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03 juillet 2008

Le cacao dans la crise ivoirienne

A l'heure du "coup de balais" dans la filière du cacao, je vous propose de lire cette interview de Bruno Losch, économiste au CIRAD.
Il est l’auteur de nombreux travaux sur l’économie politique ivoirienne et a coordonné une étude pour le ministère français des Affaires étrangères sur l’impact de la libéralisation de l’économie ivoirienne.

Il y a donc remplacement du régime néo-mercantiliste, au centre duquel on trouvait la Caisse de stabilisation, par un oligopole privé étranger. Quel est le lien entre le déclin du capitalisme ivoirien et l’exacerbation du nationalisme économique qui s’exprime à travers des attaques contre Bouygues ou Bolloré, et va de pair avec un certain nationalisme politique qu’incarnent un courant du parti de Gbagbo et les « jeunes patriotes » ?

Curieusement, ces réactions nationalistes s’expriment surtout vis-à-vis des firmes françaises, alors même que les grands exportateurs de cacao sont américains ou européens (franco-alémano-suisse dans le cas de Barry-Callebaut). La prise de conscience, dans le secteur cacaoyer, du pouvoir considérable de ces grands exportateurs s’est traduite par la volonté des autorités politiques de mettre en place des institutions de « gouvernance » privée pour tenter de leur faire contrepoids. Mais, paradoxalement, ce ne sont jamais ces firmes qui sont montrées du doigt quand on veut mettre en avant la domination étrangère : ce sont systématiquement les entreprises françaises, et principalement Bouygues et Bolloré. Je manque d’éléments pour affirmer que cette dénonciation s’explique par le fait que ces deux entreprises ont bénéficié de privatisations quand Ouattara était Premier ministre. Mais le constat est troublant. À l’époque, déjà, une grande campagne avait été orchestrée contre la libéralisation à outrance (instrumentalisée par Bédié) et la privatisation au pas de charge de l’eau et de l’électricité au profit de Bouygues. Cette entreprise était alors devenue l’épouvantail, symbole à la fois d’une perte de contrôle national sur les services de base et d’un bradage par quelqu’un de clairement identifié sur l’échiquier politique. De même, Bolloré avait largement accru son contrôle dans le domaine des transports, puis dans les plantations industrielles. Ce sont les premières privatisations, très visibles ; on en a beaucoup parlé, car c’était un phénomène nouveau en Côte d’Ivoire à l’époque. Les recompositions du secteur du cacao, en revanche, ont été d’une telle complexité qu’elles ont été plus difficiles à saisir. La presse locale n’a jamais sérieusement investi ce sujet. Enoutre, dans les années 1990, tout ce qui s’est joué autour de Bakou et de SIFCA était tellement politique que, finalement, on en parlait relativement peu. Il était très facile pour Bédié de faire parler sur Bouygues, car « Bouygues, c’était Ouattara ». La crispation nationaliste utilise aujourd’hui le bradage de l’économie nationale, mais, curieusement, on ne cite pas le secteur stratégique de l’économie ivoirienne : celui du cacao.


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