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26 mars 2008

Où est passée l’éthique ?

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Je vais partager avec vous un dialogue que j'ai lu ce matin dans le quotidien "Le Temps". Et c'est titré "Harcèlement des structures d’Etat sous tutelle - Comment les caisses de l’Etat sont pillées ?".
- Allo !
- Hum, mon petit
- Oui, monsieur le président
- La situation est trop tendue à mon niveau…
- Ah ?
- Mon bureau est envahi même.
- Président, laissons ça à demain, c`est compliqué !
- Han ?
- C`est compliqué, aujourd`hui.
- Non, non, non, il ne faut pas dire des choses comme ça. Lui même, il vient de m`appeler là…
- Oui, mais président, demain matin, on va faire…
- Houé pardon, faut pas faire ça.
- Bon, comme c`est comme ça, il faut appeler le DAF. Peut-être que si toi-même, tu l`appelles, il va savoir que je ne m`amuses pas.
- Ah ! ah ! ah !
- Il faut appeler le DAF.
- Non, non, écoute, le type, il nous fait entièrement confiance…
- Oui, oui. Il faut appeler le DAF. Il va savoir que je ne m`amuse pas. Je suis assis dans mon bureau comme ça. Je lui parle, il me dit que c`est compliqué…
- C`est combien son téléphone ?
- 02 03 71 20
- Vraiment, je ne peux pas, je lui ai dit qu`on peut avoir deux (2,5) cinq. Il a dit non, ce n`est pas suffisant, mais il faut que je fasse l`effort.
- Le DAF dit qu`il ne peut pas faire quelque chose, mais ce sera demain. Bon peut-être qu`il pense que je m`amuse. (Silence). Donc si toi-même…
- 0203…
- …71 20
- Bon je vais l`appeler. Je ne sais vraiment pas comment je vais faire, c`est pas amusement, hein.
- Oui, oui, président.
- A tout à l`heure.
Le lendemain, la conversation téléphonique entre les deux hommes reprend.- Allo !
- Oui, monsieur le président !
- Ah, il est 16h et quelques… et vraiment je suis inquiet.
- Non, non, non j`attends le DAF. Il m`a dit que les cinq millions (5 000 000 FCFA) étaient trop.
- Mais on aura combien, au moins ?
- Je ne sais pas, mais il dit qu`il va voir autour de deux millions (2 000 000 de FCFA).
- Ah là, ça ne peut pas aller…
- Non, je veux dire que… Je vais vous rappeler dans cinq minutes. Dès que je raccroche, je m`en vais le voir.
- Et si tu ne m`appelles pas ?
- Non, je vous rappelle tout à l`heure. Vous n`avez pas besoin de rappeler. Je vous rappelle.
- Ok ! A tout à l`heure.

N`ayant toujours pas trouvé de réponse à la requête du PCA, les deux responsables de la SONATT se rappellent.
- Allo !
- Allo !
- Oui !
- Monsieur le président ?
- Oui !
- Koné Harouna.
- Ah ! DG.
- Oui.
- Ça va ?
- Ouais, ça va un peu au niveau de la santé.
- (Rires) il ne faut pas me tuer comme ça (rires). Nouvelles ?
- Ah, je suis au regret de vous dire qu`aujourd`hui ça ne sera pas possible. Je suis avec le DAF, ce n`est pas possible.
- Non, non il ne faut pas faire ça.
- On n`a pas un copeck. On a des prêts qui vont être rejetés.
- Mais DG, il ne faut pas faire ça. Nous voyageons. Je voyage tout de suite. On devait voyager hier, je n`ai pas voyagé.
- Monsieur le président, si je peux même, je vais prendre crédit pour vous donner.
- Non, pardon, han ?
- Je vais vous passer le DAF, il va bien vous expliquer. Ne quittez pas.
- Bonjour, monsieur le président.
- Bonjour, nouvelles.
- Bêh, elles ne sont pas bonnes, hein. Elles ne sont pas bonnes, parce que quand on a fait la situation, heu, si on insiste, heu, heu, on va tous avoir honte. Or, ça ce n`est pas l`objectif.
- (Longue minute de silence). Bon, j`ai compris.
- Ok, bien merci.
Très embêté par le fait qu`il n`a pas encore réuni ce que son patron lui a demandé, le PCA rappelle encore son DG.
- Allo !
- Allo, mais ton téléphone là, c`est comment ?
-Ah, mon téléphone-là, ça y est là, ça marche un peu, un peu.
- Bonjour !
- Bonjour, monsieur le président !
- Ah, bon c`est ma diligence qui me fatigue.
- Heu, bon moi je viens d`arriver. Je vais aller au bureau du DAF. Je vous rappelle dans cinq (5) minutes.
- Vraiment, il faut me rappeler.
- Ouais, je vous rappelle.
- Je m`en vais vers l`Académie (Académie des sciences de la mer de Yopougon : ndlr), pour les mêmes problèmes. Donc vraiment heu, heu…essayez de me rappeler.
- Non c`est ici.
- Je vais vous appeler, à tout à l`heure.
- Oh, je m`étais trompé de route.
- Ah, vous vous êtes trompez de route.
- Bon à tout à l`heure.
- A tout à l`heure.


A la suite de cette rétranscription, il y a un commentaire qui s'intitule "Où est passé l'éthique?"
Je pense que cette question doit être adressée à ceux qui ont produit l'article. Au nom de quoi (si cette conversation est réelle) doit-on exposer la vie (avec le nom et le numéro de téléphone à l'appui) des individus aussi corrompus soient-ils ? Je trouve que là, ça manque franchement d'éthique "journalistique". Et ce genre d'atteinte à la vie privée de l'homme s'il entraîne des conséquences facheuses est sanctionné par le célèbre article 1382 du code civil ivoirien.

10:55 Publié dans Affairage | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sonatt, espion

Commentaires

Salut Yoro et merci pour ce post qui pose une question intéressante sur la limite à ne pas dépasser pour un journaliste, dans le contexte d'une république aussi corrompue que la nôtre.

Je pars ici du principe que les faits sont avérés. Dans le cas contraire, le journaliste en question devrait rendre son tablier sur le champ.
Si le dialogue est véridique, nous pourrions nous demander ce qu'aurait apporté un article général, vague, sans détails et spécificité. Ici, des noms peuvent être mis en face d'une des gangrène de notre pays. Si le journaliste garde l'information pour lui et la transmet à la police, la corruption continuera son chemin à la police.

Je n'ai pas encore pris parti. C'est difficile. Sans attaquer un peu, je crois que nous risquons de demeurer dans une forme de "statut quo ante". L'information doit être efficace.

Ce qui est malheureux c'est que le système semble tellement pourri que nous ne parviendrons qu'avec grande difficulté à un résultat positif. Triste.

Écrit par : poukoi | 26 mars 2008

Poukoi, t'as raison le journaliste doit dire la vérité afin de donner l'information juste. Mais que fait-on de la dignité humaine. Je suis pour qu'on dénonce une société pourrie.Mais aussi pourrie soit-elle les individus qui participent à cette détérioration des valeurs sociales sont avant tout des hommes qui ont des familles. Ce que je dis c'est qu'en exposant la vie des gens comme de la sorte ce n'est pas tellement nécessaire. En plus qu'elle était l'opportunité de la publication d'un tel dialogue. Si ce n'est pour un règlemenent de compte? Comment ont-ils enregistrer cette conversation? Certainement à l'insu des interlocuteurs. C'est vrai il faut dénoncer (et même indexer) ceux qui salissent et pourrissent nos vies, mais il faut trouver la bonne manière qui va les emmener à réfléchir (et à changer espérons-le)mais en sauvegardant leurs dignités humaines et celles de ceux des leurs.

Écrit par : Yoro | 27 mars 2008

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