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08 juin 2008

Le script de l'interview de Gbagbo sur France 24

M. Ulysse GOSSET.-
Bienvenue sur France 24 pour cette nouvelle édition du Talk de Paris. Cette émission est enregistrée à Abidjan, en Côte d’Ivoire, sur les bords de la lagune, Abidjan, capitale économique d’un pays en crise depuis plusieurs années : tentatives de coup d’Etat, guerre civile et, l’an dernier, une volonté de réconciliation et, peut-être, le chemin de la paix.
Notre invité, justement, est le Président de la République de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, ancien professeur d'histoire, ancien syndicaliste, militant de l’opposition, devenu Président en l'an 2000. Il est, toujours aujourd'hui, à la tête de la Côte d’Ivoire.


Bonjour, Monsieur le Président.

M. Laurent Gbagbo
.- Bonjour.

M. Ulysse GOSSET.-
Merci de nous accueillir dans votre résidence de Cocody. Est-ce que, cette fois, c'est la bonne ? Est-ce que la Côte d’Ivoire est vraiment engagée, réengagée, sur le chemin de la stabilité et de la paix ?

M. Laurent Gbagbo
.- Oui, en tout cas, nous allons réussir cette sortie de crise. Nous allons la réussir car, cette fois-ci, c'est une proposition qui émane des Ivoiriens eux-mêmes. Ce n'est pas une proposition qui leur est imposée de l’extérieur ; elle vient d'eux-mêmes. Elle a été concoctée par le chef d'Etat, a été acceptée par la rébellion, a été soutenue par les autres partis politiques, par les autres forces politiques, et est encadrée par la CDAO et l'Union africaine et, ensuite, par l'ONU.

M. Ulysse GOSSET.-

Vous pensez que, cette fois, nous sommes sur la bonne voie et que l’on va retrouver cette image que l’on avait de la Côte d’Ivoire, qui était un pays stable, un des grands pays africains de l'Afrique de l'Ouest ?

M. Laurent Gbagbo
.- Oui, nous construisons notre stabilité comme ça. Tous les pays du monde, tous les pays stables, tous les grands pays connaissent d'abord une période de crise. Cela permet aux citoyens de se construire une pensée commune, de construire une Nation. Je crois que, cette fois-ci, on est partis pour sortir de la crise. Ça va aller.

M. Ulysse GOSSET.-
Vous ne redoutez pas une nouvelle guerre civile ?

M. Laurent Gbagbo
.- Non. Il n'y aura pas de vraie guerre civile en Côte d’Ivoire. On a eu une guerre - comment appelle-t-on cela ?... – qui, si je veux utiliser une expression française, est une « drôle de guerre ». Ce sont les Français qui ont lancé cette expression lors de la Première Guerre mondiale.
C'est une drôle de guerre. Au mois de mars 2003, il n'y avait plus de guerre, en réalité. Depuis mars 2003 jusqu'à aujourd'hui, ce sont les tentatives de règlements qui nous ont compliqué la vie, pas la guerre. Cette dernière a duré deux, trois, quatre mois. Ce sont les tentatives de règlements.

M. Ulysse GOSSET.-
Il y a quand même des gens qui vous en veulent, qui veulent même vous éliminer. On a vu, à Paris, un procès, notamment celui d’Ibrahim Coulibaly qui vient d'être condamné, en son absence, à quatre ans de prison ferme pour mercenariat. Il a voulu vous renverser et même vous assassiner.
Que pensez-vous de ce verdict rendu à Paris ?

M. Laurent Gbagbo
.- J'avais presque déjà oublié ce procès. Quand on est chef d'Etat, ce n'est pas pour avoir peur pour sa vie. Je ne pouvais pas accepter que des gens veuillent prendre le pouvoir par les armes. Que ce soit en 1999, en 2002, ou lors de cette tentative de « pieds nickelés », je ne peux pas accepter cela ! Mon rôle est de lutter contre cette manière de chercher à prendre le pouvoir. Il a été condamné et c'est une bonne chose.
Le plus important, c'est que tous les pays qui prônent la démocratie devraient suivre cet exemple. C’est parce qu’on ne s’est pas mis dans la peau du démocrate pour défendre un régime démocratiquement installé dès le départ que cette crise a perduré. Dès que les mêmes qu’Ibrahim Coulibaly ont attaqué la Côte d’Ivoire au mois de septembre 2002, j'ai demandé à la France un accord de défense. C'est parce qu'elle n'a pas accepté, parce qu'elle ne l'a pas fait, que le conflit a perduré.
Aujourd'hui, je suis heureux qu'elle se rachète, qu’elle se rattrape. Il faut que, désormais, nous prenions nos précautions nous-mêmes davantage et que nous veillions à être capables de nous défendre nous-mêmes. Il faut que tous les pays démocratiques se donnent la main.

M. Ulysse GOSSET.-
Est-ce que ce verdict, cette histoire lamentable, effectivement, de tentative de coup d'Etat contre vous en 2003 est un vestige du passé, de ce passé que l’Afrique ne veut plus connaître ?

M. Laurent Gbagbo
.- J'espère ! Pour moi, l'Afrique doit se sortir de là. Je veux dire que nous, les Africains, au moins, nous avons davantage besoin des élections démocratiques que les autres parties du monde. Vous comprenez ?
Car l'essentiel, chez vous, est déjà fait, c'est-à-dire l'électricité, l'eau courante, les écoles. On ferme même des écoles chez vous car il n’y a pas assez d’enfants. Dans certaines communes, on ferme des maternités, parce qu’il n’y a pas assez d'accouchements.
Chez nous, tout est à faire et il n'y a donc pas de temps à perdre.
Deuxièmement, nous sommes encore des Etats avec une multiplicité de peuples telle que la démocratie est vraiment la seule garantie pour que tous ces peuples-là vivent sous une même loi et un même mode de transmission du pouvoir. Sinon, pour la transmission du pouvoir, qui prend-on avec tous ces peuples que nous avons ?

M. Ulysse GOSSET.-
Ce ne sera pas facile.

M. Laurent Gbagbo
.- Ce n'est pas facile ! Donc, le fait d'avoir la démocratie comme axe de réflexion et d'action est une garantie de survie. C'est pourquoi je dis que l'Afrique a besoin de démocratie plus que les autres.

M. Ulysse GOSSET.-
Vous, en Côte d’Ivoire, allez accepter la démocratie jusqu'au bout ?

M. Laurent Gbagbo
.- J'ai payé pour que la démocratie soit au pouvoir. N'oubliez pas que, de 1959 à 1990, nous vivions sous le régime du parti unique…

M. Ulysse GOSSET.-
Vous accepteriez le verdict des urnes ?

M. Laurent Gbagbo
.- Attendez ! Attendez…
Mon passé plaide pour moi ! Je n'aime pas que les gens passent rapidement sur ce passé-là. C'est moi qui ai lutté pour la démocratie ; c'est moi qui ai fait de la prison… Des prisons… J'ai fait au moins quatre fois de la prison pour que nous ayons de nouveau une démocratie. C'est moi qui ai été en exil pendant six ans et demi à Paris sans famille, sans travail, sans salaire, chez des amis. Le résultat de tout cela, c'est que nous avons eu le multipartisme que j'essaie de transformer aujourd'hui en démocratie.
Donc, il ne faut pas les gens croient que Gbagbo est un premier venu. Je ne viens pas d’arriver ! Je suis là, et c'est moi qui ai ramené la démocratie par mon combat quotidien. Il faut que cela se sache !

M. Ulysse GOSSET.- .
Justement, je vous propose de revenir, comme le veut notre émission, sur votre parcours personnel en regardant ce portrait réalisé par l’une des journalistes de France 24, Karina Chabour.
(Diffusion du portrait)

M. Ulysse GOSSET.-
Monsieur le Président, vous êtes une forme de survivant, car vous êtes toujours là ! Votre mandat s'achevait théoriquement en 2005. Vous êtes toujours chef de l’Etat. Vous êtes là pour longtemps ?

M. Laurent Gbagbo
.- J'espère que je suis là pour longtemps ! Je ne suis pas un survivant. Je suis dans un mandat constitutionnel.
Que dit la constitution car, sur ce point, les gens font des amalgames et brodent mal ?
Ce n'est pas moi qui ai fait la constitution ni qui en ai choisi les termes.
Premièrement, la constitution dit que l’on est élu pour cinq ans et que le mandat s'achève quand le suivant a prêté serment. Il n’y a pas de suivant…
Deuxièmement, la constitution dit qu'en cas de trouble et en cas de division du pays rendant la tenue des élections impossibles, le Président de la République parle avec le Président du Conseil constitutionnel, s'adresse à la Nation et reste au pouvoir jusqu'à ce que les conditions soient réunies pour d'autres élections.
C’est donc constitutionnel. Je ne suis pas là par un arrangement quelconque, mais par la constitution. Si, un jour, je dois céder mon fauteuil, je le ferais par la constitution.

M. Ulysse GOSSET.-
Est-ce que les conditions sont réunies cette année, en 2008, pour organiser ces fameuses élections présidentielles ?

M. Laurent Gbagbo
.- Ah oui ! Cette année, les conditions sont réunies. C'est pourquoi la Commission électorale indépendante a transmis au gouvernement une date possible pour l’organisation des élections. J’ai rendu cette date d’élection en prenant un décret pour la confirmer. C'est le 30 novembre 2008.

M. Ulysse GOSSET.-
Vous allez tenir ce délai ?

M. Laurent Gbagbo
.- Tout est bien parti pour le tenir. Aujourd'hui, en tout cas, au niveau du Président de la République et du gouvernement, nous avons fait tout ce que nous avions à faire pour que les élections se tiennent au mois de novembre.

M. Ulysse GOSSET.-
Vous ne me dites pas qu’elles auront bien lieu ? Vous dites que tout est fait pour que…

M. Laurent Gbagbo
.- Oui, je dis que tout est fait pour qu’elles aient lieu.

M. Ulysse GOSSET.-
Mais auront-elles lieu le 30 novembre 2008 ?

M. Laurent Gbagbo
.- Je l'espère. Je souhaite même qu'elles aient lieu avant. Si je peux être amené à prendre un autre décret pour fixer une date avant, je le ferais volontiers. De fait, Monsieur Ulysse Gosset, il n'est pas bon qu'un pays du tiers-monde reste comme ça avec un gouvernement de compromis où on est obligé de choisir ceux-ci parce qu'ils sont de tel parti, ceux-là… Ce n'est pas bon.

M. Ulysse GOSSET.-
Aurez-vous le temps, par exemple, d’identifier tout le monde ? Les listes électorales seront-elles prêtes ? Le recensement est un travail énorme et il reste quelques mois seulement.

M. Laurent Gbagbo
.- Oui.

M. Ulysse GOSSET.-
Vous aurez le temps.

M. Laurent Gbagbo
.- On a organisé les élections de l’an 2000 en dix mois seulement. Là, cela fait plus de dix mois…
Non, je crois qu'aujourd'hui, à moins que ceux qui font les listes électorales me disent le contraire, ce qui n’est pas le cas, les délais seront tenus. Je souhaite qu’ils le soient pour que l’on sorte d’une situation hybride et qui n'arrange personne, en tout cas pas l'économie de la Côte d’Ivoire.
Il faut un gouvernement homogène. Par conséquent, il faut un Président dont le mandat est légitime ou relégitimé et qu'il forme autour de lui un gouvernement homogène. Avec ce gouvernement homogène, on peut aller très loin et très vite.

M. Ulysse GOSSET.-
L'heure est-elle venue pour dire que vous êtes candidat ? Etes-vous candidat à votre réélection ?

M. Laurent Gbagbo
.- Vous, les Français, je voudrais vous rappeler qu'en 1988, François Mitterrand a annoncé sa candidature très tard. Aujourd'hui, je comprends pourquoi.
Lorsque l’on est Président de la République, on a des tâches à accomplir qui regardent tout le monde, qui sont des tâches pour le pays. Il y a des sommets où je dois aller, notamment en Egypte, à Rome pour la réunion de la FAO, etc. On a des choses à faire. Si on se jette vite dans la campagne, beaucoup d'actions que nous faisons sont frappées de suspicion.

M. Ulysse GOSSET.-
Mais nous sommes à six mois du scrutin. Est-ce que vous voulez être à nouveau Président ?

M. Laurent Gbagbo
.- Six mois, ce n'est pas trop. Je le dirai à un moment que je choisirai.

M. Ulysse GOSSET.-
Quand ?

M. Laurent Gbagbo
.- Ecoutez, je verrai ! Je choisirai le moment. Maintenant, c'est trop tôt.

M. Ulysse GOSSET.-
On sent tout de même bien que vous allez être candidat.

M. Laurent Gbagbo
.- Si vous le sentez, c'est bien.

M. Ulysse GOSSET.-
Ai-je tort ?

M. Laurent Gbagbo
.- Demandez à votre frère ! (Rires)

M. Ulysse GOSSET.-
Si vous êtes candidat, allez-vous respecter le scrutin des urnes ? Avez-vous envisagé d'être battu par exemple ?

M. Laurent Gbagbo
.- Lorsque l’on va aux élections, on peut gagner comme perdre. Si on envisage uniquement de perdre, on a tort, ce n’est pas la peine d’y aller. Si on envisage uniquement de gagner, on a tort aussi. Cela reste ouvert.
Je ferai tout pour que le sort me reste favorable si je suis candidat. En 1990, j'ai été candidat. Je n'ai pas été proclamé vainqueur, mais en fait, c'était moi le gagnant des élections.
En 2000… Là, d'ailleurs, dans votre vidéo, il y a eu une petite erreur car vous dites que j'ai gagné de peu, mais ce n’est pas le cas. En 2000, j'ai gagné avec 59 % des voix ! Si c’est gagné de peu…

M. Ulysse GOSSET.-
Posons la question autrement. Si vous étiez battu, accepteriez-vous de céder le pouvoir à celui qui aurait le plus de voix pour respecter la démocratie ? Est-ce que vous allez respecter le scrutin des urnes quel qu’il soit ?

M. Laurent Gbagbo
.- Oui, oui, oui, mais pourquoi je serais battu ? Pourquoi je serais battu ?

M. Ulysse GOSSET.-
La politique, parfois, est surprenante…

M. Laurent Gbagbo
.- Oui, il y a un cas qui m'intrigue depuis toujours : Londres. Pendant la deuxième guerre mondiale, Churchill… Je m’interroge souvent sur la vie de Churchill, car je n'ai pas compris comment et pourquoi il avait été battu à la sortie de la guerre, mais il a été battu. Pourtant, il était un grand résistant. Il s'est battu pour que son pays reste solide, que son pays ne soit pas attaqué par les Allemands. Il a été la fierté de toute l'Europe de l'Ouest et, pourtant, il a été battu. Donc on peut être battu aussi.

M. Ulysse GOSSET.-
Et vous ?

M. Laurent Gbagbo
.- J’ai dit : « Donc, on peut être battu aussi », mais c'est une hypothèse.

M. Ulysse GOSSET.-
On sent que vous allez être Président… Pardon ! Que vous allez être candidat…

M. Laurent Gbagbo
.- Que Dieu vous entende. (Rires)

M. Ulysse GOSSET.-
En tout cas, les élections fin 2008 ?

M. Laurent Gbagbo
.- Oui, fin 2008. Je crois que l’on ne pourrait plus accepter d'aller plus loin. On ne pourrait plus supporter d'aller plus loin. La Côte d’Ivoire est fatiguée de rester dans une situation hybride. Il faut sortir de cette situation hybride par une élection qui légitime quelqu'un, qui forme un gouvernement homogène. C'est l'objectif.

M. Ulysse GOSSET.-
Monsieur le Président, nous arrivons à la fin de la première partie de cette émission. Je vous propose de regarder ensemble le journal de France 24. Nous nous retrouvons dans quelques minutes.
A tout de suite.
(Diffusion du journal)


M. Ulysse GOSSET.-
.- Retour sur le plateau du "Talk de Paris", à Abidjan, en Côte d'Ivoire, avec notre invité, le Président de la république, Laurent Gbagbo.
Monsieur le Président, l'une des questions les plus importantes aujourd'hui est celle des relations avec la France. Vous vous êtes fâché avec Paris, avec Jacques Chirac. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy est au pouvoir. Il a prôné la rupture dans les relations entre la France et l'Afrique, comment vous vivez l'état des relations ? Est-on sur la voie de la normalisation ?

M. Laurent Gbagbo En tout cas, la rupture, pour la Côte d'Ivoire, ça marche. Les relations sont aujourd'hui bonnes, sont mille fois meilleures qu'au temps de Jacques Chirac, et je m'en réjouis. Je n'ai donc pas à me plaindre.

M. Ulysse GOSSET.-
.- Bernard Kouchner arrive, ici, dans quelques jours, pour vous rencontrer. Qu'allez-vous dire au ministre des Affaires étrangères ? Vous allez dire : "Reprenons un cours normal dans ces relations qui ont été très tendues" ?

M. Laurent Gbagbo
Je vais d'abord écouter ce qu'il va me dire. C'est lui qui arrive ici. Je vais donc écouter ce qu'il va me dire et je lui répondrai. Je crois dans ces relations entre la France et la Côte d'Ivoire, quelque chose a joué un rôle très important, c'est le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé au Cap. On ne le dit pas assez, mais depuis les années 1956/1959, c'est la préparation et la conception des accords de défense qui ont été signés en 1961 qui ont empoisonné la France car cela a créé la « Françafrique ».
Il y a eu une espèce de magma d'intérêts plus ou moins avoués, avouables. En coupant la base, c'est-à-dire en remettant en cause ces accords de défense-là, Nicolas Sarkozy ouvrait la voie à la normalisation de la France et des états africains.

M. Ulysse GOSSET.-
.- Nicolas Sarkozy dit que "la France ne doit plus être le gendarme de l'Afrique".

M. Laurent Gbagbo
Je suis à 150 % d'accord avec lui. Je suis vraiment d'accord. J'ai donné consigne à une petite délégation que nous avons faite pour rencontrer une petite délégation française pour discuter de ces choses-là, et je leur ai donné consigne d'appuyer cette déclaration, de faire en sorte que… Bien sûr, nous sortons de la crise mais, quand nous aurons fini, qu'il n'y ait plus de base militaire française ici selon ce qu'a dit Nicolas Sarkozy ici, et je pense qu'il a bien fait de le dire. Pour que les rapports soient plus sains, il est temps que les Africains eux-mêmes apprennent à se prendre en charge dans un certain nombre de domaines.

M. Ulysse Gosset .-
.- Cela veut dire que, s'il y avait une nouvelle tentative de coup d'état contre vous, si vous étiez toujours Président, la France ne pourrait plus venir vous aider ?

M. Laurent Gbagbo
Cela veut dire que, moi, je ne leur demanderais plus jamais de venir m'aider. Cela veut dire que je dois pouvoir, si je veux considérer mon pays comme un état souverain, être capable de ne plus leur demander de venir m'aider et de faire face. C'est ce que ça signifie.

M. Ulysse Gosset .-
.- Vous êtes pressé de retrouver de bonnes relations avec la France. Sarkozy fait un peu traîner et il ne vous a pas encore reçu. Souhaitez-vous être reçu en France ? Allez-vous l'inviter à venir en Côte d'Ivoire ?

M. Laurent Gbagbo
Ecoutez, pour moi, c'est du détail. Le plus important, c'est que Sarkozy ait fait le discours au Cap. C'est plus important que toutes les visites faites en France et plus important que toutes les villes que Sarkozy peut visiter en Côte d'Ivoire.

M. Ulysse Gosset .-
.- Vous souhaitez quand même le rencontrer ?

M. Laurent Gbagbo
Oui, deux êtres humains qui n'ont rien l'un contre l'autre ont envie de se rencontrer. Mais ce n'est pas le plus important dans les relations internationales aujourd'hui. Dans les relations entre la France et la Côte d'Ivoire, le plus important, c'est le fondamental. Or le fondamental, c'est laisser de côté ces vieilles rengaines du tutorat, de "grand frèrisme", ce que Aimé Césaire appelait avant le "fraternalisme", c'est de laisser ça de côté et d'avoir des rapports d'état à état, des rapports normaux, des rapports sains.
Dès l'instant où ça se fait, on n'a pas besoin de se rencontrer. J'ai de bons rapports avec la Russie, mais je n'ai jamais rencontré Poutine. Je ne l'ai jamais rencontré ! Cela ne m'empêche pas d'avoir de bons rapports avec lui.

M. Ulysse Gosset .-
.- Une des questions importantes, c'est le sort des Français qui étaient installés en Côte d'Ivoire, qui en sont partis à cause des événements. Ils se demandent s'ils peuvent revenir. Nous avons d'ailleurs, comme vous le savez dans cette émission, des questions viennent de téléspectateurs, de gens qui regardent le "Talk de Paris", je vous propose de regarder ensemble une question d'un Français qui a dû être rapatrié en France.

Dimitri PRIKHODIKO
Français rapatrié de CI, membre de l’ Adesci & membre Arci
« Votre Excellence M. le Président de la République de Cote d'ivoire....
Vous avez reçu tout dernièrement a Abidjan (le 21 mai 2008) l'Association des Entreprises Sinistrées de Côte d'Ivoire (Adesci) pour la distribution d'un fonds d'indemnisation d'un montant de six (6) millions d'euro, fonds disponible depuis 2006. Pourquoi une distribution aussi tardive de celui-ci?
Pourquoi ne pas avoir invité/associé à la rencontre du 21 mai 2008, les personnes physiques sinistrées, représentées par l'Association des Rapatriés de Cote d'Ivoire (Arci)? Attendez-vous que les victimes françaises qui ont perdu leurs biens personnels dans les événements de 2004, vous demandent solennellement "pardon" à l'instar des entrepreneurs français? A quand enfin l'indemnisation des français rapatriés de Côte d'Ivoire? »


M. Ulysse Gosset .-
.- Que répondez-vous à ce Français qui habite Paris ?

M. Laurent Gbagbo
Je vais lui répondre très sereinement, très tranquillement.
D'abord, je reçois ceux qui me demandent un rendez-vous. Je ne reçois pas les gens qui ne me demandent pas de rendez-vous. J'ai donc reçu les gens qui m'ont demandé un rendez-vous. Je les ai reçus et nous avons discuté. Moi, ils n'ont pas mis les paroles que j'ai prononcées dans ma bouche. Il faut que cela soit clair.
Deuxièmement, je ne me sens pas dans la peau d'un coupable. Quand il parle, en filigrane, on a l'impression que l'état de Côte d'Ivoire est coupable vis-à-vis de ceux qui sont partis. Non !
Il y a eu une guerre civile dans mon pays. L'état français, dirigé par Jacques Chirac, a pris des positions qui nous ont amenés à le suspecter légitimement. Bon !
Nous avons, dans une offensive militaire, décidé de rompre toutes les bases arrières de la rébellion. On nous a déclaré que ces bombardements ont fait des morts français.
Je m'incline encore devant les morts, mais j'ai dit qu'il fallait des enquêtes pour vérifier si ce sont nos bombardements qui ont coûté ces morts, et dans quelle situation, quelle condition. Ce n'est pas encore fait.

Là-dessus, l'armée française, présente en Côte d'Ivoire, est dirigée par le général Poncet. A-t-il reçu des ordres de Paris ou pas ? Je n'en sais plus rien aujourd'hui. Il se met à casser toutes nos flottes aériennes.

M. Ulysse Gosset .-
.- C'était une mesure de réaction de la France…

M. Laurent Gbagbo
Oui, oui. La réaction populaire dans la rue ne s'est pas fait attendre. Les Ivoiriens sont descendus dans la rue, outrés qu'une puissance étrangère vienne casser sa flottille militaire. Telles sont les conditions dans lesquelles, eux, ils ont certainement été agressés et sont partis.
Si on veut discuter des responsabilités, je suis prêt à le faire, mais de toutes les responsabilités. On ne peut pas dire : "Oui, ceux qui ont tout perdu", et jouer sur les sentiments. Le droit ne joue pas sur les sentiments mais sur les faits.

M. Ulysse Gosset .-
.- Vous, est-ce que vous seriez prêt à les indemniser personnellement en tant que chef de l’Etat ?
M. Laurent Gbagbo
Je fais ce qui est bien pour mon pays. En tant que chef d'état, je fais ce qui est bien pour mon pays. Il y a des entreprises, je pense qu'elles sont indispensables au bien-être de mon pays, donc je les aide.

M. Ulysse Gosset .-
.- Qu'est-ce que vous dites à tous les Français…

M. Laurent Gbagbo
Je leur dis que ce n'est parce que j'ai décidé d'indemniser les entreprises à se réinstaller, que je considère que j'ai tort dans l'affaire. Il faut que ce soit clair. Je ne considère pas du tout que j'ai tort, et je considère même, et je le demande depuis longtemps, qu'une enquête soit ouverte sur l'ensemble des éléments.
Certains députés français ont demandé une commission d'enquête française. Elle n'a pas eu lieu cette commission, elle n'a pas fonctionné.
Si aujourd'hui, je décide d'aider à ouvrir l'école française, si je décide vraiment d'aider certaines entreprises à s'installer, dans la mesure de mes moyens, c'est parce que c'est utile pour mon pays. Cela ne vaut pas acceptation d'une culpabilité quelconque.

M. Ulysse Gosset .-
.- Quel est message que vous adressez à ces Français expatriés, qui vivaient en Côte d'Ivoire, qui sont partis ? Vous leur dites : "Venez, c'est calme" ?

M. Laurent Gbagbo
Je dis : venez chez vous parce qu'à part ces quelques malheureux militaires français dont on nous a signalé la mort sur le front là-bas, et pour lesquels je demande une enquête qui n'a jamais pu avoir lieu, je demande qu'on élucide ça, aucun Français n'a été détroussé en Côte d'Ivoire, aucun Français n'a été pillé, aucun Français n'a été tué, chassé.

M. Ulysse Gosset .-
.- Il y a quand même eu de graves incidents. Des français ont été molestés et d’autres choses graves. Vous le savez bien…..

M. Laurent Gbagbo
Oui, mais je vous ai resitué le contexte, mais sur ça, je ne me sens pas coupable, pas du tout !

M. Ulysse Gosset .-
.- Pour l'avenir, vous leur dites : "Il est temps de revenir en Côte d'Ivoire" ?

M. Laurent Gbagbo
Voilà ! Il est temps de revenir chez vous. C'est pourquoi, Monsieur Gosset, je vous dis que les hommes qui font de la politique doivent être toujours sérieux et toujours responsables. En effet, chaque homme qui fait la politique est responsable des millions de vies, et les gens ne savent pas que les mots qu’ils prononcent, les phrases qu’ils prononcent peut amener à des débordements. Il faut que, de part et d'autre, nous soyons responsables.

M. Ulysse Gosset .-
.- Vous parlez d'enquêtes. Une affaire a empoisonné les relations entre la France et la Côte d'Ivoire, c'est celle de la disparition d'un ressortissant français, Guy-André Kieffer.

M. Laurent Gbagbo
Moi, cela n'empoisonne pas du tout ma vie.

M. Ulysse Gosset .-
.- Néanmoins, on ne sait pas comment il a disparu, qui est responsable de sa disparition. C'est un journaliste qui a travaillé de très nombreuses années en Côte d'Ivoire. Je vous propose d'écouter une question de son épouse.

M. Laurent Gbagbo
Oui, je la connais.

Question :
Osange SILOU-KIEFFER
Paris
Épouse du journaliste français
Guy-André Kieffer
« Bonsoir Monsieur le Président,
Je suis Osange Silou-Kieffer. Je suis l’épouse de Guy-André Kieffer, le journaliste disparu à Abidjan le 16 avril 2004. Le 8 mai 2004 quand vous nous avez reçus à la présidence vous m’aviez promis que vous feriez le nécessaire pour retrouver mon époux. Dernièrement, je vous ai entendu sur une antenne dire que le dossier Kieffer n’était plus votre priorité. Donc je suis en droit de déduire que vous avez retrouvé mon époux. Monsieur le Président, je vous demande où est Guy André Kieffer ? »


M. Laurent Gbagbo
Je vous remercie, mais cela n'empoisonne pas ma vie. Je ne considère pas que cela empoisonne les relations entre la France et la Côte d'Ivoire. J'ai vu les officiels français et on n'en a jamais parlé.

M. Ulysse Gosset .-
.- Le Président Sarkozy a dit que c'était une priorité pour l'état français de savoir ce qui s'était passé.

M. Laurent Gbagbo
Oui, mais il ne m'en a jamais parlé à moi, ni aucun de ses envoyés ne m'en a jamais parlé.
Je veux dire ceci : nous sommes dans les pays organisés, structurés, et même quand il y a une guerre civile, comme il y en a eu une ici, le chef de l'état est toujours responsable. Il veille donc à ce que les êtres humains qui vivent dans ce pays vivent selon des droits précis. Il y a eu beaucoup de disparus en Côte d'Ivoire durant cette guerre. Il y a eu beaucoup de disparus ivoiriens, guinéens, burkinabés et puis celui-là. Il y a eu même la mort d'un journaliste français, de RFI.

M. Ulysse Gosset .-
.- Jean Hélène.

M. Laurent Gbagbo
Oui, Jean Hélène. On a fait les recherches. Quand on a trouvé le coupable, on l'a mis à disposition de la justice. Il a été jugé et condamné. C'est terminé.
Guy-André Kieffer a disparu. Nous avons fait les recherches comme nous avons pu. Nous avons fait beaucoup de recherches. Je me suis investi, effectivement, dans ces recherches tout le temps que j'ai cru qu'il s'agissait d'une affaire de disparition d'homme, qu'il fallait donc le retrouver. Je me suis rendu compte, il y a quelque temps, que s'était brandi dans certains milieux comme un chiffon rouge devant le taureau que je se suis censé être politiquement.
Chaque fois que certaines personnes sont en difficulté, ils brandissent Guy-André Kieffer. Ce n'est plus mon affaire. Je pense que c'est totalement déplacé de jouer comme ça sur des sentiments… Moi, j'ai fait mon travail de chef d'état.

M. Ulysse Gosset .-
.- Ne serait-il quand même pas mieux que l'enquête avance et que le juge français en charge de cette affaire puisse travailler jusqu'au bout pour qu'on puisse avoir les résultats de l'enquête officielle et que la justice avance ?

M. Laurent Gbagbo
Je ne suis pas juge.

M. Ulysse Gosset .-
.- Seriez-vous d'accord ?

M. Laurent Gbagbo
Est-ce que, moi, je l'empêche de travailler ?
M. Ulysse Gosset
.- Je ne sais pas.

M. Laurent Gbagbo
Il entre en Côte d'Ivoire quand il veut, il sort quand il veut. J'apprends qu'il est sorti, entré. C'est son affaire. Ce n'est plus la mienne. Depuis que j'ai su que les gens essayaient de brandir cette affaire comme un chiffon rouge politique, cela ne me regarde pas.

M. Ulysse Gosset .-
.- Saura-t-on la vérité un jour ?

M. Laurent Gbagbo
Je n'en sais rien ! C'est au juge de dire la vérité, pas à moi. Je ne suis pas juge. C'est le juge français, Ramaël, qui est en charge de ce dossier. Je ne suis pas Français, je ne suis pas chef d'état français et je ne suis pas juge français.

M. Ulysse Gosset .-
.- De façon générale, ne redoutez-vous pas que certains contentieux entre la France et la Côte d'Ivoire ralentissent le processus de normalisation du rapprochement ?

M. Laurent Gbagbo
Sur le contentieux ? Qu'est-ce que vous appelez le contentieux entre la France et la Côte d'Ivoire ? Je n'en vois pas ! Parce que si un Ivoirien disparaît en France, que je me mets à accuser Nicolas Sarkozy de l'avoir enlevé, vous comprenez que le monde ne peut plus avancer.
Vous savez comme moi qu'il y a des tas et des tas de personnes qui disparaissent, même en Europe.

M. Ulysse Gosset .-
.- Je ne parlais pas de ça.

M. Laurent Gbagbo
Non. Moi, je vous le dis. Vous ne parlez pas de ça, mais moi j'en parle. Il y a beaucoup de disparitions. Les petites filles qui disparaissent en Europe, les jeunes gens, il y en a beaucoup ! Accuse-t-on les chefs d'Etat de les avoir fait disparaître ?
Pourquoi Guy-André Kieffer dont je ne vois d'ailleurs pas en quoi il me gênerait, pourquoi sa disparition, les gens brandissent le chiffon rouge pour faire comme si c'était moi qui l'avait fait disparaître ? Pourquoi ? Il est qui ?
Soyons sérieux. Si quelqu'un a disparu, laissons les juges, les policiers et les gendarmes faire leur travail. N'essayons pas de politiser des affaires qui sont toutes courantes dans notre métier de chef d'état. On voit ça plusieurs fois. Il ne faut pas chercher à politiser une affaire qui est ordinaire.

M. Ulysse Gosset .-
.- Je vous propose de changer de sujet et d'écouter une autre question qui nous fait revenir à la vie en Côte d'Ivoire, qui concerne la loi d'amnistie.
Ecoutons la question de cet internaute.

Louis KEUMAYOU
Paris
Président de l’Association de la Presse Panafricaine (APPA)
« Monsieur le Président,
Vous avez promulgué le 12 avril 2007 une loi d’amnistie couvrant la période allant de 2001 jusqu'à 2007 et concernant les atteintes à la fois à la défense et à l’intégrité du territoire ivoirien et certaines personnes estiment que cette loi protège les bourreaux qui ont commis des exactions sur le territoire ivoirien au détriment de leurs victimes. Est-ce que vous comprenez la position de ces gens ? »


M. Laurent Gbagbo
Je pense que ces personnes n'ont pas raison. En effet, on ne peut pas à la fois me féliciter d'avoir pris l'initiative du dialogue direct avec la rébellion et d'avoir mis fin à la guerre et d'avoir ouvert la voie à la préparation des élections, donc à la normalisation, et en même temps, me reprocher d'avoir pris une loi d'amnistie. Ces deux positions sont contradictoires.
Si on estime que j'ai bien fait d'ouvrir la voie à la période que nous vivons aujourd'hui, c'est-à-dire ouvrir la voie à une réconciliation générale, à une discussion directe entre les rebelles et le pouvoir, on ne peut pas, dans le même temps, me reprocher d'avoir pris cette loi d'amnistie. Je voudrais signaler qu'en Afrique, dans tous les pays où il y a eu la guerre civile, il y a eu ce genre de dialogue.
John Garang est devenu vice-président au Soudan avant de mourir. Jonas Malheiro Savimbi est devenu vice-président en Angola avant qu'il ne meurt, à la suite des lois d'amnistie. Le chef rebelle du Sierra Leone, Foday Sankoh, est devenu vice-président en Sierra Leone. Vous comprenez. C'est un schéma que je n'ai pas inventé, qui a eu cours dans beaucoup de pays africains, et dans lequel je me suis inscrit. On me dit que je courre au détriment des victimes. Ce n'est pas vrai. Il faut que les gens lisent. Celui qui a parlé là, c'est celui qui n'a pas lu.
Nous avons pris deux lois d'amnistie ; la première fois en 2003 et la deuxième fois en 2007.
Dans les deux lois d'amnistie, les crimes contre l'humanité et les crimes économiques ne sont pas mis ici. Quand on a toutes ces précisions, on ne peut pas poser la question qu'il a posée.

M. Ulysse Gosset .-
.- Je vous remercie d'avoir apporter cette réponse.
Pour terminer l'émission, une toute dernière question, et cela concerne la hausse des matières premières, l'envolée des prix. C'est très important pour d'autres pays tout comme pour l'Afrique.
Comment pensez-vous réagir à la situation ? Il y a le congrès de la FAO qui se tenait cette semaine à Rome. Comment faites-vous face à cette flambée des prix, aux émeutes de la faim, à l'inflation ? Avez-vous une recette pour sortir et alléger le fardeau qui pèse sur les gens qui ont faim ?

M. Laurent Gbagbo
Vous l'avez dit vous-même : le mal étant global, étant mondial, la réponse doit être mondiale.
Pour le moment, nous, nous nous battons. Chacun se bat dans son pays pour tenir la situation mais nous savons tous que la situation n'est pas tenable.

M. Ulysse Gosset .-
.- La Cote d'Ivoire est un pays producteur de cacao. N'y a-t-il pas des recettes pour faire différemment, et produire du riz par exemple ?

M. Laurent Gbagbo
Si ! J'ai toujours pensé et écrit, je m'excuse, il y a des livres que l'on peut lire, le péché de notre économie est originel. Quant à la fin du 19e siècle, on nous dit que le salut, c'est dans la position du café, puis du cacao, le mal commençait déjà. Le mal commençait parce que les terres les plus riches, les meilleures, étaient utilisées pour ça, et on a continué. Nous sommes premier producteur de cacao, et tu peux avoir l'argent du cacao et mourir de faim.

M. Ulysse Gosset .- Alors qu’est-ce qu’on fait en Cote d’Ivoire ?

M. Laurent Gbagbo
Il faut donc réinvestir dans les produits, se réinvestir au niveau de l'agriculteur dans les produits vivriers. Je suis en train d'étudier un plan pour relancer l'économie vivrière. J'espère que ça va marcher. Il y a, ici, dans cette salle, des personnes que j'ai chargées de réfléchir à ça pour moi. Il faut réinvestir.

Mieux vaut même être 4ème ou 5ème producteur de cacao et être 1er ou 2ème producteur de riz.
Ensuite, il y a eu le problème de l'urbanisation. De tous les écrivains francophones que j'ai lus, Jacques Attali est le seul à avoir écrit, au 20e siècle, qu'au 21e siècle, l'urbanisation de l'Afrique serait un danger parce que l'urbanisation est contre l'agriculture. Il y a beaucoup de terres cultivables, et nous le voyons aujourd'hui autour d'Abidjan. Toutes les terres utilisées pour l'agriculture autour d'Abidjan le sont aujourd'hui pour l'expansion de la ville. Il faut faire quelque chose, à notre petit niveau mais il y a des choses pour lesquelles nous ne pouvons pas faire grand-chose.
Quand j'ai été eu élu, le pétrole était à 30 dollars le baril et, aujourd'hui, il est à 135 dollars le baril, et bientôt à 150 dollars ! La Côte d'Ivoire seule ne peut pas faire grand-chose.
Sur ce thème-là, il faut une réponse mondiale. Quelle est-elle ? J'attends toujours.
Sur ce que nous pouvons faire, nous allons commencer à lancer très rapidement la production de cultures vivrières à grande échelle.

M. Ulysse Gosset .-
Monsieur le Président, merci d'avoir participé à cette émission du "Talk de Paris", enregistrée à Abidjan, en Côte d'Ivoire.
A très bientôt pour une nouvelle émission. Merci.
Je donne rendez-vous aux téléspectateurs pour une nouvelle émission.

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