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29 janvier 2008

Le Nouchi et nous

702bd9ae12c66214fe718f07e2a32e9a.jpgLoin d'être un langage vulgaire et un assemblage d'expressions "d'hommes-bon-à-rien", le nouchi est un véritable argot, propre à la Côte d'Ivoire.
Ce langage dont on retrouve certains mots dans des dictionnaires de langue française, évolue avec le temps et les circonstances. Et de plus, il est en train de s'imposer comme la «langue nationale» du pays au point où l'on se demande s'il ne faudrait pas l'intégrer dans l'enseignement.

Le Nouchi est né en Côte d'Ivoire et s'est inspiré de toutes les influences que subit le pays, carrefour de l'Afrique de l'Ouest. Ce langage est la transformation du français au contact de l'Afrique pour mieux traduire les réalités du quotidien.

Il est vrai qu'il y a des situations que la langue française n'arrive pas à traduire ou traduit mal.
Par exemple, lorsque énervée, une personne estime que ce qu'elle a fait (de mal), elle l'a bien fait et qu'elle recommencera, la langue officielle ne donne pas d'expression qui puisse le traduire clairement. Alors, cette personne dira «j'ai djin, j'ai loupé (lèpè) ou j'ai gô !».
Facilement repérables, les phrases seront privées de leurs articles et des adverbes du type «là» viendront ponctuer les fins de phrase. Un «Faut laisser affaire-là» fusera pour demander à quelqu'un d'accorder son pardon au regard d'un tort qui lui aura été fait.

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Au-delà du langage imagé, il est aussi question de traduire la sagesse de l'homme de la rue qui s'inspire de son quotidien. Pour exprimer le fait qu'à Abidjan, le «système D» prévaut, on affirmera : «Abidjan, c'est technique !». Pour exprimer également que quelqu'un parle dans le vide (pour ne rien dire) on emploiera «c'est discours, c'est hobahoba».
40d16815fcb9a869f95ac3e623b4cab5.jpgLe Nouchi, tout en s'inspirant du français, magnifie aussi nos langues africaines (le Baoulé, le Dioula ou le bété) qui ont besoin d'être promues parce que de plus en plus délaissées par la jeunesse.
"Awoulaba" est un terme tiré du Baoulé qui désigne la plantureuse femme africaine. Exemple tiré d'une chanson populaire : " Bôtchô, awoulaba. Qui n'aime pas ça ? " (Une paire de fesses, une jolie nana... Qui n'aime pas ça ?). «Ya (nan de) Foyi» (en Dioula), «ya likéfi» (en Baoulé) pour signifier qu'il n'y rien ou que rien n'arrivera.

Le Nouchi est aussi un langage de jeunes. Parler Nouchi traduit le fait qu'on est " branché ". Pour illustration, un étudiant évoluant en dehors de la Côte d'Ivoire pendant l'année scolaire s'attachera à se renseigner sur les dernières expressions à la mode pour ne pas se faire traiter de "gaou". Un mot qui a d'ailleurs évolué. Au lieu de gaou, on emploie désormais «brézo», >«gnata» et aujourd'hui «souahé».

Vocabulaire immensément riche et composite, langage facile à apprendre et à comprendre, le Nouchi se présente comme une volonté manifeste de notre génération de s'affirmer, mais surtout de rejeter la colonisation linguistique que veut imposer l'occident. Véritable créole ivoirien, il développe toute une philosophie qui nécessite de connaître l'environnement ivoirien pour percer ses mystères.
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Le Nouchi, c'est la langue de demain. L'interdire serait occulté à notre jeunesse, une culture propre à elle-même qui épouse notre temps, nos langues locales et les situations que nous vivons. Le Nouchi n'est pas une langue morte, mais elle vit de génération en génération. «Celui ki nè pas enjaillé na ka béou !».

Commentaires

Ya fohi ! Je suis enjaillé de ton Koumanli! (Traduction : rien à signaler, j'apprécie ton développement)

Écrit par : Edgar | 29 janvier 2008

bien vrai, le nouchi est un véritable signe distinctif ivoirien, qui s'exporte en plus dans les autres pays d'Afrique et dans les diasporas africaines d'Europe.Il y'a quelques années j'ai même lu un article béninois (ou togolais) qui critiquait sévèrement la jeunesse dudit pays car elle s'accaparait ce langage au détriment du français académique.
Le nouchi comme rempart à la colonisation linguistique? je suis assez d'accord avec toi mais je nuancerai un peu car je pense que cela relève davantage de l'inconscient collectif que d'une réelle volonté manifeste.

Écrit par : Djé | 29 janvier 2008

Moi je vois en son article plutôt le Nouchi comme un moyen de rapprocher les jeunes de leurs langues maternelles. Quoique il ne serait pas impossible que demain ce soit la "langue nationale". A défaut de ne plus parler le bété, le dioula, ou le baoulé, parlons au moins "ivoirien"... Nouchi je veux dire.

Écrit par : Ernest | 29 janvier 2008

Djé, c'est vrai qu'on pourrait nuancer. seulement de plus en plus il s'élève une "conscience collective" qui entend faire du nouchi sa langue. Et ce avec les moyens de bord. Une musique (qui s'est internationalisée)le Zouglou. bientôt paraitra également un dictionnaire bilingue Nouchi-Français. Il y avait aussi un site web qui donnait des cousr de nouchi, mais je crois qu'il est en relooking (nouchi.com).
Mais dis Djé, apprendre le nouchi à l'école ne pense tu pas que ça aiderait à former cette "volonté manifeste". Qu'en penses-tu?

Écrit par : Yoro | 29 janvier 2008

c'est vrai que si tous ces projets que tu évoques (s'ils se concrétisent) tendent à prouver qu'il y a effectivement une volonté de formaliser le nouchi et en faire éventuellement la langue bis de Côte d'Ivoire comme kle créole dans certains DOM TOM français.
Mais j'avoue que je ne vois pas trop l'intérêt de l'enseigner à l'école qui a déjà fort à faire dans les autres disciplines, de plus le charme du nouchi vient du fait que c'est une langue informelle et à mon sens la meilleure école pour se former à son usage reste et restera la rue.

Pour exemple j'ai ma petite nièce métisse de 5 ans qui vit au pays depuis un an maintenant. Son chôcö a été oublié en 3 mois et elle maîtrise le nouchi comme une académicienne

Écrit par : Djé | 30 janvier 2008

bonjour ,vous serais t'il possible de me traduire un pti texto en bété ou baoulé , merci

Écrit par : leli | 26 février 2008

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