre l’arrêt de bus le plus proche.
Une fois là-bas, je suis soulagé de trouver un «78» (ralliant mon quartier à la commune populaire d’Adjamé) prêt à embarquer.

Au fil des distances que nous effectuons, le bus se remplit de plus en plus. Bientôt, l’engin qui était calme, aéré, silencieux et confortable se transforme en un four ambulant avec à son bord des passagers bavards au nombre desquels on retrouve de nombreux nouveaux bacheliers. (Je vous épargne les détails de cette atmosphère à la fois malodorante, asphyxiante et bruyante).
Je dois me rendre aux 2 plateaux alors je décide de descendre au niveau du célèbre carrefour de la vie.

...

Depuis quelques minutes, le bus roule sur le «boulevard Mitterrand» (qui joint la commune de Bingerville à la Riviera). Nous stationnons à un feu quand j’aperçois au prochain arrêt, une foule immense de personnes qui prennent position pour se battre et essayer de monter à bord du bus de la Sotra (Société de transport Abidjanais).
Je décide alors de descendre et de quitter le gros véhicule pour une vie plus agréable… à terre. Je me fraie ainsi un chemin entre ces "guerriers" qui tiennent coûte que coûte à ne pas rater ce «goule» (jargon abidjanais pour désigner un bus de la sotra).
Le soleil, tout en se cachant derrière quelques nuages, brille de quelques éclats. En fronçant les sourcils, je regarde soulagé, le bus s’éloigner. Il roule lentement, tellement il est bondé de monde.
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Quelques secondes seulement après que le mastodonte se soit éloigné du rond point où je suis descendu, je reçois quelques gouttes d’eau sur le front et sur le bras. Avant même que je m’en rende compte, une forte pluie m’oblige à chercher un abri près d’un guichet automatique d’une banque. A ce niveau, le vigile de service me demande de m’éloigner par mesure de prudence. «Monsieur s’il vous plaît, vous ne pouvez pas rester ici. Allez-y un peu plus loin», me demande t-il poliment.
J’exécute aussitôt certainement intimidé par l’arme impressionnante qu’il utile pour m’indiquer l’endroit où je dois "m’installer".
La pluie quand à elle, continu de tomber obligeant hommes, femmes et enfants à courir dans tous les sens à la recherche d’un abri…sûr.

Après quelques éclaircies et quelques coups de tonnerre, la pluie fait place au soleil à la satisfaction de tous.
Je me résous à emprunter un des rares «Wôrô wôrôs» encore en circulation pour atteindre le prochain quartier. Sans grande difficulté donc j’atteins la Riviera 2.
Le spectacle est digne d’un cimetière. «La gare est vide !», constatent mes yeux.
Et quand sentant mon désespoir le chauffeur m’annonce qu’il va un quartier plus loin, je lui lance un large sourire pour lui signifier que je serai très enchanté qu’il m’y emmène.

Une fois arrivé à «Attoban», le conducteur à son tour me sourit en me réclamant les frais de transport: «ça fait 400 francs chef», lance t-il pour une distance où (avant la hausse des prix) j’aurais payé 250 francs. Sans discuter je lui donne son argent.

A Attoban, j’étais loin d’imaginer que l’attente d'un véhicule pour me rendre au 2 plateaux allait être si longue et sembler éternelle.
Après 1 heure et demie à guetter des yeux un taxi communal, je me rends à l’évidence que cette fois (et surtout dans ce quartier-ci), la grève est bien suivie.
Alors petits pas après petits pas, je commence à prendre le chemin qui me mènera là où je vais. (C’est à 5 kilomètres environ).
Et quand la pluie s’en mêle, je suis un peu plus en colère.
Dans mon cœur, plaintes et complaintes se succèdent au rythme et à la cadence du soleil et de la pluie qui se relaient sur mon chemin.
Au bout d’une heure environ de marche – tantôt lente à cause de la chaleur, tantôt rapide du fait de la pluie – j’arrive enfin à bon port.

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Le retour est moins douloureux et plus confortable. Après un premier «90» qui me descend à Cocody-centre, j'emprunte un autre bus venant du Plateaux (centre administratif et des affaires) et qui se rend dans mon quartier. L’ambiance est plutôt bonne à l’intérieur du «Tata» (nom de la marque du bus) et l’air circule parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde.
e2ae035c1d64c29f9e6a8fa217831daf.jpgEn chemin, j’observe quelques réverbères qui s’allument et qui annoncent la tombée de la nuit. Le bus stationne une quinzaine de minutes plus tard de là où je suis parti le matin. Il me reste juste 1 kilomètre à faire, mais je suis rassuré : «Je ne suis plus loin de chez moi !».

Commentaires

Enfin, une sensation beaucoup plus "physique" de l'opération "ville morte" ...
Au delà des barricades et autres actions de violence, l'esprit du mécontentement populaire fut expérimenté par notre cher Yoro ...
Chapeau pour ce reportage "vivant" !!!

Écrit par : Krathos | 18 juillet 2008

Salut l'ami
Beau blog que le tiens et l'article est agréable à lire. Je suivrai ton actualité sur blogasty
Amitié
Thierry

Écrit par : Thierry Benquey | 20 juillet 2008

Intéressant! Comme d'habitude...

Écrit par : Paul & Mick | 14 août 2008

Les commentaires sont fermés.