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04 juin 2008

Et la pluie tomba…

Les chrétiens se souviennent (en ces saisons pluvieuses) de l’histoire de l’arche de Noé et de la destruction du monde.

Noé avait averti ses semblables qu’un déluge dévasterait la terre entière. Mais ceux-ci ne prirent pas en compte ce qui avait été annoncé et quand vint l’heure de la destruction, ils regrettèrent leur choix. Celui de refuser de construire (avec Noé) l’arche et de refuser d’y entrer.

44368c16b22f12950ea18ce2807b5142.jpgAu-delà des leçons spirituelles, retenons que l’endurcissement des autorités politiques et administratives d’Abidjan est semblable à celle des hommes du temps de Noé. Seulement qu'eux, ils ont des abris qui leurs servent de refuge en cas de ‘‘déluge’’. Et les victimes ce sont les riverains des quartiers à risque.
Chaque saison des pluies en Côte d’Ivoire arrive avec ses conséquences de morts et de «portés disparus». Chaque saison pluvieuse est un cauchemar pour les populations abidjanaises, surtout pour celles qui vivent dans les bidonvilles et autres quartiers précaires.
L’on a encore en mémoire ce drame de cette maison à Attécoubé (commune populaire d’Abidjan) qui a été engloutie sous la boue, et où un homme avait perdu six membres de sa famille (ses quatre enfants, sa femme et sa mère) lors d’un éboulement pendant une journée particulièrement pluvieuse. C’était en 2005.
L’on s’est offusqué de ce qu'aucune mesure n’avait été prise pour prévenir cela. La presse avait prévenu depuis longtemps qu’un drame pareil pourrait se produire. Mais les dirigeants ont fait la sourde oreille.
Néanmoins, depuis ce drame (qui n'est qu'un parmi tant d’autres) la presse ne cesse d’interpeller les autorités sur ce sujet, certaine que cette fois-ci, elle a les arguments solides…
La presse, comme Noé, crie à «tue-tête», pour que de nouvelles vies ne soit pas ôtées. Mais ceux-ci semblent ne pas entendre, rejetant la faute sur les riverains de ces quartiers qui «ne sont pas au bon endroit».
Les habitants des quartiers précaires pour la plupart disent ne pas savoir où aller et ne pas avoir suffisamment de moyens pour construire des habitations adéquates. L’on peut donc assister à des constructions à risque qui sont bien souvent facteurs de drame quand il pleut.
Les habitants de ces dits quartiers à leurs tours, accusent la mauvaise politique de l’Etat en matière de gestion de l’habitat.
Et l’Etat pour sa part répond que les six (longues) années de guerre ont vidé les caisses et qu’il n’y a pas suffisamment de moyens pour «recaser» tout ce monde.
Pourtant, lorsqu’un drame survient, plusieurs millions de francs (et autres soutiens) apparaissent pour «soulager les victimes» (encore en vie) de leurs douleurs.
J’ai récemment vu à la télévision un reportage sur la remise d’une maison à celui qui avait perdu toute sa famille.
Coût de l’opération immobilière : «un peu plus de 15 millions». 15 millions pour lui rappeler que l’Etat a de l’argent pour venir en aide aux sinistrés et non pour prévenir ce genre de fléaux.
Pourtant, les drames de ce genre même s’ils ne sont pas tous médiatisés, sont légions selon les communes et les quartiers.
Malgré tout cela, rien n’est fait pour prévenir d’éventuelles catastrophes.
Cependant, beaucoup a été fait pour «prendre en charges les funérailles des morts (…), s’occuper des blessés, donner des vêtements et de la nourriture» à ceux que le pluie a sinistré.
Et pour le voisin qui – grâce à Dieu – n’a pas subit de catastrophe, rien n’est fait. Il ne lui reste plus qu’à regretter que le ciel ne lui soit pas tombé dessus afin de bénéficier de l’assistance des mairies et ministères concernés.
Voilà quelques temps que la saison des pluies a repris ses quartiers dans la capitale économique. Les habitants des bas quartiers devront dormir l’œil ouvert et espérer qu’ils pourront (sur)vivre (grâce) à ces intempéries.
Parce que tant qu’il n’y aura pas de drame… rien ne sera fait.

Commentaires

Bitumisation à outrance et irréfléchie quand tu nous tiens: la photo a elle toute seule résume cette gabegie urbanistique. Très bonne analyse socio-politique.

Écrit par : Djé | 04 juin 2008

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